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ANTISTROPHE

Los dieux olympiens, par un divin mystère, Unissent, dans leurs mille hymens, la terre aux cieux, Et les héros, dompteurs des monstres de la terre, Dans l'Olympe éloilé régnent parmi les dieux. Comme des cygues blancs, en troupes vagabondes, Leurs constellations, pendant les nuits d'été, Guident les matelots; les Néréides blondes, Dans la mer où naquit Cypris Aphrodite, Connue des cygnes blancs en troupes vagabondes, Dénouant leur ceinture et leur robe aux longs plis, Daignent leurs lianes polis.

Sur les sommets sacrés des blanches acropoles,

L'œil indulgent des dieux Contemple cha([ue jour des danses et des jeux. La sagesse sourit en gracieux symboles

Daus les temples (le marbre aux grands iïoiitoiis sculptés Sur les soiumels sacrés des blauelies acropoles, D'où les dieux protecteurs veillent sur les cités.

STIIOPHE I I

Aux rliythines cadencés des graves mélodies, Quand Sap[)ho de Lesbos, reine des cliants d'amour, Conduit, la lyre en main, les blanclics théories, [.es danses et les chœurs s'enlacent tour à tour. Chez ce peuple divin, beau comme ses statues, Les mères, aux sculpteurs, prélres de la beauté, Montrent [)ieusement le corps des vierges nues. Thème religieux pour un hymne sculpté.

Chez ce peuple diviu, beau connne ses statues, lu temple avec res|)ect garde dans son trésor Phryné sculptée en or.

ANTISTROPHK 11

(JoiiUMn[)le les lutteurs dans le stade olynipi([Ue ; La Gi'èce liouore eu eux la force et la beauté, El chaule, par la voix de l'iambe tragicpie, La lutte du destiu et de la volonté.

Aux fêtes d'Eleusis et des Pauathéuées, Avec les noms des dieux du divin Partliéuou, Le peuple diautc, au sou des llûtes allcruées, Les noms d'Harniodios et d'Aristogitou.

Aux ietes d'Klcusis et des Panathénées, Les tyrans savent bien ([ue des glaives vengeurs Se cachent sous les fleurs.

Kl'Olit 11

Couronne-loi de myrte aux fêtes de la Grèce, Répète les accents

Des vierges au long voile et des adolescents, l/élenielle beauté vient des dieux; pour prêtresse Elle a la poésie aux accords inspirés.

Couronne-toi de myrte aux l'êtes de la Grèce, Fils d'Hélène, en chantant sur les modes sacrés.

KUPHORUhN.

J'ai souvent invoqué, sur les saintes collines. Le chœur mélodieux des muses, que conduit Loxias Apollon, roi des strophes divines; Kt j'ai chanté l'amour, la jeunesse qui fuit, Et les combats sanglants, et Pergame détruit.

J'ai souvent adoré, dans le marbre captives,

Les images du ciel que Tart dérobe aux dieux;

J'ai demandé l'oubli des heures fugitives

A ce monde idéal qui révèle à nos yeux

Comme un rellet lointain de la splendeur des cieux.

Poétique rivage, où le flot qui soupire Jette aux vents embaumés des mots harmonieux; Cortège insouciant des dieux fils de la lyre, Blanches villes de marbre aux noms mélodieux, Peuple sacré d'Hellas, recevez mes adieux.

Le spectacle du mal venait troubler ma vie ; J'ai vu ceux qui souffraient dans Tombre, et j*ai prié Pour le faible, l'enfant, Fesclave qu'on oublie, Et mon cœur s'est rempli d'une immense pitié ; Mais vers le ciel d'airain vainement j'ai crié.

Que me fait votre gloire indifférente et fière, Dieux heureux, qui toujours protégez les plus forts? Je ne veux plus offrir mon culte et ma prière Ou'à celui qui promet le pardon au remords, A la faiblesse un juge, une espérance aux moris.

J'irai dans les déserts emplis d'échos mystiques, Sur le sable épeler les traces de ses pas,

Kl j'alUMulrai, tourbe sous les vents pro})liéh'quos,

L'idéale beauté, sans modèle ici-bas,

Que lous vos dieux heureux ne me donneront pas.

].V. r.HŒIJH.

Ilélas! hélas! au lieu des chansons et dos danses,

Quels flots de pleurs vei-sés!

