A CELLE QUI NE VEUT PAS MOURIR
Mourir! — Toul ineurl enfin! quelle que soit la force Qui nous tienne debout, la Mort donne une entorse Aux pauvres pieds d'argile, et nous couche àjamais, Si haut, si loin que soient nos fronts dans les sommets. Mourir! oh! je connais ta puissance, chère âme, Et je sais quel désir ambitieux t'enflamme, Vers quels buts va ton rêve ! — Et je vois qu'après tout La Vie a beau briller, un sépulcre est au bout.
Mourir 1 Mourir ! ! Parbleu ! tas de fous que nous sommes . Nous voulons un destin qui se refuse aux hommes, Et nous marchons jusqu'au lointain moment, trop près! Oii nous mordrons par la racine les cyprès. Car c'est là qu'il en faut venir, coûte que coûte! C'est là! là!! — L'Institut regarde et n'y voit guuttcî! Au fond, les docteurs sont d'imbéciles géants, Qui par tous les chemins vont à tous les néants. A quoi nous servent-ils, ces gens de la Coupole? La vérité! que nous fait celle faribole?
Savoir! la bonne histoire et le chic de haut goût!
Gâteux subtils, Savoir n'est rien, Pouvoir est tout.
Qu'il vienne donc, parmi la bande Académiste,
Un Prométhée, un grand astrologue ou chimiste î
Qu'il comprenne que tous nous allons à la mort
Avec dégoût, avec terreur, avec effort,
Et qu'après il n'y a plus rien, rien que la fange,
Puisqu'il nous est prouvé que la Vierge, l'Archange,
Jésus et Jçhovah sont des mythes fanés,
Et que c'est pour mourir que les hommes sont nés.
Qu'il se lève Vengeur, et rende l'espérance
Aux fils d'Eve, en tuant la Mort et la Souffrance!
Qu'il trouve en sa cornue un éJixir divin,
Un composé de sang, de soleil et de vin,
Qui nous fasse immortels : tous dieux, toutes déesses,
Sur des éternités promenant nos jeunesses.
Ce jour-là, ce sera le triomphe, ô savant !
Mais nous serons tous morts longtemps auparavant.