‹ Poëmes et légendesChapitre 9 sur 83 · LUI · texte numérisé non relu

LUI

Une étoile tombe de son étincelante demeure , c'est Tétoile de Pamour que je vois tomber !

Il tombe des pommiers beaucoup de fleurs et de feuilles blanches; les vents taquins les emportent et se jouent avec elles.

Le cygne chante dans Fétang,il s'approche et s'éloigne du rivage, et, toujours chantant plus bas, il plonge dans sa tombe liquide.

Tout alentour est calme et sombre ; feuilles et fleurs sont emportées; l'étoile a tristement disparu dans sa chute, et le chant du cygne a cessé.

Un rêve m'a transporté dans un château gigantesque, rempli de lumières et de vapeurs magiques, et où une foule bariolée se répandait à travers le dédale des appartements. La troupe , blême, cherchait la porte de sortie en se tordant convulsivement les mains et en poussant des cris d'angoisse. Des dames et des chevaliers se voyaient dans la foule ; je me vis moi-même entraîné par la cohue.

l'intermezzo. 111

Cependant, tout à coup je me trouvai seul, et je me demandai comment cette multitude avait pu s'évanouir aussi promptement. Et je me mis à marcher, me précipitant à travers les salles, qui s'embrouillaient étrangement. Mes pieds étaient de plomb, une angoisse mortelle m'étreignait le cœur ; je désespérai bientôt de trouver une issue. — J'arrivai enfin à la dernière porte; j'allais la franchir... 0 Dieu! qui m'en défend le passage?

C'était ma bien-aimée qui se tenait devant la porte, le chagrin sur les lèvres, le souci sur le front. Je dus reculer, elle me fit signe de la main; je ne savais si c'était un avertissement ou un reproche. Pourtant, dans ses yeux brillait un doux feu qui me fit tressaillir le cœur. Tandis qu'elle me regardait d'un air sévère et singulier, mais pourtant si plein d'amour,... je m'éveillai.

La nuit était froide et muette; je parcourais lamentablement la forêt. J'ai secoué les arbres de leur sommeil, ils ont hoché la tête d'un air de compassion.

Au carrefour sont enterrés ceux qui ont péri par le suicide; une fleur bleue s'épanouit là; on la nomme la fleur de l'âme damnée.

Je m'arrêtai au carrefour et je soupirai; là nuit était froide et muette. Au clair de la lune, se balançait lentement la fleur de l'âme damnée.

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