ÉTRENNES DE DOULCE
ÉTRENNES DE DOULGE
Ses yeux parmi Ses joues, ses lèvres de couleur, Ses yeux sont comme fleur De violette au bouquet joli.
Et son sourire Et son franc dire Enchantent le mal qui me veut occire, Mieux qu'en avril ni mai- Gentil oiseau Du bois ramé Ne berce somme De pastoureau :
G'est pourquoi Doulce je la nomme.
Ni le nom de Mélusine
Pourtant, Ni le nom d'Arg-entine Ou de la comtesse de Flassand, Ni celui plus fameux de la reine Qui mourut d'aimer, Ne valent pour la nommer Le nom qu'elle tient de sa marraine.
Nom qui m'êtes courtois échanson De loyal heur, en ma chanson.
Las, faudra-t-il toujours vous taire !
O doux nom si gracieux, Qui faites pleurer mes veux Quand ma bouche vous profère.
Je suis le g-uerrier qui taille A grands coups d'épée dans la bataille; Son œil est clair et son bras prompt à férir. Hélas! il va mourir :
Car sous la dure maille Par un trou hideux g-outte à g-outte Fuit tout son sang' et sa vie toute.
Je suis le pauvre chevalier qui vendit son ame Au diable — honte et diffame — Pour de l'or pipé sitôt.
5o POÈMES ET SYLVES
Vous qui semblable à la vierge Marie M'êtes apparue, ô Dame au cœur haut,
Dame à l'âme fleurie,
Du toucher de votre main pure
Guérissez ma blessure,
Et que vos doux yeux
Me rachètent les cieux.
LE PELERIN PASSIONNE Dl
Ombre de casemate Que roussit un vestige de falots, Lacs sereins, frondants coteaux Au déclin du char d'Hécate, Corbeaux Amis des gibets : noirs cheveux qui raffolez
De pierreries, Vous n'êtes pas les cheveux de ma Dame.
Ils ne sont pas non plus, ses cheveux, fin Or. Aurores, Bel Arcturus, fulves couchants,
Sur les champs Javelles, votre orgueil m'est vain Et vaines vos métaphores.
Fragrante cargaison de nefs D'Arabie, mais qu'ils me sont soëfs Les nobles cheveux châtains de ma Dame, Soit que sa main les apprête En bandeaux modestes sur sa tête, Soit qu'ils Tencourtinent déliés, quand amène Elle se fait à ma peine.
Pour couronner ta tête, je voudrais Des fleurs que personne ne nomma jamais.
Lavande, marjolaine, hélianthème.
Et la rose que le luth vanta.
Et le lis sans tache que Perdita Souhaitait pour le prince de Bohême; L'œillet, la primevère, les iris, Et tous les trésors de Ghloris :
Gerbe seraient pauvre et défaite Pour couronner ta tête.
J'ai tellement soif, ô mon amour, de ta bouche Que j'y boirais en baisers le cours détourné Du Slrjmon, l'Araxe et le Tanaïs farouche ; Et les cent méandres qui arrosent Pitané, Et rHerm.us qui prend sa source où le soleil se couche, Et toutes les claires fontaines dont abonde Gaza, Sans que ma soif s'en apaisât.
Parce que du mal et du pire Mon âme absout tous les méchants, Et que sur ma lèvre respire Orphéus, prince des doux chants,
Qu'au jardin de ma chevelure S'ébattent les ris et les jeux, Que se lève le Dioscure Dans la prunelle de mes yeux ;
D'autres ont pu me croire : fête Saoule de drapeaux épanis, Et clairons sonnant la défaite De l'indéfectible Erinnys ;
Mais toi, sororale, toi, sûre Amante au grand cœur dévoilé, Tu sus connaître la blessure D'où mon sang- à flots a coulé.
Gerte, il ne sut une autre toi Le Roi Qui dit la femme plus amère que la mort.
Car, de vos lèvres pressées, Vous êtes toutes douceurs, amour, Jusqu'à vos lèvres courroucées.
Et, n'êtes-vous Pas, aussi, le doux
Mois de Marie, si Votre reg^ard fait fleurie Mon âme aux pâles couleurs !
LE PÈLERIN PASSIONNÉ 5g
Tes yeux sereins comme le calme Sur les flots de la mer, Me disent : nous serons
La palme Sur ton sommeil amer;
Nous verserons Dans ton cœur en péché
— Me disent — La paix et l'équité.
Tes yeux me disent :
Pauvre âme aux pieds meurtris Sur les mauvais chemins, Tes lendemains
S'ils s'égaraient encore ! .
De tes couchers honnis Nous serons Talme aurore.
En nous c'est la fontaine Bénigne du pardon,
Nous vous serons l'antienne Et le bourdon,
Pauvre âme en dure peine, — Disent tes jeux.