‹ Poèmes et poésiesChapitre 15 sur 36 · L'ENCLUME · texte numérisé non relu

L'ENCLUME

Si l'amour t'a fui, l'art te reste !

Dans la forge aux tristes clartés, Descends, poëte, sombre Oreste En proie aux noires déités.

Assez de douleur inféconde !

L'angoisse au cœur, le front serein, Forçat, dans le bagne du monde, Rentre avec ton boulet d'airain.

Reprends tes outils que la rouille A rongés d'ulcères hideux, La cendre de l'oubli les souille ; Fais luire la flamme autour d'eux.

Allons! sans trop pleurer, rejette Les lilas que ta muse aimait ; Le rire que l'onde reflète ; L'espoir, ce bleu manteau de mai.

Un regard perce comme un glaive ; Rire, espoir, tout fuit aussitôt.

La seconde aurore se lève...

C'est un suaire, ton manteau.

Plus de visions mensongères ; Spectres grinçants des rêves morts, Noires sorcières des bruyères, Tournez, hurlez comme un remords.

Essaim des cauchemars nocturnes, Emplissez son antre ; venez Sonner, aux heures taciturnes, Le glas des amours dédaignés.

— Toi, cependant, sculpte, cisèle En riant des rêves encor ; Et réchauffe-les de ton zèle, Pour les jeter au moule d'or.

Aux rayons de la pâle Hécate, Loin de tous, poursuis le contour D'une arabesque délicate ; Polis ton rhythme avec amour.

Forgeron, à l'œuvre ! — rallume Ton feu ; puis souffle, sois vainqueur ; Mais frappe fort... puisque l'enclume, Malheureux, c'est ton propre cœur !

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