DÉCEMBRE
Aimez-vous par un temps de brume, Fait pour donner à tout Paris
Un rhume ; Quand le ciel est maussade et gris, Et qu'auprès d'un tison qui fume,
Tout seul, Sur vous l'ennui tend son linceul ;
Aimez -vous, sur la molle chaise Vous étendant nonchalamment.
A l'aise, Écouter le sourd bruissement De la bouilloire sur la braise
Chantant, Et le cri du grillon content ?
Pour moi, j'aime ces jours de pluie, Où chacun, sans savoir pourquoi,
S'ennuie , Et dans sa chambre se tient coi ; Où les murs suintent, noirs de suie,
La mort ; Où le froid humide nous mord.
Où Ton voudrait être sous terre Tranquille, et pour l'éternité
Se taire ; Où le spleen, à notre côté, Ainsi qu'un guerrier solitaire,
Se tient, Muet dans son morne maintien.
Où l'on rêve le suicide ; Où la vie alors apparaît
Si vide, Qu'en ce calme immense on voudrait Dans son breuvage un peu d'acide ;
Un roc Sur sa route plate et sans choc.
Dans ces jours de tristesse vague, Comme un frêle esquif sur la mer
Sans vague, Ployant sous un malaise amer, Mon âme au hasard extravague,
Rêvant Au pays caressé du vent.
C'est vers vous que vole mon rêve, Pays des orangers couvrant
La grève, Que Mignon regrette en pleurant, Beau pays où l'heure trop brève
S'enfuit ; Où l'amour parfume la nuit.