‹ Poëmes et légendesChapitre 70 sur 83 · LES PANTOUFLES ROUGES · texte numérisé non relu

LES PANTOUFLES ROUGES

La méchante chatte, si vieille et si grise ! elle disait qu'elle était cordonnière. Il y avait devant sa fenêtre un petit étalage de pantoufles pour les jeunes filles, petites pantoufles de maroquin , de satin, de velours, ornées de garnitures d'or et de rubans à mille fleurs. La plus jolie de toutes, c'était une paire de pantoufles d'un rouge écarlate; au merveilleux éclat de ses reflets, mainte fille, en passant, avait la joie au cœur.

Une jeune et blanche souris de bonne maison passait devant l'étalage de la cordonnière. Elle revient sur ses pas et s'arrête, elle regarde par la fenêtre et dit enfin : « Salut, madame la chatte ! Vous avez de bien jolies petites pantoufles rouges. Si elles ne coûtent pas trop cher, je les achète ; dites-moi votre prix. »

La chatte répondit : « Ma gentille demoiselle, je vous en prie, entrez, honorez ma demeure de votre présence. Les plus belles dames viennent chez moi, des duchesses même, la haute noblesse... Les pantoufles, je vous les laisserai à bon marché; mais voyons d'abord si elles vous vont. Ah! je vous prie, entrez et asseyez-vous. »

Ainsi parle d'un ton doucereux la méchante et perfide chatte, et la blanche petite inexpérimentée tombe dans le piège, dans le guet-apens meurtrier. La souris s'assied sur un banc et tend sa jambe fine pour essayer les souliers rouges ; — c'était un type d'innocence et de sérénité. — Tout à coup la méchante chatte la saisit et l'égorgé avec ses griffes furieuses. Elle lui mord sa pauvre petite tête et dit : ce Ma chère, ma blanche petite créature, ma petite mignonne, te voilà morte comme une souris que tu es, raide morte! Toutefois je veux placer sur ta tombe les petites pantoufles écarlates; quand la trompette du jugement sonnera pour la dernière danse, tu sortiras du tombeau comme les autres , et alors tu mettras les petites pantoufles rouges. »

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