‹ PoëmesChapitre 2 sur 26 · XJ · texte numérisé non relu

XJ

himiains, puisqu*ils souffrent et meurent. Dans la Palestine ou dans la haute Asie, ils sont nés de vierges immaculées, car c'est la pureté de rame (|ui engendre l'idée divine.

Les mages invoquaient Mithras, le médiateur entre Ormuzd et Ahriman, celui qui doit concilier le dualisme éternel; et, guidés par une de ces étoiles mystérieuses qu'adoraient leurs pères, ils arrivent devant une crèche, et présentent l'or, l'encens et la myrrhe au Dieu nouveau-né. Puis sa mère le conduit en Egypte. Le reconnaissezvous? dit-elle aux prêtres. Depuis longtemps vous l'avez vu entre mes bras dans vos temples; c'est «le lui que je disais : Le fruit que je porte est le soleil. — Nous le reconnaissons aussi, disent les SHges de la Grèce, c'est le Verbe de la Sagesse incréée, cette lumière qui illumine tout homme venant en ce monde, et qui était apparue sous la forme d'une vierge armée, sortie, du front de Zeus, avant de s'incarner dans le sein d'une vierge juive. C'est bien lui qu'annonçait la prophétie de Virgile, écho des anciens oracles : nous reconnaissons la Vierge, et le nouveau-né qui descend des

hauteurs du ciel pour ramener l'âge d'or. Voici le renouvellement du monde,

Mugnus al) integro sœcloium nascitur oi*do.

Le serpent va mourir; partout se montre l'agneau revêtu de la pourpre, partout germe l'amonuim d'Assyrie, le pain céleste, Hom, le dieu de l'antique Ariane, qui nourrissait tous les êtres aux agapes de la communion primitive.

Et le Dieu nouveau prend possession des temples : son royaume n'est pas de ce monde, il est roi du monde intérieur, et il révèle les mystères de l'âme, TEdende l'enfance, le serpent des passions humaines, et la rédemption sur le calvaire de la vie, et l'ascension dans le ciel mystique de la conscience,

La blanche ascensiim des sereines vertus.

Mais la loi nouvelle est sévère : loi de devoir, de renoncement et de sacrifice. Le faible s'y soumet et souffre, le fort la brave et opprime. La vie est condamnée, les saints vont s'enterrer aux soli^

tildes, et les dieux heureux <^ les dieux de la jeunesse et de r amour, se changent en démons tentateurs. Nous demandions un dieu humain, et déjà le médiateur est trop haut pour nos humbles prières; qui les portera jusqu'à lui? Ce sera sa Mère, F idéal féminin des races chevaleres»ques du moyen âge, la divinité propice et lumineuse que nul n'invoque en vain. Qu'elle règne dans le ciel de son fils, couronnée de rayons et d'étoiles, les pieds sur le croissant de la lune, écrasant le front humilié du serpent.

Cependant le Dieu ennemi des prêtres et crucilié par eux courbe l'Occident sous le joug de la théocratie. Il prêche la douceur et le pardon, et la terre, sous son règne^ se couvre de cachots, de gibets et de bûchers. 11 annonce la délivrance, et l'esclavage envahit le nouveau monde avec sa doc* trine. 11 ordonne l'humilité et le renoncement aux biens du monde, et les richesses de son Fglîse^ la Vente publique des grâces célestes, sont le signal de la révolte i Ainsi l'éternel dualisme de l'Atie se reproduit dans les étranges contradictions de l'histoire comme dans les luttes intérieures de

rÉ^lisi». Le culte reproché aux Manicliceiis, aux Albigeois, aux Hussites, serait-il le dernier terme (lu triomphe de l'hérésie? Quand nos défoillanccs appellent une révélation nouvelle, ceParaclet promis à l'avenir, cet esprit de vérité et d'intelligence i\m doit dévoiler les derniers mystères, serait-il donc l'archange révolté, le Titan cloué au Caucase, le serpent condamné dans TÉden, qui ht cueillir à E\e le fruit de la Science et enseigna les arts et l'industrie à la race maudite de Caïn? Quelque nom qu'on lui donne, la science s'afhrme aujourd'hui reine du monde. Elle aboli!

l'esclavage, ce que le christianisme n'avait pa?? l'ait. Elle fait du droit, base de la morale antique, le complément nécessaire du devoir, principe de la morale chrétienne. Elle promet d'affranchir l'esprit et de soumettre la nature, de nous ramener à l'intuition par le chemin de l'expérience, et de donner à la vérité conscience d'elle-même. Puisse-t-elle accomplir ses promesses! l'avenir lui appartient. Mais n'escaladons pas le ciel dans nos espérances. 11 est diflicile de caractériser d'avance cette ère nouvelle qui sera Tâge viril de

rhumanilé, mais la foi dans l'avenir n'autoriso pas à blasphémer le passé. La vieillesse el Tâge mûr sont-ils un progrès sur l'enfance et la jeunesse? Chacun répondra selon son tempérament, et, si les philosophes comprennent mieux la vérité sous une forme algébrique, les artistes aimeront mieux la recevoir sous l'enveloppe palpable '(lu symbole.

