‹ PoëmesChapitre 3 sur 26 · PROMÉTHÉE DÉLIVRE · texte numérisé non relu

PROMÉTHÉE DÉLIVRE

PROVETHEE.

Les astres d'or, roulant aux éternelles splières, Achèvent lentement leur cours silencieux ; L'encens et la rumeur des plaintives prières Ont cessé de monter vers le tyran des cieux .

Je veille seul : il n*est pour moi ni nuit ni r^ve, Et rimmortel vautour ne laisse pas de trêve A mes flancs déchirés que nourrit la douleur ; Depuis quatre mille ans sa rage me dévore.

Mais les temps vont enfm s'accomplir, et Taumre Doit éclairer les pas de mon libérateur.

Jadis, quand Zeus [tunil en moi le divin crime Du feu sacré porté chez les êtres d'un jour, Vaincu, je lui prédis qu'au fond du noir abîme l.es dieux, chassés du ciel, tomberaient à leur tour. Cependant, enivrés de l'encens de la terre.

Ils s'endorment au fond de leur ciel solitaire ; Mais le matin verra mon oracle accompli :

Sous le bras d'Héraclès quand tomberont mes chaînes, Déshérités enfin des prières humaines.

Les cultes oppresseurs périront par l'oubli.

LE CHŒUR

seul ami de l'homme! ô toi qui sur la terre Descendis autr^is le feu sacré des cieux !

Toi- qui, pour protéger notre vie éphémère, Osas seul affronter la colère des dieux!

Pardonne si toujours à ta longue souffrance L'homme ingrat et timide a refusé ses pleurs. Il eût sur lui du ciel attiré la vengeance Sans pouvoir par sa mort soulager tes douleurs.

Toi qui souffres pour lui, pardonne â sa faiblesse; Repoussé par les dieux, j'implore ton secours; L'inflexible destin se rit de ma détresse, Et pour les suppliants, hélas! les dieux sont sourds

PROMETUEE.

J*ai compté des soleils le retour monotone, J'ai vu passer les ans, les siècles, et toujours Je l'attendis en vain pour charmer mes longs jours ; Oui, tu m*as oublié longtemps, mais je pardonne

Aux enfants du néant, dont mon doigt créateur D'un limon trop fragile avait formé le cœur.

De la terre et de loi viens me parler sans crainte. Comme un soupir lointain, sur mon sommet glacé, Le vent de les douleurs quelquefois a passé; Et moi, je supportais mes tortures sans plainte, Craignant pour mon orgueil des échos indiscrets, Mais sur tes maux, mortel, bien souvent je pleurais.

LE CHŒUR

Que faire? A la douleur quand Zeus livra le monde Pour le punir du don que tu nous avais fait, Faible et tremblant devant son tonnerre qui gronde, J'adorai : son orgueil ne fut pas satisfait.

Alors, dans tous les lieux j'élevais ses images, J'éveillais en priant l'écho dormant des bois, Et puis j'interrogeais mes prêtres et mes sages, Pour savoir si le ciel écouterait ma voix.

Mais les rochers sacrés de Delplies, la divine, Sur les ailes des vents m'ont renvoyé ces mots : (( mortel! que ton front se prosterne et s'incline; Nul n'est pur .devant moi : supporte donc tes maux.

Peut-être qu'en offrant chaque jour des victimes, Ma colère à la fin se laissera fléchir ; Mais ne demande pas, mortel, quels sont tes crimes : Ton crime fut de naître : il faut vivre et souffrir. »

Et mes sages m'ont dit : « Tes plaintes seraient vaines, Tes maux n'ont dans les cieux ni juge ni témoin. Marche, et porte le poids des misères humaines, Notre voix est si faible, et le ciel est si loin ! »

Alors, des fleurs d'un jour je couronnai ma tête; Au milieu de l'orgie, en l'honneur des grands dieux. Le sang de mes taureaux coula dans chaque fête. Et, modérant ainsi leur fureur inquiète, J'invitai les dieux même à partager mes jeux.

Mais, dans son vol muet, la morne destinée, Changeait les vins sacrés en un amer poison ; Jetiuit la coupe d'or de fleure environnée, Je foulai sous mes pas ma couronne fanée, Et sondai du regard le quadruple horizon.

Les épaisses vapeurs du sang et de l'orgie Voilaient comme un linceul le flambeau du soleil ; Comme un champ desséché la terre était sans vie. Et, sous le ciel d'airain, de l'aurore endormie Les peuples haletants imploraient le réveil.

