PETRARQUE
Heureux don Juan! — Et brune et blonde, Dans son âme tout se mirait ;
Mais seulement comme clans Tonde
Sous un souffle tout disparait.
Il n'a pas connu la souffrance D'aimer un vain rêve envolé, Sans avoir jamais l'espérance D'embrasser ce fantôme ailé.
Consumé d'amour, sous ma plume Rongé d'un désir impuissant, Mon cœur, comme un bûcher, s'allume Avec la lave de mon sang.
Que ne puis-je, image importune, Te chassant de devant mes yeux, Comme lui tenter la fortune, Des amours réels sous les deux !
Aux plaisirs nouveaux il s'empresse, Goûtant toutes les voluptés ; Libre de souvenir, l'ivresse Le berce aux bras des nudités.
Tourment d'une môme pensée Qui revient toujours et m'étreint, Laissez-moi ! mon âme est lassée Du regard en mon cœur empreint.
— Oh ! sur ton échelle de soie,
Au balcon, la nuit suspendu,
Dans mes bras un beau flanc qui ploie !
Un aveu dans l'ombre entendu !
Oh ! les joyeuses sérénades !
Et dans les parcs mystérieux, Les amoureuses promenades, Enlacés, et silencieux !
Oh ! de tes mille cœurs de femmes Le brûlant chapelet d'amour, Où tu comptes rêveur les âmes Que tu possédas tour à tour !
Voilà le bonheur ! — Quel beau rêve Que ta vie, où chaque matin Sur un baiser ardent se lève, Sur un corps au tremblant satin!