CHOEUR DE FEMMES
Adieu les voluptés de nos nuits enchantées !
Adieu les brûlantes amours !
Dans un noir tourbillon de fumée emportées
Adieu, vous fuyez pour toujours.
A toi, peuple rampant, ta vile et lâche vie; Moi, j'affranchis moi-même une came inassouvie, Qui jamais d'aucun frein ne connaîtra la loi; Vers les dieux inconnus, à la honte ravie, Elle monte ; le ciel s'écroule autour de moi. A toi, sale troupeau, ton cœur où rien ne vibre !
Peuple, moi, je veux mourir libre !
Dans ma force et ma gloire, et clans l'or, comme un roi .
LE CHOEUR
Les cheveux ceints de fleurs, et les mains enlacées,
En chantant buvons à la mort !
Le feu brille. Partons clans la flamme embrassées,
Sans peur, sans regret, sans remord.
La mort, c'est le réveil, car la vie est un songe. Ardentes voluptés, votre soif qui me ronge S'abreuvera bientôt dans un fleuve nouveau. Au delà de la terre, au delà du mensonge, Cherchons un horizon et plus large et plus beau. Puisque de mes plaisirs la coupe était infâme,
Peuple, je la brise, et mon âme Prend pour la ciseler la pierre du tombeau.
LE CHOEUR
Que jusqu'au ciel en chœur s'élève notre orgie.
La fumée épaisse, et sans bruit, Fera bientôt frémir sous leur voûte rougie
Les dieux réveillés dans leur nuit.
Adore à deux genoux tes idoles de pierre; Adresse-leur tout haut ta stupide prière. Je méprise ces dieux ; et je garde le mien, Dont le courroux jamais n'alluma la paupière. Pour lui, l'homme qui rit est celui qui fait bien ; Car vivre, c'est jouir. Et plein de confiance,
Peuple, je vois la jouissance Dans ce ciel où je vais, libre de tout lien.
LE CHOEUR
Que c'est beau, l'incendie, au sein de la nuit sombre,
Au bord des mers, sur un rocher!
Comme l'aurore au loin la flamme chasse l'ombre,
Et dévore un vivant bûcher.
Chantez encor, chantez toujours, ô mes esclaves ! Devant leur lâcheté sachons mourir en braves. Au milieu de la flamme étreignons-nous encor. Que notre âme, brisant ses dernières entraves, Dans un dernier baiser, avec ces langues d'or, Aille frapper le front étonné des étoiles !
Peuple, la nuit étend ses voiles; Mais plus noir est ton cœur où la honte s'endort.
LE CHOEUR
0 ciel, entr'ouvre-toi dans ta beauté suprême.
A nous encore un paradis Où l'on danse et l'on rie, où l'on chante et l'on aime
Rien n'éblouit nos yeux hardis.
Ninive, avec ton roi pleure ta gloire morte. Les chevaux d'Arbacès hennissent à ta porte ; Et sous l'occident rouge est tombé le soleil. Demain, tu gémiras captive ; mais qu'importe? Moi, ton roi magnifique, à cet astre pareil, Je te donne en mourant ma plus splendide fête.
Peuple vaincu, baisse la tête!
Tu n'auras plus de chant pour bercer ton sommeil.
HELLANA