‹ PoëmesChapitre 5 sur 15 · ODE · texte numérisé non relu

ODE

Pour une voile que la brume Efface au tableau de l'azur, Pour un nuage au firmament Dont se décolore la mer, Pour une côte où brille un phare, Pourquoi la plainte nostalgique, Puisqu'à l'horizon le silence A plus de poids que l'espace ?

Si le reflux de la marée Oublie des voiles dans un port, Pourquoi le grand désir du large Et pleurer l'impossible essor ?

Tes yeux garderont du départ Une inconsolable vision, Mais à la poupe s'agrandit Le désespoir et la distance.

La nuit que ton âme revêt CJL

S'achemine vers le couchant

Voir à l'horizon s'effondrer

Ce que peut le jour d'illusion,

Et c'est bien en vain, que tu greffes

Sur la marche irrémédiable

De la nuit vers le crépuscule,

Le renoncement de tes gestes.

MARINE

La mer bruit au bout du jardin, Comme l'orée d'une forêt, C Et le vieux port allume, au loin, L'alignement de ses lumières.

Qui vient de dire ce que vaut, A l'horizon, le jour enfoui, Comme un bivouac sans relève, Et le rêve qu'édifie l'ombre.

Et si la lampe qu'on éteint Fait retomber sur tes yeux clos Une plus obscure paupière, Si l'ombre fait surgir en toi, Comme le feu d'un projecteur, Une connaissance plus grande Encore de la solitude, Que peux-tu espérer de l'aube ?

MARIN

Et les matins garderont-ils, Dans l'espace où le phare a tourné, Une trace de ses rayons Inscrite à jamais dans l'azur ?

Pour tes longues veillées stériles Voudrais-tu l'aube moins pénible:

Glorieuse issue dans la lumière De ce que la nuit vient de clore.

Moments

Sur le mode d'anciens poëmes chinois.

HAIKAIS

OUTAS

L'aube encadre un paysage Au châssis de la fenêtre.

La lumière absorbe l'ombre, Elle dissolidifie Le volume de la chambre.

Je suis au petit début Imprécis d'une journée Que la pendule tapote, Doucement, comme une glaise, Pour lui faire un avenir.

Le grand silence m'enclôt Comme en une serre chaude Où ma peine doit mûrir.

Il nç se peut pas, que j'aie Attendu l'aurore en vain.

Il faut qu'il y ait, pour moi, Le commencement, aussi, De quelque chose . . .

MOMENTS

L'averse tombe sur le toit:

Ma chambre sonore s'emplit D'une rumeur d'applaudissement.

Avec le jour qui diminue,

La lampe grandit et m'atteint.

Je suis subitement confus, Comme laissé seul et hué.

Et moi qui avais espéré Trouver le crissement de joie, Les pétillements de la pluie Ont grignoté tout le silence Dont mon rêve s'était parqué.

ME

L'horloge cogne sur le silence Et le cloue, par petits coups, A mon immobilité.

Rien n'est plus de l'extérieur, Ici, que la nuit d'ailleurs, La nuit dans le corridor Où ma lampe allume L'espace ouvert d'une porte.

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