LA CHIMÈRE
Enfant si douce et si cruelle, En caprices toujours nouvelle, Enfin j'embrasse tes genoux !
Tu me souris ! la nuit est belle !
Je t'aime ! — cette heure est à nous !
Oui, ce soir, pour jamais j'oublie L'angoisse, l'humaine folie, Et toute peine à tes genoux.
Pour toujours qu'un baiser nous lie !
Aime-moi ! — cette heure est à nous !
Que vers le plaisir éphémère, Pour y trouver la lie amère, La foule coure !... A tes genoux, Enfant, j'ai dit à ma chimère :
« Arrête ! cette heure est à nous ! »
Mais non; je mens. Déjà mon rêve, Comme une bulle d'eau qui crève,.
Meurt sous mes doigts.— A tes genoux, Mon désir au loin court sans trêve ; Et pourtant, cette heure est à nous !
L'hippogriffe que rien ne lasse, Me dit : « là-bas ! » et fend l'espace; « Là-bas ! le plaisir est plus doux ; Là-bas ! là-bas ! le bonheur passe ! » — L'heure, hélas! n'est jamais à nous !