LA REVANCHE DES BÊTES ET DES FLEURS 1G
Pour faire de sa peau, sous tes pieds ridicules,
Une humble descente de lit.
Mais le meurtre, c'est peu; le supplice ratftne
Tes plaisirs de dieu maladif; Et le lapin (nous dit le Livre de Cuisine)
Demande qu'on Técorche vif ; Et 1 ecrevisse aura, vive, dans l'eau bouillante,
L'infernal baiser du carmin ; Et, morne enterrement, l'huître glisse vivante,
Au sépulcre de l'abdomen
Soit ! il viendra le jour lugubre des revanches,
El l'âpre nuit du châtiment.
Quand tu seras là-bas, entre les quatre planches,
Cloué pour Éternellement.
Oh ! l'Animalité te réserve la peine
De tous les maux jadis soufferts ; Elle mettra sa joie à te rendre la haine
Dont tu fatiguas l'univers.
Or elle choisira le plus petit des êtres,
Le plus vil, le plus odieux, Un ver ! — qui s'en ira pratiquer des fenêtres
Dans les orbites de tes yeux.
11 mangera ta lèvre, avide et sensuelle,
Ta langue et ton palais exquis,
16/i POÈMES IRONIQUES
Il rongera ta gorge et ta^panse cruelle,
Et tes intestins mal acquis ; Il ira dans ton crâne, au siège des pensées.
Dévorer, lambeau par lambeau, Ce qui fut ton orgueil et tes billevesées :
Les cellules de ton cerveau.
L'une s'esclaffera, v«tyant l'Homme de^roie
Devenu Rien dans le grand Tout :
Le pourceau, dans son bouge infect, aura la joie
D'apprendre ce qu'est le dégoût ; Et les Bêtes riront, dans la langue des Bètes,
De ce cadavre saccagé Par la dent des impurs fabricants de squelettes.
Quand le mangeur sera mangé.
Mais quand Taccomplisseur de l'œuvre de vengeance
Aura dit : Fini le Géant !
La Nature, avec sa maternelle indulgence,
Glôra la gueule du néant.
Car tu fus quelquefois bon et plein de tendresse,
0 triste Roi des Animaux, Lorsqu'au pays d'Amour, tu menais ta maîtresse,
Cueillir les printaniers rameaux.