‹ Poèmes et poésiesChapitre 29 sur 43 · TRADUIT DE L'AN CL AIS DE SIR ANDREW LAN G · texte numérisé non relu

TRADUIT DE L'AN CL AIS DE SIR ANDREW LAN G

Poète aux cheveux gris, Maître inspiré, je t'aime! La Muse a couronné ton front de lauriers verts, Où Cassandre a caché les boutons entr'ouverts De la rose, présent charmant comme elle-même.

Vengeur des oubliés, c'est toi, Maître suprême, Qui réveillas le chant lyrique et, dans tes vers, Répondis à l'écho de ces lointains concerts, Dont le temps lègue aux temps l'impérissable thème.

Certe! en ton cœur brûlait la flamme d'autrefois; Selon la mode antique, aux fontaines des bois, Les Dryades baignaient leurs beautés idéales ;

Les oiseaux bocagers chantaient leurs chants naïfs; Oui ! mais ta voix est triste et tes roses sont pâles ; Tes abeilles vont boire aux fleurs sombres des ifs.

L'IV^VITaiTIO^C c4 Lai VaiLSE.

L'adorable Allemande aux grands yeux de pervenche! Sa tète s'inclinait comme au vent un roseau; Un léger incarnat nuançait le réseau De sa peau délicate : elle était blonde et blanche.

Ses longs cheveux de lin roulaient en avalanche;

SONNETS. l8j>

C'était l'honneur du bal, et sa taille en fuseau

Du pieux Owerbeck eût tenté le pinceau...

Vers elle en souriant je m'approche et me penche :

— « Madame, voulez- vous m'accepter pour valseur? » Elle leva ses yeux rayonnants de douceur Sa tête ravissante et pleine d'espérance ■

Et moi, j'allais saisir sa main avec transport... Dieu juste! elle portait une bague de France Arrachée à Sedan au doigt d'un soldat mort. '

La4 'BEoâUrÉ DU TtlçA^BLE.

Son œil ne peut se poser, Mais il séduit ceux qu'il touche, Et l'on dirait qu'elle louche, Pour se singulariser.

Elle ose, et tremble d'oser ; Elle est hardie et farouche ; Mais, comme un fruit mûr, sa bouche Semble attendre un doux baiser.

Fuyez ! elle est redoutable !

Si son œil est inconstant, Son cœur est plus variable.

Comment donc plaît-elle autant?

Elle a la beauté du Diable...

Et le Diable est bien tentant!

RONDEAUX

oA m. LE COMTE HEU^1{1 SIZMEOVt.

Un bon sonnet a de la majesté ;

Mais le rondeau, par sa naïveté,

Par sa rondeur, m'enchante aussi, cher Comte.

C'est un dada qui plaît quand on le monte :

Villon, Marot, Saint-Gelays l'ont fêté.

Pour Isabcau Voiture l'a tenté, Et Benserade en a fait quantité ; Mais, sur cinquante, à peine l'on en compte Un bon.

Dans ce champ clos qui n'est plus fréquenté, Je vous appelle avec témérité.

Vous aimeriez y voir ma courte honte? Mais je m'en sors par une fuite prompte, Comme un filou dont on eût escompté Un bon.

RONDEAUX. 191

MOVCSIEUTl ToAT^UFE.

Il a passé dans la parcimonie Son jeune temps par cent vices terni ; Mais à présent il a tout aplani :

Qui parle mal de lui, le calomnie!

Du prince aimé, de l'Eglise béni,

Son heureux sort semble être indéfini.

Au riche emploi dont il brille muni, Par la bassesse et par la félonie, Il a passé.

Quoi ! se peut-il qu'un homme ait réuni Tant de bonheur à tant de vilenie ?

Quand verra-t-on notre globe assaini, Ou par sa chute, ou par son agonie ?

Quand dira-t-on enfin : — « Dieu l'a puni ! Il a passé ! »

CHcâ%LES SM OISELET.

Connu chez la brune et la blonde, Monselet a la panse ronde.

Gourmand comme trois sénateurs, C'est le Cupidon des auteurs :

Toujours il mange, il aime, il fronde.

Quoiqu'il soit plus trompeur que l'onde, Qu'il soit le fléau des traiteurs, Il fait florès dans tout le monde Connu.

