‹ Poëmes et légendesChapitre 69 sur 83 · LE CORPS ET L'AME · texte numérisé non relu

LE CORPS ET L'AME

La pauvre âme dit au corps : Je ne te quitte pas , je reste avec toi , avec toi je veux m1 abîmer dans la nuit et la mort, avec toi boire le néant. Tu as toujours été mon second moi , tu m'enveloppais amoureusement comme un vêtement de satin doucement doublé d'hermine... Hélas! il faut maintenant que, toute nue, toute dépouillée de mon cher corps, un être purement abstrait, je m'en aille errer là-haut, comme un rien bienheureux , dans les royaumes de la lumière, dans ces froids espaces du ciel, où les éternités silencieuses me regardent en bâillant. Elles se traînent là pleines d'ennui et font un claquement insipide avec leurs pantoufles de plomb. Oh! cela est effroyable; oh ! reste, reste avec moi, mon corps bien-aimé !

Le corps dit à la pauvre âme : Oh ! console-toi. Ne t'afflige pas ainsi. Nous devons supporter en paix le sort que nous fait le destin. J'étais la mèche de la lampe, il faut bien que je me consume; toi, l'esprit, tu seras choisi là-haut pour briller, jolie petite étoile, de la clarté la

plus pure. Je ne suis qu'une guenille, moi; je ne suis que matière; vaine fusée, il faut que je m'évanouisse el que je redevienne ce que j'ai été, — un peu de cendre. Adieu donc, et console-toi. Peut-être d'ailleurs s'amuse-t-on dans le ciel beaucoup plus que tu ne penses. Si tu rencontres la grande ourse dans la voûte des astres, salue-la mille fois de ma part.

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