‹ Poèmes et sylves, 1886-1896Chapitre 51 sur 57 · POEMES ET SYI.VES · texte numérisé non relu

POEMES ET SYI.VES

Qui les yeux ravissaient des monstres et cerbères ; Car de ton frère archer la prophétique rage Qui ag-ite les rains du pénéan feuillage, Jamais enfant mortel ne la porta si forte Comme mon ami doux dedans son cœur la porte.

A MAURICE DU PLESSYS

Une môme fureur n'agite tout poète, Combien qui sont faconds ont la bouche muette! La plupart sont chctifs et rampent bassement Aux arbrisseaux pareils; quelques-uns seulement, De naturel bien né, sans ruses et sans peine, Passent incontinent celte commune voix : Tel un chêne élevé qui par-dessus le bois Elance dans l'azur sa cime aérienne.

Ami cher, si le dieu qui confond i'ig-norance, Phébus qui m'a nourri dès la première enfance,

M'a bien prophétisé que c'est du labeur tien

Que Permesse courra sur les françaises rives.

Et si tu es toujours amoureux du lien

Que forme le laurier avec ses tresses vives,

La sainte Poésie, et de jour et de nuit,

Soit en toi comme un feu qui dans un chaume bruit.

De l'aveugle qui dit le courage homicide

De ce divin guerrier, fils de la Néréide,

Du vieillard de Téos et du thébain Pindare,

De ce magicien que Mantoue a vu naître,

De ce Toscan pensif qui au fond du Tartare

Suivit encor vivant la trace de son maître,

De Ronsard qui Vendôme et la France décore.

De ce Sophocle, honneur de la Ferté-Milon,

De celui, bien appris, qui dedans la Champagne

Tira Pinde, Dodone et le sacré vallon,

Et du charmant Chénier dont deux fois je m'honore

Nouveau Mercure, ayant pour ta verge brillante

Un plectre harmonieux, assemble et guide encore

Les substances qui sont sur la Lyre volantes.

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