CHANSON BRETONNE
Il était une blonde fille, Que j'aimais, que j'aime toujours; Margaïte à l'œil bleu qui brille, Margaïte était mes amours.
Mais quand je lui dis ma tristesse, Elle sourit d'un air moqueur, Prend son essor et me délaisse.
Hélas! hélas! mon pauvre cœur!
Gai printemps, ta fraîcheur nouvelle Verdit la terre et les rameaux.
J'ai grand deuil, quand la tourterelle Roucoule ses amours nouveaux :
Blanche tourterelle amoureuse, Ton doux ami t'aime sans peur.
Pour vous que la vie est heureuse!
Hélas ! hélas ! mon pauvre c.œur !
Blonde enfant, lorsqu'en la prairie Je serai seul, si tu me vois, Ne va pas chantant, je t'en prie :
J'ai trop peur de ta douce voix.
Oh ! combien j'aimais à l'entendre Quand j'avais l'espoir du bonheur!
Oh! qu'elle était suave et tendre!
Hélas ! hélas ! mon pauvre cœur !
C'en est fait de moi, je succombe; Voici bientôt venir le jour Où l'on dira : — « Sous cette tombe Est un jeune homme mort d'amour. »
Alors, à genoux sur ma pierre, Viendras-tu plaindre mon malheur
Et me donner une prière?
Hélas! hélas! mon pauvre cœur!
Dans le bois passait Margaïte, Qui s'écria : — « Dis-moi pourquoi Ton cœur tremble et ta langue hésite, Quand tu veux me parler, à moi? »
Elle fuit et, pour qu'on la voie, Se tourne encor d'un air vainqueur.
J'en ai failli mourir de joie.
Hélas! hélas! mon pauvre cœur!
LES OISEcAUX DE CHT^ISTOTHE COLOMB.
Ils voguaient sur la mer immense, Où toujours fuyait l'horizon !
Colomb attendait en silence ; Mais ils doutaient de sa raison.
Ils voguaient ! mais aucun présage N'annonçait de prochains climats, Quand trois oiseaux, las du voyage, Vinrent s'abattre sur les mâts.
Doux messagers de bienvenue, Les oiseaux bleus de l'équateur Promettaient la rive inconnue A l'immortel navigateur.
Les marins, outrés de furie, Dévouant Colomb au trépas, S'écriaient : — « Rends-nous la patrie ! Ton monde promis ne vient pas. »
Colomb, dédaignant leur colère, Aux oiseaux émiettait son pain; Aux mutins il disait : — « La Terre ! Je la tiens!. vous l'aurez demain !
« Écoutez! c'est la bienvenue Que les oiseaux de l'équateur, Venant de la rive inconnue, Font entendre au navigateur. »
Dès le lendemain la vii.'ie
Criait : — « Terre! » Et les matelots
Acclamaient Haïti surgie,
Comme une fleur, du sein des flots.
Aux cris d'une joie unanime
Les oiseaux mêlant leur concert,
Célébraient le vainqueur sublime
Du nouveau monde découvert.
Volez de la rive inconnue, Beaux oiseaux bleus de l'équateur; Venez chanter la bienvenue A l'immortel navigateur.
A M. et à Mme Ernest Lacan.
TOUJOURS EV^SEWBLE.
Il la voyait errer, pensive et solitaire,
Sous les grands platanes ombreux.
Sur un front si charmant pourquoi ce voile austère? Pourquoi ces regards langoureux?
Que voulait-elle, enfant? Les cœurs des jeunes filles
Ont des secrets délicieux.
Sait-on bien quel penser s'endort sous leurs mantilles
Et dans l'abîme de leurs yeux?
Elle songeait, et lui, qui n'osait lui rien dire,
Qui tremblait de se déclarer, Un jour, en hésitant, se hasarda d'écrire
Ce qu'il rêvait sans espérer.;.
On les voit aujourd'hui pleins de sollicitudes, '
Toujours ensemble chaque jour, Se faire un paradis de leurs deux, solitudes
Et de leurs deux cœurs un amour.
Deux beaux anges gardiens, souriants et fidèles,
Une sœur, un petit enfant, Veillent sur cet amour qu'ils couvrent de leurs ailes,
Et que leur piété défend.
Vivez votre bonheur ; vivez, âmes choisies !
Car il n'est, dans ce triste lieu, De pures voluptés, de saintes, poésies,
Que de s'aimer sous l'œil de Dieu.
VOUEE cA Lc4 VIERGE.
Salut à vous, Marie, Mon espoir, mon recours !
Sur mon enfant chérie, Veillez toujours!
Dans les cieux, sainte Vierge
Protégez-nous.
Je viens brûler un cierge
A vos genoux, Et, sur l'autel où brille
Son feu tremblant, Vous consacrer ma fille
En voile blanc.
Pour joindre à ses phalanges Des chœurs nouveaux,
Dieu prend souvent des anges Dans les berceaux.
Afin que Dieu me laisse Ma fille, à moi,
Devant vous je m'abaisse Avec émoi.
Au pied de votre image
Priant souvent, J'enseigne un doux langage
A mon enfant. Entre mes mains j'assemble
Ses petits doigts, Et nous disons ensemble
A haute voix :
Salut à vous, Marie, Mon espoir, mon recours !
Sur l'enfant qui vous prie, Veillez toujours!
LcA LETTRE oAU 'BO^Q DIEU.
« Ma pauvre fille, avec ta mère, Dans ce grenier tu meurs de faim; Mais peut-être à notre misère Daignera-t-on donner du pain, Vois! Cette lettre sollicite Un noble cœur qui répondra.
Prions, prions, pauvre petite, Et le bon Dieu nous entendra. »
Le temps passe avec l'espérance ; L'écrit touchant s'était perdu.
Aux pleurs amers de la souffrance Nul écho n'avait répondu.
Alors l'enfant se prit à dire :
— « Pourquoi pleurer comme cela?
C'est au bon Dieu qu'il faut écrire, Et le bon Dieu nous répondra. »
— « S'il était encor sur la terre, Dieu nous secourrait aujourd'hui;
Mais la lettre que tu veux faire
Ne monterait pas jusqu'à lui. »
— « Pour qu'elle arrive à son adresse,
Au tronc du pauvre on la mettra;
Il est si bon pour la détresse!
Oui, le bon Dieu nous répondra. »
Dans sa confiance naïve, A son projet l'enfant rêva; Puis elle écrivit sa missive :
Au tronc du pauvre on la trouva.
On courut chez la pauvre mère, Et lorsque chez elle on entra, L'enfant lui redisait : — « Espère !
Oui, le bon Dieu nous répondra. »
A Maxime Dubray.
L'oASSEmULÉE DE SoAIV^T-SU LT I CE.