‹ Poèmes et poésiesChapitre 5 sur 36 · SALVATOR ROSA · texte numérisé non relu

SALVATOR ROSA

Qu'avais-tu dans ton cœur, maître à la brosse ardente, Pour que sous ton pinceau la nature en fureur Semble jeter au ciel une plainte stridente, Et gémir aux abois dans sa sinistre horreur?

Pourquoi dédaignais-tu les riants paysages, Les lointains vaporeux, et les bleus horizons, Les ruisseaux transparents, et sur de frais rivages L'ombre du vert printemps qui rit dans les gazons ?

Il te fallait, à toi, le ciel couvant l'orage; Quelque ravin bien noir où mugit un torrent Comme un titan vaincu poussant des cris de rage; Quelque fauve bandit sur les rochers errant.

L'ouragan qui s'abat sur les arbres d'automne, Rugissait, n'est-ce pas, dans ton âme de fer? Tu ne te plaisais pas au bonheur monotone , Mais aux transports fougueux échappés de l'enfer.

Ce sont tes passions qui hurlent sur tes toiles. Toi-même, tu t'es peint dans ces rocs désolés ; Dans ces chênes, tordant sous la nuit sans étoiles, Sur l'abîme béant leurs bras échevelés !

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