‹ Poèmes et poésiesChapitre 20 sur 43 · ENVOI DE MES POÉSIES · texte numérisé non relu

ENVOI DE MES POÉSIES

O petite chienne Cosette, Je t'offre ces in-octavos.

Qu'en diras-tu ? deux ou trois os Te plairaient mieux que ma Musette.

Tu dresses l'oreille, inquiète, Et tu rentres dans ton repos, Trouvant que j'ai mal à propos Troublé ta sieste de poète.

Ton grand ami, bien que fort doux, Renverra peut-être aux Hindous Mon livre, sonnets et sornettes.

Dis-lui qu'il le déchire exprès, Et qu'il le tortille en boulettes, Pour te faire courir après.

8 Mars 1872.

V laiToASSI'BLE.

Elle a de grands yeux de velours Si profonds que 1 "âme s'y noie; Sa taille est un beau lis qui ploie, Sous le vêtement aux plis lourds. t La musique de ses discours Epanouit le cœur de joie; Sa paupière aux longs cils de soie

Semble une aile qui bat toujours.

Sa lèvre est brillante et pourprée, Sa joue a la teinte nacrée Des coquillages de la mer.

Glaciale et d'ardeur vêtue; C'est un marbre qui s'est fait chair Et qui garde un cœur de statue.

SU<R C/C\; oâL'BUm.

La vie, enfant, est pareille à ce livre, Où le passé, le présent, l'avenir, Sèment ces fleurs, parfum du souvenir Qui de tristesse ou d'espoir nous enivre.

Ces feuillets pleins furent des jours à vivre, Rêves enfuis pour ne plus revenir; Ceux-là, qu'on doit ou parer ou ternir, Ont la blancheur du destin qui va suivre.

Si ces attraits, ces charmes, cet esprit, Qui nous enchante et tait qu'on vous chérit, D'un radieux avenir sont le gage,

En prose, en vers, vous parlant son langage, Le mot Bonheur, par chaque main écrit, De votre livre emplira chaque page.

A Octave Lacroix.

LES CHo4V£SOVCS T)'a4VTiIL.

Avril n'a pas encor de roses ; Mais, avec leurs fraîches couleurs, Les premières feuilles décloses Semblent plus belles que des fleurs.

C'est la primeur de toutes choses :

Les amours n'ont pas de douleurs, Le printemps rit aux fronts moroses, Et les oiseaux sont gazouilleurs.

En Mai, les Heurs deviendront belles, L'oiseau chanteur, l'amour subtil; Mais l'un et l'autre auront des ailes.

Hélas! tout cela vaudra-t-il La verdeur des feuilles nouvelles, Et les chansons du mois d'Avril?

A Marie Désirée.

TTIOSTETIO TESCoATOTlE.

Le soleil a plongé dans la mer transparente ; La nuit monte et s'étend sur le ciel assombri. Couché languissamment, un pécheur de Capri De sa femme à son fils porte sa vue errante.

Chantant sur la guitare un refrain de Sorrente, Sa compagne lui jette un sourire attendri, Et, joyeux, leur enfant, sautant comme un cabri, Agace une levrette alerte et sémillante.

Savourant le repos qui suit un dur travail, Après avoir dragué jusqu'au soir le corail, Pour eux le plus doux charme est de rêver ensemble.

O pécheur! toi l'espoir, l'amour et le soutien De ces êtres chéris, pécheur, je te ressemble; Et je vois mon bonheur en admirant le tien.

JEUV^E FILLE oAUX "PIEDS CSÇC/S.

Ton œil est souriant et ton visage est doux, Jeune fille aux pieds nus, qui passes sur la route. Marche plus prudemment sur le sable, et redoute

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De déchirer tes pieds au tranchant des cailloux.

Mais quand tu dis les airs que l'on chante chez nous, Redoute plus encor le pâtre qui t'écoute. Il te guette là-bas, sous le chêne, et sans doute Il te racontera son cœur triste et jaloux.

Prends garde à lui, prends garde à ses tendres prières. Les vierges dont les vœux penchent irrésolus S'attachent à l'amour comme aux arbres les lierres.

L'homme est un flot qui passe... ô regrets superflus ! Tes pieds se guériront des blessures des pierres : Les blessures du cœur ne se guérissent plus.

Juin 1870.

qA oâV^TOIV^E DE LoAIOUTi,

Tes vers, ô poète fidèle, Beaux de leurs attraits ingénus, A mon logis sont revenus, Avec la première hirondelle.

Accourez tous à^ire-d'aile, Muse chérie, oiseaux connus; Annoncez aux échos émus Que le printemps se renouvelle !

Quand l'hiver durcira le sol, Les oiseaux, reprenant leur vol, Fuiront le froid qui les décime.

Ta Muse, affrontant sa rigueur, Amante de la Vie intime } Gardera son nid dans mon cœur.

Mai 1872.

A mademoiselle Régine D. F.

%EGIV£qA CŒLI.

En ce jour, la terre à genoux Adore une divine Reine;

C'est la bonté tendre et sereine, La Vierge secourable à tous.

Jeune fille au front pur et doux, Vous deviez l'avoir pour marraine, Car le cortège qu'elle entraîne Est formé d'anges tels que vous.

.Au milieu des foules mortelles Vous passez, cœur silencieux, Comme un oiseau qui bat des ailes ;

Mais un rêve habite vos yeux, Et l'on croit voir, dans vos prunelles, Un lac profond qui reflète les cieux.

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