La science moderne, qui admet des molécules indivisibles mais étendues, qui croit aux deux fluides électriques, qui personnifie le calorique, qui explique la vie minérale par l'affinité, comme si un mot expliquait un fait, sourit dédaigneusement des Grecs, qui rêvaient une Dryade dans chacun des chênes de Dodone, et une Océanide dans chaque flot de la mer ; pourtant les conceptions antiques renferment une notion plus juste de la vie universelle que toutes nos abstractions mortes, et ont de plus l'avantage de fo?u'nir des types à la peinture et à la statuaire. Là où nous voyons des forces et des principes, les anciens voyaient des dieux; nous appelons l'attraction ce qu'ils appelaient Vénus; c'est une question de

jiiû44^, et l'un n'est pas plus clair que l'autre. Selon la différenee des formes données aux mêmes idées, on formule des lois physiques ou on crée des œuvres d'art. 11 est permis, je pense, d'être ji la fois de l'avis de Newton et de l'avis de Phidias.

La vérité est aussi nécessaire à la vie de l'esprit \

que la lumière à la vie des êtres organisés ; cessons donc de croire qu'elle date d'hier, et de proscrire les formes que le passé lui a données. En métaphysique surtout, la proscription est un signe de faiblesse. C'est la myopie de notre esprit qui nous enchaîne à des formes exclusives et à des hiérarchies artificielles. Pendant deux mille ans, l'homme n condamné la matière et immolé l'art et la beauté sur les autels de la morale. Mais la beauté est aussi divine que la vertu, et à ceux qui trouvent mauvais que Vénus soit moins chaste que la vierge Marie, on pourrait objecter que le Christ est moins beau qu'Apollon et Bacchus ; autant vaudrait se plaindre que la. gravitation ne soit pas assez morale. Aujourd'hui que le règne du Saint-Esprit commence, c'est la science qui veut astreindre l'art et la morale à ses lois, comme si ce n'étaient

— WII —

pas là trois mondes distincts. Moraliser la beauté ou la vérité, soumettre Tari ou la morale au raisonnement et juger un théorème par le sentiment esthétique ou parla conscience, ce sont trois t(Mitativesde la même force, et qui rappellent la condamnation de Galilée.

iSous avons passé au creuset toutes les fleurs du voile d'Isis, nous avons voulu épeler les oracles obscurs de ses sphinx, mais nous ne pouvons définir ni la matière, ni Tesprit, ni la substance, ni la cause, ni le temps, ni l'espace. La science, comme la foi, élabore des conceptions subjectives, sans jamais pénétrer Tessence des choses. Sa sphère est le présent ; elle se tait sur les origines des mondes, de la vie organisée, de l'homme et des langues humaines. Si les mythes des races divines et des amours des anges sont d'obscurs hiéroglyphes, la génération spontanée et la transmutation des espèces sont de vagues hypothèses, el, mystères pour mystère?^, les grandes traditions de l'humanité valent bien les opinions écloses dans tel ou tel cerveau individuel. D'ailleurs les théories scientifiques sont encore plus mobiles que les

dogmes religieux : les lois de la chimie varient tous les dix ans, comme les classitications de Thisloire naturelle. La Nature anarchique et multiforme se rit de nos systèmes, lits de Procuste de la vérité. En elle le centre est partout, et tout s'enchaîne sans hiérarchie.

La science débute par un acte de foi, puisqu'elle accepte les axiomçs de la raison, comme la morale accepte les lois innées de la conscience, comme l'art accepte ces notions primitives de beauté qui n'ont jamais été définies par une langue humaine. Ces conceptions originelles, ces idées que chacun comprend et que nul n'explique, ces mots écrits en lumière dans le sanctuaire intérieur et que nul ne peut lire, ne sont-ils pas vos noms, Élohim? Comme les faces d'un prisme, comme les rayons de la lumière blanche, la force, la loi et l'amour, confondus seulement dans l'unité abstraite du panthéisme primordial, se révèlent dans la science, dans l'art et dans la morale par le vrai, par le juste et par le beau, et ces révélations sont multiples comme la nature et comme l'esprit humain. L'idéal divin apparaît sous des formes ap-

xrx

propriées au génie des peuples chez qui el par

qui il se révèle.

