‹ Poèmes et poésiesChapitre 13 sur 36 · LA CHIMÈRE · texte numérisé non relu

LA CHIMÈRE

Enfant si douce et si cruelle, En caprices toujours nouvelle, Enfin j'embrasse tes genoux !

Tu me souris ! la nuit est belle !

Je t'aime ! — cette heure est à nous !

Oui, ce soir, pour jamais j'oublie L'angoisse, l'humaine folie, Et toute peine à tes genoux.

Pour toujours qu'un baiser nous lie !

Aime-moi ! — cette heure est à nous !

Que vers le plaisir éphémère, Pour y trouver la lie amère, La foule coure !... A tes genoux, Enfant, j'ai dit à ma chimère :

« Arrête ! cette heure est à nous ! »

Mais non; je mens. Déjà mon rêve, Comme une bulle d'eau qui crève,.

Meurt sous mes doigts.— A tes genoux, Mon désir au loin court sans trêve ; Et pourtant, cette heure est à nous !

L'hippogriffe que rien ne lasse, Me dit : « là-bas ! » et fend l'espace; « Là-bas ! le plaisir est plus doux ; Là-bas ! là-bas ! le bonheur passe ! » — L'heure, hélas! n'est jamais à nous !

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