‹ Poèmes et sylves, 1886-1896Chapitre 54 sur 57 · PROSERPIXE CUEILLANT DES VIOLETTES · texte numérisé non relu

PROSERPIXE CUEILLANT DES VIOLETTES

Dans ce riant vallon, cependant que tu cueilles

La douce violette aux délicates feuilles,

0 fille de Gérés, hélas ! tu ne sais pas

Que le sombre Pluton poursuit partout les pas.

Il ne supporte plus d'être nommé stérile,

Car Vénus l'a blessé soudain des mômes traits

Dont elle abuse, au fond des antiques forêts,

La race des oiseaux et le beau cerf agrile.

aSo POÈMES ET SYLVES

Entends les cris du dieu! sous son bras redouté Se cabi'ent les chevaux qui craignent la clarté, Rompant sous leurs sabots le roseau qui s'incline Aux marais paresseux que nourrit Gamarine. Dans ses grottes gémit Henna, mère des fleurs. Et Cyane ses eaux fait croître de ses pleurs. Parmi les pâles morts bientôt tu seras reine, 0 fille de Gérés, et Junon souterraine. Ainsi, toujours la vie et ses tristes travaux Troubleront le Néant dans la paix des tombeaux, Et désormais en vain les Ombres malheureuses Puiseront du Léthé les ondes oublieuses.

Page 1