‹ Poèmes ironiquesChapitre 60 sur 79 · LES DEUX VOITURES · texte numérisé non relu

LES DEUX VOITURES

Et qui galope avec fureur.

Là dedans, le cheval emporte Une chose innommée et morte, Ancien cadavre déjeté, Machabé démissionnaire, Qu'un carabin tortionnaire, Par lambeaux a déchiqueté.

De ci, delà, cuisses hachées.

Tètes qu'on dirait ébauchées Par le crayon du cauchemar, Des os et des viandes puantes.

Collant leurs surfaces gluantes :

Le vomissement de Glamart.

Ils furent pourtant quelque chose, L'un poète, l'autre zingueur, L'autre, fille à la lèvre rose; Ils eurent du sang dans le cœur, Des passions dans la cervelle :

L'un aimait l'or, l'autre sa belle, L'autre les fleurs, l'autre le vïn ; Mais ils sont crevés à l'hospice ! Pas de famille à leur service, Et personne qui se souvînt !

Fin du travail! ou fin du vicel

iôG POÈMES IRONIQUES

San? une fleur, sans un sanglot, Sans un salut du populot, Comme une denrée importune, Tout ça vers la fosse commune !

Au galop ! au triple galop !

Et je rêve parfois, griselte, Chère mignonne marquisette, Doux yeux de ma gentille amour, Seins fleuris de boutons de rose, Que le Destin, vieillard morose, Peut bien nous réunir un jour, Hachés par un carabin Ideme :

Toi, belle fllle de bohème, Qui crois éterniser le bal, Moi, poète de carnaval, Qui songe parfois au carême.

Il peut nous réunir... là-bas, Crânes rompus, jambes et bras, Résidu de matière inerte...

Ça peut arriver, sais-tu bienl

La voiture noire n'est rien Auprès de la voiture verte.

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