f Ainsi le principe féminin, la mère féconde el

bienfaisante, s'appelle Rhéa, en Phrygie; Héra, à

Argos ; Demeter, à Eleusis ; Perseplioné, en Sicile;

Artémis, à Ephèse; Aphrodite, à Cypre; Aslarlé,

en Syrie; Mylitta, en Chaldée. C'est toujours la

. . . • mobile Mâyâ, l'illusion divine, ou la grande Isis.

qui écrivait au seuil de son temple : Je suis tout ce qui est, tout ce qui a été, tout ce qui sera. "^

L'étude consciencieuse du passé, qui est le meilleur côté de notre époque, la conduira, je l'espère, non pas à un éclectisme acceptant ceci et rejetant cela, mais à la synthèse générale des dogmes et a la conciliation des contradictoires. Les races européennes en sont à leur période alexandrine. L'Orient ouvre de nouveau ses écluses. Le zend et le sanscrit évoquent devant nous de grandes civiHsations éteintes comme les débris fossiles nous aident à reconstituer des périodes géologiques. La part du passé est assez belle pour qu'il n'ait pas à envier à l'avenir cette compensation suprême d'amener sur la terre la réconciliation des

races ennemies, et dans le monde idéal la jurande paix des dieux. La science admet plusieurs infinis, l'art reconnaît les caractères de la beauté dans Homère et dans Sliakspeare, dans Kembrandt et dans Phidias; pourquoi la foi n'aurait-elle pas plusieurs types divins , régnant sans ombrage dans des cieux difféfents?

Les idées pures, ces types qui vivent indistincts, latents, virtuels au sein de la Nuit primitive, mère des dieux, né peuvent se révéler qu'à la condition de s'incarner dans tine forme qui les détermine, qui les limite. La forme unit la matière et l'esprit, elle est la parole qui donne un corps à la pensée, le médiateur entre le fini et l'infini. Aux époques mystérieuses de ces révélations premières, l'union (»st intime et complète ; les idées se présentent sous les expressions qui peuvent le mieux les rendre, les opérations de l'esprit se traduisent par des images palpables, les dogmes s'énoncent en symboles, les dieux ont un corps. L'éloignement de notre époque pour tout ce qui ressemble à de la poésie nous emjicche de cbercber l'origine et le sens de certaines métaphores : pourquoi lous les

peuples et tous les âges ont-ils représenté les dieux sous formes d'essences lumineuses, pourquoi dans toutes les langues les mots d'esprit et d'anie sontils étymologiquement synonymes de souflle et de vapeur? Avons-nous une définition assez nette de la matière et de Tesprit pour nier avec dédain l'analogie que semble indiquer un instinct aussi universel?

y^Tant que les dogmes vivent dans la croyance (tes peuples, les dieux ont une vie propre, et en quelque sorte aussi personnelle que celle de l'homme, qui les conçoit à son image parce qu'il (^st fait à la leur :

Finxit in eftigiein modcrantuiii cniicta door.itn.

Leurs attributs sont multiples comme nos facultés. Ainsi nous disions plus haut qu!A{ili£ûdité-^^ V^i- . U;action^ mais elle est aussi la ffVnntlifé elle est aussi l a beauté , etc. Zeus n'est pas seulement l'air vital qui nij^i^^rittou^» ^^"«^ à\r^^K^ Pthfir sidéra pascit, le dieu dont les mille hymens se retrouvent dans les innombrables combinaisons de r oxygénc ^ le roi

de la foudre, qui descend en rosée bienfaisante dans le sein de la terre féconde, conjtujis in greminm Ixla^ descendit, il est aussi 1q pcincipe de la. vie comme l'indique son nom (Ziu;, ^aw), le vainqueur des Titans, c'est-à-dire le modérateur des forces premières, et, dans un sens plus exclusivement humain, il est le principe de la justice, base de toutes les sociétés, source de toutes les vertus morales.

Les mythes sont vrais dans quelque sens qu'on le prenne; comme les éléments chimiques subsistent, quoique latents et voilés, dans leurs combinaisons innombrables, ainsi les types vivent inaltérables dans chacune de leurs manifestations. C'est ainsi que, d'après le dogme catholique, Jésus-Christ est présent à la fois dans chaque hostie. Mais, selon le caractère des peuples, des époques, des individus, tel aspect des types divins prend plus de relief que tel autre. Le sens des mythes paraît tantôt plus matériel, tantôt plus moral, car l'idéal ne varie pas seulement d'une race à l'autre, il se transforme selon la nature des intelli- *^enoes individuelles. La foi naïve et spontanée

des niasses se coiilente du ciMé palpable et poéli- <|ue des symboles. Pour les espiiU plus rétléchis. il liutl une doctrine plus métaphysique; qu'ils prouvent leur force et leur courage en traversant les épreuves imposées aux initiés, et ils pénétreront les mystères. ,