Car son esprit toujours abonde, Et, quand il décoche à la ronde Ces mots piquants et séducteurs,

ipa RONDEAUX.

Qui font pâmer ses auditeurs, Il ne craint pas qu'on lui réponde « Connu! »

A Marie Désirée.

CE QVE VISEVÇ7 LES FLEUT^S.

Veux-tu savoir ce que disent les fleurs ? Lorsque ta main, variant les couleurs, Sous le pinceau les groupe et les colore ; Lorsque ton art, en les faisant éclore, Trompe et séduit les regards les meilleurs,

Ouvre, parcours ce livre aimé de Flore. En comparant leurs noms et leurs valeurs, Tu connaîtras leur langue qu'on ignore : Veux-tu savoir ce que disent les fleurs ?

Celles que j'aime, et qui plaisent aux cœurs Comme le mien, qu'un tendre amour dévore, C'est le jasmin, la rose, c'est encore L'héliotrope humide de nos pleurs.

Lorsque ces fleurs disent que je t'adore, Veux-tu savoir ce que disent les fleurs ?

A François Coppée.

To4Tl-'DESSVS LE £MUT{.

Debout, planté sur son échelle, Il oubliait son raisin mûr, Pour admirer la demoiselle Qu'il lorgnait par-dessus le mur.

Bientôt à l'aimable voisine Il tendait son plus beau raisin :

— Ah ! que n'est-elle ma cousine ?

— Ah ! que ne suis-je son cousin?

C'eût été vraiment un beau couple :

Elle, blonde aux yeux bleus rieurs, Fraîche, épanouie ; et lui, souple, Grand, aux yeux noirs demi-railleurs.

iy+ I-- AN T'AI SI ES.

La communauté d'origine Eut encourage son dessein ; Mais il n'avait point de cousine :

Peut-être avait-elle un cousin?

— Les trouvez- vous bons, demoiselle?

Je vous choisis les plus dorés.

— Ils sont blonds comme l'or, dit-elle.

— Moins blonds que vos cheveux ambrés.

Puis il bombardait sa voisine

Du regard le plus assassin.

Mon Dieu! quelle aimable cousine

J'aurais, si j'étais son cousin.

— Monsieur, si le raisin m'enchante, Les compliments me plaisent moins.

— Eh bien! je me tairai, méchante; Mais j'en prends les cieux à témoins, Ce cruel arrêt me chagrine.

Supposons (encore un raisin?)

Que Dieu vous créa ma cousine...

Alors je suis votre cousin.

— Soit, cousin; où tend le dilemme?

— Un cousin a de jolis droits; A sa cousine il dit : Je t'aime!...

Je ne le dis pas toutefois :

Je vous fâcherais, j'imagine?

— C'est bien imaginé, voisin.

— Ah! si vous étiez ma cousine!

— Mais vous n'êtes pas mon cousin.

— Pourtant vous me l'avez fait croire ; Vous l'avez dit! — Pour plaisanter.

Avec votre moustache noire Croyez-vous pas m'épou vanter?

— Et vous, adorable blondine, En croquant mon meilleur raisin,

Vous vous laissiez nommer cousine !

— Bah! vous n'êtes pas mon cousin.

— Vous me bravez, blonde traîtresse, Et vous riez à pleines dents,

Du fond de votre forteresse ?

Gare l'assaut ! je suis dedans.

— Je vais crier ! — Non pas, voisine.

— M'embrasser ! quel méchant voisin !

Je ne suis point votre cousine!...

— Mais moi, je suis votre cousin,

Et cette fois je prends des arrhes.

— MJinsulter chez moi ! c'est trop fort !

— Mais non. J'entre au bruit des fanfares; La garnison me rend le fort.

— Vous qui me vouliez pour cousine, Vous agissez en assassin !

— Non; mais en amoureux, voisine!

Un mari vaut mieux qu'un cousin.

HUITcAiy-Q.

L'autre nuit je dormais, ma belle, Et dans mon songe, pas à pas, Vous marchiez hautaine et cruelle, Et je croyais ne rêver pas.

Mais soudain, changeant de système, Vous quittiez l'air froid et mauvais, Puis tout doux me disiez : « Je t'aime ! » Lors j'ai bien vu que je rêvais.

ip<5 FANTAISIES.

A Phelippes-Beaitlieux.

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