Quels cris d'angoisse au lieu des plaisirs repoussés ! Remords que rien n'efface, inutiles souffrances,

Longs soupirs, lourde croix, Et l'éternel regret des rêves d'autrefois.

Les dieux vaincus, pendant la nuit impure et douce,

Aux saintes visions Mêlent l'attrait vengeur de leurs tentations. La prière? Malheur à toi ! Dieu te repousse,

Et laisse aux cœurs brisés Un crucifix muet, froid sous leurs longs baisers.

A ces mots, au moment de reprendre sa route, Euphorion hésite au carrefour du doute, Et, pensif, devant Rome il s'arrête un instant Pour saluer encor le vieux monde en partant.

Il est nuit : Rome dort, sereine et reposée; Le Forum est désert ; le sol du Colysée Boit le sang répandu dans les jeux du matin; La lune disparaît derrière l'Aventin.

Chaque temple a fermé sa porte aux yeux vulgaires, Mais les initiés célèbrent leurs mystères, Et leur prière, avec Tenccns des trépieds d'or, Pans l'air silencieux vibre et s'élève oncor.

Non loin d'eux cependant, au fond des catacombes,

Devant un simple autel qui n'a pas d'hétacombes,

Au milieu des tomlieaux, tout un peuple à genoux

A leurs hymnes joyeux mêle un chant triste et doux.

Et l'écho, recueillant les noies dispersées, Réseau mélodieux de strophes eiUacées, Forme de ces deux voix un accord solennel Dans un hymne commun s'êlcvant vers le ciel :

Vénus! reçois nos vœux; les heureux sont tes prêtres; Tu souris, et Famour enivre tous les êtres ; Les fleurs de l'été germent sous tes pas.

Dieu mort pour nous, qui fis une vertu des larmes, Quand on souffre pour loi la douleur a des charmes: L'homme t'oublîrait s'il ne souflrait pas.

Vénus! i\ loi les nuits embaumées, Les danses an bruit des chansons aimées.

Les roses de Pœstum autour des coupes d'or.

Tu bénis, ô Christ! les rochers arides Où rame des saints, dans les Thébaïdes, S'épure, et vole h toi d'un plus sublime essor.

Beauté divine, ô renie suprême, mère de l'amour et de la volupté !

Appelle, on te suit; souris, et l'on t'aime, parure des dieux, ô divine Beauté I

Virginité sainte, ô blanche couronne î Vêtement de lumière aux anges emprunté.

Que rhomme n'eût pas conquis, que Dieu donne, Parfum des lis du ciel, sainte Virginité!

Larmes de volupté, sanglots des nuits heureuses. Étreintes, soupirs, baisers sur baisers !

Larmes du repentir, bannie des cœurs brisés, Pleurs des longnes nuits, tristesses pieuses!

Plaisir! roi du monde cl dompteur des dieux, Règne sur nos cœurs comme dans les cienx.

Et toi, vole moins vite, ô char muet des heures!

Douleur, ô baptême, o suprême loi !

Heureux qui s'élève, épmé par loi, Loin du plaisir impie, aux célestes demeures!

Trop !ôt viendra l'hiver, et puis la longuQ nuit; Oublions ; fêtons bien la jeunesse qui fuit Et n'altristons pas la saison des roses.

Toute chair a sa croix et tout être gémit :

Espérons, car la mort est proche, et Diea la mit Pour terme suprême aux larmes des choses.

Quelques jours encore, ô nuit du tomheau!

La lumière est si douce et la vie est si belle !

Ange de la mort, prends-nous sous Ion aile, Quand on s'endorl en Dieu, le réveil est si beau!

Comme un son de cristal qui meurt dans l'air sonore, . Se turent les deux voix au réveil de Taurore. Euphorion longtemps encor suivit, rêveur.

Cet écho des deux voix qui luttaient dans son cœur;

Puis, poursuivant le cours de son pèlerinage, Il alla se mêler aux peuples d'un autre âge, Sans détourner les yeux, de peur de regretter Le facile bonheui* qu'il venait de quitter.

PAUAHASE

LA DEILMÈHE NUIT DE JILIE.N JULIEN.

Par-dessus tous les dieux du ciel et de la terre, J'adore tou pouvoir immuable, iudompté, Déesse des vieux joiu's, morue Fatalité .

