‹ Poèmes et poésiesChapitre 35 sur 43 · U DANSE DE L'ABEILLE AU CAIRE · texte numérisé non relu

U DANSE DE L'ABEILLE AU CAIRE

Dans la cour arabesque

Des vieux bains d'El-Margouck,

Sur le divan moresque Le fumeur de chibouck Voit, parmi la fumée De la pipe allumée, Danser la brune Aimée, Au son du tarabouck.

Allah! comme elle est belle, L'Aimée au doux regard !

Promenant autour d'elle Ses yeux noirs de lézard, Pour prélude à la danse, Elle tourne en cadence, Se recule et s'avance, Puis salue avec art.

Entends-tu la cymbale Dans ses doigts gracieux ?

Languissante, elle étale Ses bras nus vers les cieux, Renverse avec ivresse Sa tête enchanteresse, Appelant la caresse De la bouche et des yeux.

Sur l'une et l'autre hanche, Au son d'un air plaintif, Tour à tour elle penche Son corps souple et lascif.

Sous le caftan de soie, Son flanc pâmé de joie, Comme un serpent qui ploie, Tressaille convulsif.

Vois-la bondir, pareille Au chevreau d'El-Dâher; Elle feint qu'une abeille La menace dans l'air, Et pour chasser bien vite

l|8 FANTAISIES.

La mouche parasite, Elle tourne et s'agite Plus prompte qu'un éclair.

Dénouant sa ceinture, Elle oppose, en dansant, Un voile à la piqûre De l'insecte agaçant; Et toujours avec grâce, On dirait qu'elle chasse L'ennemi dont l'audace Va toujours s'accroissant.

Il vole, il se dérobe

Au tissu déployé,

Et l'Aimée, en sa robe,

L'a senti fourvoyé.

Dans la peur d'un outrage,

Elle ôte son corsage,

Son caftan à ramage,

Son cafKeh bleu rayé.

Autour de sa figure Se déroule et s'enfuit Un flot de chevelure Aussi noir que la nuit, Où de mainte pasquille Pendue à la résille, Le métal qui scintille S'entre-choque avec bruit.

Déjà sa gorge est nue,

Sa gorge aux chauds parfums ;

L'abeille y continue

Ses assauts importuns.

L'Aimée en vain reploie

Sa tunique de soie,

Qui voltige et chatoie

Autour de ses flancs bruns.

Enfin la mousseline Se déroule dans l'air.

L'ardente ballerine Au corps de bronze clair, Ainsi qu'une statue, Apparaît dévêtue, Et son regard qui tue Lance un brûlant éclair.

Soudain, comme confuse D'affronter les regards, La folle qui s'amuse Reprend de toutes parts Sa parure qui traîne, Et vers son front ramène Ses longs cheveux d'ébène Sur sa poitrine épars.

Dans son caftan se plonge La perle des houris.

Elle fuit, divin songe, Laissant nos cœurs épris ; Et son œil, noire étoile, Disparaît sous le voile Qui renferme en sa toile Un coin du paradis.

Longtemps, sous l'arabesque Des vieux bains d'El-Margouck, Sur le divan moresque, Le fumeur de chibouck, Aspirant la fumée De la pipe allumée, Rêve à la brune Aimée, Qui danse au tarabouck.

LcA Ï)(J%<!MEUSE.

Par ces longs jours où, pleins de flamme, Les cieux brûlent sous le soleil, Quoi de plus charmant qu'une femme, Qui lentement cède au sommeil !

Son front indolemment se penche, Puis se relève avec effort, Puis, se posant sur sa main blanche, S'arrête... silence!... elle dort!

Écoutez! son beau sein palpite, D'un souffle calme, égal et pur, Comme un oiseau léger qui gîte En son nid, sous le ciel d'azur.

Quand elle ouvre ses grands yeux sombres, Le regard se trouble, arrêté Devant ces deux gouffres pleins d'ombres Et d'où jaillit tant de clarté.

Mais lorsque ses blanches paupières, Que frangent de longs cils soyeux, Voilent à leur tour les lumières Et l'éclat changeant de ses yeux,

On ose, d'un cœur moins timide, Regarder le front argenté, La joue en fleur, la bouche humide Où sourit un rêve enchanté,

La nuque ondoyante et nacrée Où frisent de légers cheveux, Tout cet ensemble qui récrée, Qui provoque et retient nos vœux;

On songe à ces jours de la Grèce, Où l'Amour faisait des héros,

Où Psyché, blonde enchanteresse, Sommeillait sous les yeux d'Éros...

Mais alors ces aînés des hommes Étaient les fils des Immortels, Et, quand ils venaient où nous sommes, L'amour leur dressait des autels.

Libres, ils donnaient à la terre Les lois que nous devons souffrir :

Au rayon qui les désaltère Nous ne boirions pas sans mourir.

Il faut que notre cœur se sèvre ;

Et, par la dormeuse charmés,

Nous craignons d'effleurer sa lèvre,

En lui disant tout bas : — « Dormez!...

GHoA ZEL.

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