RETROUVÉ DANS LES CENDRES
Ce médaillon, deux jours perdu, Le voilà sauvé de la flamme.
Séchez vos pleurs, calmez votre âme Je le tiens ! il vous est rendu.
Que renfermait-il? Je l'ignore.
Était-ce le deuil ou l'espoir?
Hélas! j'ai trop peur de savoir Ce qu'il peut contenir encore :
Un débris vague et consumé, Qui s'enfuirait à votre haleine, Un peu de poussière incertaine...
Laissez-le pour jamais fermé.
Sans l'ouvrir gardez-y la cendre De vos rêves inaccomplis.
Le cœur humain a des replis Où l'œil ne doit jamais descendre.
D'un bonheur longtemps caressé En lui nous avions mis le germe :
Y regardons-nous? Il n'enferme Que les cendres du temps passé.
Por la senora Laura D. F.
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Ce soir, Dona Laura, vous êtes adorable; Vous avez un souris divinement cruel ; Vos petits pieds cambrés et fiers frappent le sable, Comme si vous alliez escalader le ciel.
Etes-vous Andalouse? êtes-vous Madrilène?
A votre jarretière avez-vous un poignard ? .
Palpitez-vous d'amour, frémissez-vous de haine? Vos yeux, sous la mantille, ont un fauve regard !
Un blond panatella, sur votre lèvre rouge, Brûle, et, quand votre haleine aspire sa chaleur, Semble la luciole amoureuse, qui bouge Et cherche à se poser sur la grenade en fleur,
A flots capricieux, la bleuâtre fumée Enveloppe vos traits de son nuage clair, S'enroule à vos cheveux, spirale parfumée, Et, fuyant à regret, se disperse dans l'air.
Qui n'envîrait le sort du radieux cigare Choisi par votre main et par elle allumé? Vivant de votre souffle, il a ce bonheur rare De mourir pour vous seule et par vous consumé.
Qui ne voudrait, terrible et ravissante idole, Comme cette fumée aux réseaux caressants. Du flot de ses désirs vous faire une auréole Et vous environner d'un immortel encens?
Qui ne voudrait brûler, jusqu'à devenir cendre, D'une ardeur que la mort pourrait seule apaiser, Et, sans regretter rien comme sans rien prétendre, Sur vos lèvres s'éteindre en un rouge baiser?