LA HEVANCHE DES BÊTES ET DES FLEURS
T'en souvient-il ? lu mis parfois à sa ceinture
Un bouquet doux comme un ami, Et loslilas, avec un odorant murmure,
Sur sa gorge aimée ont dormi.
Pauvre mort, délais -é par ta maîtresse veuve,
Dans la tombe, rappelle-toi Le put de résédas, la violette neuve,
Sur la fenêtre, au bord du toit, Gomme tu les aimais, les chères campagnarde- Fraîches sous leurs chapeaux rosés !
Gomme elles t'envoN'aient de leurs lèvres mignar.les
Des parfums chargés de haisers !
Tu fus bon pour les fleurs. — Elles suivront ta cendre
Jusqu'à la région des morts ; Leurs racines iront, sous la terre, reprendre
Les particules de ton corps; Elles se changeront, les douces envoyées,
En alambics mystérieux.
Elles distilleront tes chairs putréfiées
Pour en faire un charme des yeux.
Si ta veuve s'en vient vers cette sépulture,
— Ge qui ne paraît pas bien sûr ! — Elles auront voilé l'abjecte pourriture
Sous un linceul d'or et d'azur; Et, plus tard, quand ton corps, cette chose innoniLuéc
Que tenait le Néant-Sommeil,
Aura, grâces aux fleurs, dans la vie animée,
Rej^ris une place au soleil, Par les airs, un beau soir d'été, plein de chimère,
De chants d' amour, et de splendeurs, Voleront, délégués par la Nature-Mère,
Les Papillons ambassadeurs :
Sur la tombe ils viendront, en costumes de fêtes.
Porter le baiser ingénu.
Le baiser de pardon envoyé par les BêteSç
Quand tu seras Fleur devenu.