‹ Poèmes ironiquesChapitre 72 sur 79 · A LA DÉCOUVERTE · texte numérisé non relu

A LA DÉCOUVERTE

La Planète a cessé de vous plaire 1 Cherchons Quelque terre, loin des en-cas et des manchons, Loin des ciels lourdement gris-plat, loin de l'orage, Loin des bises du Nord qui vous mettent en rage, Loin des rustres hivers, et des printemps pâlots, Loin des Amours, hélas ! secoués de sanglots. Des faux passionnés et des menteurs Hercules ! Moins d'alanguissements, et moins de crépuscules ! Sur l'aile du Désir, faite d'Immensité, Hors de ce monde obscur et si mal habité Fuyez! Prenez un bain .dans l'Espace Solaire, Marion ! la Planète a cessé de vous plaire ?... Il suffit — Commandez — Monsieur Flammarion Vous offre Aldébaran, Sirius, Orion, Des Astres où votre âme éthérée et pensive Ne se courbera plus sous la brume massive ; Faute de l'Eternel, guettez Tlndéfini !

Si votre àme est oiseau, que Dieu lui donne un nid S De quel droit — s'il existe — effrayammenl injustej Vous raccourcir sur sa planète de Procuste, Vous jeter grande, belle, enthousiaste, au fond Du puits où le petit en l'obscur se confond,

LA TERRF. DE PROCUSTE isr,

Où tout est à jamais cadastral, où la Norme D'un géant étoile fait un bossu diflbrme, Reafoncé, racorni, quasi-décapité, Qui marche — comme on rampe — en pleine humilili Sous un soleil trop court et la fange si lourde. Mais sait-il écouter, dans FElernité sourde? Le grand distributeur inconnu, Marion, Donne une fois la Terre, et jamais Orion.

Pauvres êtres humains! pauvre foule éphémère» Prisonniers évadés du ventre de la mère ! Conceptions des nuits, naissances des hasards, Jeunes greffes, bourgeons d'hier, ô miUiards D'individus — parfois femelle, parfois homme — . Projetés au soleil, sans savoir quoi ni comme 1 Néants, qui reprenez du néant le chemin! Parasite de la terre ! vieux genre humain. Attaché pour toujours à la terrestre fange! 0 fantastique roi des bêtes, qui fais Fange I A boucler tes désirs résigne-toi, petit, Au niveau du repas règle Ion appétit.

Quelques milles en l'air, et voilà ton couvercle! Lorsque tu veux marcher, tu voyages en cercle!

jsG POÈMES IRONIQUES

Fermé partout, là-haut, là-bas, plus loin, toujours, Quels qive soient tes efforts, tes luttes, tes amours, Les crampes de ton cœur, les rêves de ton ventre ! Une force t'attire, à jamais, vers le centre Du globe ridicule, où nous sommes liés. Energique prison, qui nous tient par les pieds 1

Oh ! s'évader ! rêver qu'on flotte dans Tespace, Que la terre, au-dessous de nos ailes, s'efface! Toute une nuit, dans l'ombre épaisse des sommeils. Songer que Ton a pu coudoyer des soleils! Puis à l'aube reprendre, avec horreur, sa tâche ; Sentir qu'un invisible argousin vous rattache A de mesquins labeurs, à des plaisirs mesquins! Monnayer les soleils du rêve en vilssequins! Tenter de ressaisir à pleins poings la chimère Qui s'échappe, laissant une ironie amère : Aller plonger ses yeux, amantes, dans vos yeux, Pour retrouver les grands précipices des cieux!- Pour avoir un semblant de pétillement d'astres, Guetter l'or, à travers des milliers de désastres 1 Travailler, s'empoigner, lutter, suer du sang, Aimer, jouer, jouir, salir du papier blanc. Accumuler richesse, honneur, génie et gloire, Puis — comme le vin pur ressemble au soleil — boire !

LA TERRE DE PROGUSTE J

Et faire tout cela, sans avoir jamais pu, Sinon par impuissance, être jamais repu! ..

Ah! plutôt que lutter contre la Force immense, Plutôt que de lancer nos désirs en démence Vers les clartés d'en-haut, pleines d'obscurité, Puits d'oii ne tombe pas sur nous la Vérité ! Plutôt que d'assaillir le dieu des Nébuleuses, Roi du Chaos et d js Etoiles Fabuleuses, Subissons les arrêts de ce despote dur ! Couchons-nous pour dormir sur notre lit obscur! Laissons l'odieux Ciel insondable ! q u'on ferme L'espace fou qui n'a commencemonl ni leftne. . . Dormons I et repliant nos bras, courbant le dos, Que nous n'aimions plus rien sinon le grand repos! Plus d'infini! plus d'inconnu! plus d'hirondelles!.... Bondir pour retomber brisé? Coupons nos ailes.

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