Ce pouvoir implacable, aveugle et solitaire, Écrase mon orgueil et ma force, et je vois Que l'on décline en vain les inflexibles lois»

Les peuples adoraient le Joug qui les encliaîuf, Rome dormait eu paix sur son char Irioiuplial. Des oracles veillaient sur sou sommeil royal. Maintenant du destin la force souveraine Brise le sceptre d'or de Rome dans mes mains. Et Sapor va venger les Francs et les Germains.

J'ai relevé Tautel des dieux de la patrie,

Et j'aperçois déjà le temps qui foule aux pieds

Les vieux temples déserts de mes dieux oubliés.

Au culte du passé j'ai dévoué ma vie,

Bientôt sous sa ruine il va m'ensevelir.

Le passé jneurt en moi, victoire h l'avenir!

LE GEME DE L EMl'IUE.

Ne crains [kis ravenii', toi dont les mains sont pures, i) dernier défenseur d'un cullc déscrlé, Oui voulus porter seul tontes les llétrissuies

Du vieux monde romain, et couvrir ges souillures Du manteau de ta gloire et de ta pureté!

tin vain tes eimemis ont voué ta mémoire

A l'exécration des siècles à venir;

Le glaive est ditns tes mains : rincorruptible histoire

Dira ce qu'il fallut à lamant de la gloire

De force et de vertu pour ne s* en pas servir.

La fortune rendra blessure [K>ur blessure A ces peuples nouveaux, aujourd'hui ses élus, Ouand leurs crimes aussi lombleronl la mesure. Mais mille ans passeront siuis laver Ion injure, Car Némésis est lente à venger les vaincus.

César! tu mourias sous une arme lomaine.

La tardive justice un jour effacera

Ce surnom d apostat que te domia la haine;

ir.

Mais le monde ébranlé dans sa cIiuIl^ t/entrainc. Et ton culte pi'Oscrit avec toi périra.

Et moi, je te suivrai, car je suis le Génie De Rome et de l'empire; unissant leui"s elïorts, Tes ennemis, les miens, las de mon agonie.

Veulent voir le dernier soleil de la ptrie.

Cédons-leur, le destin le veut, nos dieux sont morts.

ni

Maintenant suivez-moi dans les forêts austères, Sous les arceaux donnants des pâles monastères, Dans la sainte Allemagne, à la nuit de Noël.

Le vent balaye au loin les nuages du ciel, Et secoue, en versant sa sauvage harmonie, Les vieux troncs dépouillés des chênes d'Heivyiii*»,

Et les grands sapins noirs aux rameaux éplorés. Les pâles horizons par la lune éclairés S'enveloppent dépais brouillards par intervalles, Et la neige, chassée au souflle des rafales, Étend son blanc linceul, froid manteau des hivers, Siu^ la plaine, les monts et les grands l)ois déserts.

C'est là, loin de la vie et loin des bruits du monde,

Sous les abris discrets de la forêt profonde.

Que se cache aux regards l'église où, prosterné, .

Le peuple saint s'écrie : (( Un enfant nous est né ! »

Ainsi qu'un bois touffu, les frêles colonnades

Inclinent leurs rameaux et croisent leurs arcades;

Comme autour des vieux troncs, le lierre glisse autour

Dos piliers élancés et des flèches à Jour,

Et, comme des sapins, les aiguilles gothiques

Dressent dans le ciel gris leurs ombres fantastiques.

Écoutez! Forgue saint mêle ses mille voix

Au bruit du vent d'hiver qui gronde dans les bois.

Et les saints dont ic front se meurtrit sur les dalles, Ceux dont le peuple baise à genoux les sandales, Carleui's pieds bienheureux touchèrent autrefois Le sol trois fois béni du chemin de la croix; FjCs chérubins de pierre aux figures pensives, Les anges flamboyants qui jettent des ogives Un reflet de leur robe aux magiques couleurs Et des rayons de lune épanouis en fleurs, Tous chantent à genoux les célestes cantiques, Et la voûte d'azur pleine d'échos mystiques Redit rhymne sans fin de l'univers en chœur, Et jusqu'au marchepied du trône du Seigneur Les flèchfis, s'élançant ainsi qu'une prière, Portent les mille vœux et Tencens de la terre, Tous nos soupirs mêlés dans un commun soupir, Avec le sang du Christ pour les faire accueillir.

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