Alors, sur un mont solitaire, Un astre éclatant se leva ; L'ombre s'évanouit : la terre, Dans un recueillement austère, Comme un dieu nouveau Fadora,

Cloué sur une croix sanglante, Un homme apparut à mes yeux ;

11 parla : le monde en attente Crut dans sa parole vivante ; Sa voix était Fécho des cieux.

Sa mort était un sacrifice :

Du ciel suspendant les arrêts, Il nous sauvait par son supplice, Et de la divine injustice II subissait seul les décrets.

Il nous légua sa croix divine Pour éclairer tout Funivers, Comme au sommet de la colline tJn phare brillant illumine Les horizons lointains des mers.

Et deux mille ans la terre entière Suivit ce fanal radieux »

Mais le symbole tutélaire

Dans le ciel, qu'à peine il éclaire, Jette en mourant ses derniers feux.

PROHÉTHÉE.

Laisse fuir le passé : l'avenir se déroule ; Grossi par chaque instant, le torrent des jours coule, Chaiiiant les dieux morts et les trônes détruits. Les grands jours vont venir : l'éternité féconde Va de ses flancs profonds laisser sortir un monde A l'heure oii de mes fers tomberont les débris.

Et toi, roi du passé, Tout-Puissant, Dieu suprême, Sous mille noms divers restant toujours le même. Qu'on t'appelle Brahma, Zeus, Jéhovah, Seigneur, pouvoir incoimu ! quelque nom que tu prennes, Moi, brisé par ta foudre et meurtri par tes chaînes, Moi, ton seul ennemi, je brave ta fureur.

Non, tu n'as pas vaincu, car j'ignore la crainte, Et jamais de mon sein ne sortit une plainte.

Tu voulais me voir seul, inconsolé, maudit, Et malgré tes vautours, et malgré ton tonneire, Ma triste solitude est peuplée, et la terre Par mille chants d'amour toujours me répondit.

voix DANS l. AIR.

Que sur la poitrine bnilante Voltige une brise odorante.

Et que son aile frémissante Caresse ton corps affaibli :

Que le sommeil sur toi descende, Sur tes yeux divins qu'il étende Ses lacs transparents, et répande Sa coupe d'or pleine d'oubli I

Brise, baigne en passant tes ailes Au calice des fleurs nouvelles ; Verse à ces neiges éternelles Les parfums de leur sein vermeil ;

Pendant que la nuit de sou voile Déroule Tinvisible toile, Où chaque perle est une étoile.

Où chaque agrafe est un soleil.

PROMETHEE.

Je reconnais ces voix : les Orcaties blanches, Les Nymphes; les Zéphyrs balancés sur les branches, Souvent pleurent mes maux au tbnd des bois sacres. Je vous entends souvent, jeunes Océanides^ Gémir sur mes douleurs dans vos grottes humides (Kl récume d argent l>aigiie vos pieds nacrés.

J'entends ainsi vibrer comme un lointain murnniiV La voix des mille esprits qui peuplent la nature» J'aime leurs doux accords à Fheure de minuit; Mais j'aime plus encor leur science immortelle ; Car an livre divin c'est par eux que j'épèle Les secrets que voilait 1 impénétrable nuit.

Mais toi, leur reine, toi qui souvent nie consoles, Muse de Fhannonie aux magiques paroles, Dors-tu sous les flots bleus ou sur l'herbe des bois? Enchanteresse, ô toi dont la douce puissance Dans les mains de Pandore enchaîna TEspérance, Viens avec ta musique, avec ta douce voix.

HARMONIA

J'abandonne pour toi mon palais de rosée

Où le miroir des mers Reflète de mes fleurs la corolle irisée

Et les calices verts.

Où les peuples légers de mes changeants royaumes, Les songes transparents, aériens fantômes,

Me forment une cour; On, répondant aux chants de la sphère infmic, L'air sonore lui-même, impalpable harmonie,

Me beix» tout le jour.

InnombraUes esprits des voûtes éthérées.

Nymphes des mers, des bois,

Soufties des vents, échos des cavernes sacrées,

Accourez à ma voix.

Par mou pouvoir magique, esprits, je vous fordonne, Aux pieds de Prométhée apportez la couronne

Et le sceptre enchanté.

Sur vous mon règne dure encor, le sien commence : Esprits de la nature, à lui votre science,

A moi votR beauté !

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