‹ Poèmes incongrusChapitre 6 sur 25 · LE BANQUET DES MAIRES · texte numérisé non relu

LE BANQUET DES MAIRES

Enfant gùté de mon canton,

Depuis quatorze ans je suis maire,

Bien que je me flatte, dit-on,

D'être un peu réactionnaire.

Un beau matin monsieur Floquet

Me dépêche une circulaire.

Il me convie au grand banquet ) .„.

Que nous offre le Ministère! '

« Je l'en prie, Hector, n'y va pas.

Me disait en pleurant ma femme; Ils ont inventé ce repas Pour se faire de la réclame! »

Mais je lui répondis : « Tais-toi, Joséphine, c'est mon affaire.

Je ne suis pas fâché, ma foi, / ,„. , De voir de près ce Mmistere! » )

Je pars la veille du grand jour

Suivi de toute la fanfare,

Les pompiers viennent à leur tour,

M'accompagner jusqu'à la gare.

Mille gamins poussent des cris ;

Faut-il que je sois populaire!

Le voyage est à moitié prix; . „ . ^

l n bon point pour le Ministère! )

Nous étions quatre mille cl plus

Entassés dans la grande salle.

Un vrai festin de Lucullus!

A sa place chacun s'installe.

Un grand laquais d'un air narquois

Sans cesse me remplit mon verre;

C'est du bordeaux de premier choix, i „. ,

{Bis.) ^e blaguons plus le Ministère. ;

« Monsieur, murmure près de moi

Un maire habitant des montagnes,

Vraiment je ne sais pas pourquoi

Ça va si mal dans nos campagnes! »

— Oui, m'écriai-je tout à coup,

Chez nous non plus ça ne va guère !

En attendant buvons un coup 1 „.

I Bis. A la sanle du .Ministère! > '

On n'entendait plus d'autre bruit Que le craquement des mâchoires; Floquet n'avait pas d'appétit, Mais il calculait ses victoires !

Vrai Dieu ! sommes-nous bien traités !

On nous prend par la bonne chère.

Passez-moi les petits pâtés, Vive à jamais le Ministère!

(Bis.)

Neuf heures! il faut s'en aller, Tant pis, car la cuisine est bonne.

Je sens mes jambes flageoler, A mes voisins je me cramponne!

Gahin, caha, chacun partait, Trébuchant et roulant par terre :

Braves gens ! murmurait Floquet.

Ils soutiendront le Ministère !

(Bis.)

Page 1