A L'OCCASION DE L/ARRIVÉE D'UN AMI
Ami aux longues jambes, vraies jambes de progrès, pourquoi arrives-tu si effaré ici à Paris? Quelles nouvelles m'apportes-tu d'au delà du Rhin? La patrie est-elle donc déjà délivrée?
— Tout va à merveille. La bénédiction du ciel, une quiétude féconde est répandue sur la patrie; et l'AUe-
magne, doucement, sûrement, par des voies pacifiques, se développe au dedans et au dehors.
Ce n'est pas cette prospérité superficielle de la France, où la liberté agite bruyamment la vie extérieure. L'Allemand ne porte sa liberté que dans les silencieuses profondeurs de son âme.
On achève la cathédrale de Cologne. Nous devons ce bienfait à la maison de Hohenzollern. Habsbourg y a quelque peu contribué; un roi ^SYittelsbach s'est chargé de faire colorier les vitraux.
On nous a promis une constitution, des lois de liberté. Nous avons la parole du roi ; et les paroles d'un roi , ce sont des trésors, comme le célèbre trésor des Nibelun-
gen, sûrement enfoui dans les flots du Rhin.
Le Rhin, le Rhin libre, ce Brutus des fleuves , on ne nous le volera plus jamais : les Hollandais lui ont garrotté les pieds, et les Suisses lui tiennent la tête.
Dieu veut aussi nous gratifier d'une flotte. On parlera dorénavant d'une marine allemande. L'exubérance de la sève patriotique ramera vaillamment sur des galères allemandes : les anciennes prisons dans les maisons de force seront abolies.
Le printemps s'épanouit — les bourgeons éclatent, et tout fleurit — Nous respirons librement au milieu de
la libre nature. Et comme on défend nos ouvrages avant d'être imprimés, la censure à coup sûr finira par cesser tout à fait i .