T,VII
D'épaisses ténèbres m'enveloppent depuis que la lumière de tes yeux ne m'éblouit plus, ma bien-aimée.
Pour moi s'est éteinte la douce clarté de l'étoile
d'amour; un abîme s'ouvre à mes pieds : engloutis-moi,
nuit éternelle !
La nuit s'étendait sur mes yeux, j'avais du plomb sur ma bouche ; le cœur et la tête engourdis , je gisais au fond de la tombe.
Après avoir dormi je ne puis dire pendant combien de temps je m'éveillai, et il me sembla qu'on frappait à mon tombeau.
— « Ne vas-tu pas te lever, Henri? Le jour éternel luit, les morts sont ressuscites: l'éternelle félicité commence. »
— a Mon amour, je ne puis me lever, car je suis toujours aveugle; à force de pleurer, mes yeux se sont éteints. »
— « Je veux par mes baisers , Henri , enlever la nuit qui te couvre les yeux; il faut que tu voies les anges c\ la splendeur des cieux. »
— «Mon amour, je ne puis me lever, la blessure qu'un mot de toi m'a faite au cœur saigne toujours. »
— « Je pose légèrement ma main sur ton cœur, Henri ; cela ne saignera plus; ta blessure est guérie. »
— « Mon amour, je ne puis me lever, j'ai aussi une blessure qui saigne à la tête; je m'y suis logé une balle de plomb lorsque tu m'as été ravie. »
— «Avec les boucles de mes cheveux, Henri Je bouche la blessure de ta tête, et j'arrête le flot de ton sang, et je te rends la tête saine. »
La voix priait d'une façon si charmante et si douce, que je ne pus résister; je voulus me lever et aller vers la bien-aimée;
Soudain mes blessures se rouvrirent , un flot de sang s'élança avec violence de ma tête et de ma poitrine, et voilà que je suis éveillé.