Aux fêtes d'Apis, le peuple adorait le symbole vivant du travail, l'animal bienfaisant et fort qui l'aide à féconder la terre. Pour les prêtres et les sages, Apis était 'le Nil, le soleil, le taureau équinoxial, et pour les initiés, dans le sanctuaire du h'érapéon, c'était le principe créateur. Quand le peuple d'Athènes allait en pèlerinage au temple des deux grandes déesses d'Eleusis, les poètes lui racontaient l'enlèvement de Persephoné par lladès, la douleur de sa mère et le retour de Persephoné à la lumière céleste. Cette légende sufiisait au peuple, qui se retirait en remerciant la mère bienfaisante à laquelle il devait le blé nourricier de l'homme. Elle suffisait aussi à Praxitèle, qui, au lieu d'aller jusqu'au temple où se dévoilaient les mystères sacrés, s'arrêtait en route pour regarder Phryné se baignant dans la mer, et revenait sculp-

ler une Aphrodite anadyomène. Mais il y avait :dors comme aujourd'hui dos esprits plus curieux de science que d'art, l/hiérophanlo leur ex|diquait (pie Persephatta, filie de Zeus et de Démêler, était hi végétation, fille de la terre et de l'air, enlermée pendant l'hiver dans les royaumes souterrains d'Hadès, et renaissant au printemps pour charmer le ciel et consoler la terre.

Il y avait aussi des esprits inquiets de la destinée de rhomme. Persephoné leur apparaissait comme la nocturne Hécate, reine des ombres, et leur révélait les mystères de la vie et delà mort, la transmigration et l'épuration successive des âmes. C'é* tait la grande initiation : on s'y préparait par une vie pure, par la continence et par le jeune. Aux jours de leur toute-puissance 5 les Césars romains n'osaient braver ni les lois austères de Lycurguc; fti les anathètnes des prêtres d'Eleusis contre les pt*ofanes; Ce souvenir aurait dû suffire pour réfu^ tet* tant de sottes calomnies débitées di^puis sur l'iininorahté du paganisme.

Mais les initiés doivent se garder de révélel* les mystères : les artistes ne reconnaîtraient plus leurs

types rêvés, dniis les abstrartions de Voiitologie ; le peuple perdrait sa foi sans trouver dans la métaphysique une compensation aux croyances poétiques qu'il aurait perdues .^Jujj ie peut me voir iiu»A-<Àifl|^o "^anH ni(!^J1\rj./^iL!l^.'f ",!!"' Moïse. Séuiélé fut foudroyée pour avoir voulu voir Zeus dans sa "gloire. Malheur a ceuxTiuî'p résument tnq) de leurs forces ! Parmi les initiés qui sortaient de l'antre d'Hermès Trophonios, il y en eut qu'on ne vit plus jamais rire.

(Cependant les races vieillissent ; alors l'espi'il se sépare ^^ Lxorps. les nioti ^p dé doublent. Vider, j>oiiJLSeL..dé[;n|j;iM'; roietterimiflej la. mmce brise .

Jjirue du..âpdbiûle où , s'abreuvaient les peuples ^* jeimes et forts. En quittant leur enveloppe , les vérités d'intuition arrivent à la conscience d'ellesmêmes. Est-ce une mort j est-ce une résurrection ? 11 n'est pas un bien au monde qui ne se mesure par un regret ; inais pouvons-nous pleurer la mort de nos dieux et allirmer notre existence j iious. formes fugitives, incarnations passagères de leur éternelle pensée?

Oir, TTtp ^6>.«ov «yivErj, Tcvrièi xotî «v^pwv,*

Ou (•lions-nous hier, où serons-nous demain?

31ais les forces divines qui vivaient avant nous lenaitronl après nous dans d* autres organes ; les idées qui se révèlent aujourd'hui en nous éeloronl demain dans d'autres intelligences, connne ce llamheau qu'on se passait de main en main dans ts mystères

Ainsi chaque hiver la terre prend le deuil du soleil ; mais, tant que les sphères amoureuses poursuivront dans l'éther leurs ellipses divines, tant i[{w la terre épanouira ses feuilles et ses fleurs aux baisers du printemps, tous les êtres chanteront en choMU' la résurrection xl'Adonis et le retour de Tagneau équinoSAtf>i l'art doit disparaître du monde, comme au temps où les dieux de la lirèce furent chassés de leurs temples, ils vivront cependant d'une éternelle jeunesse tant que la beauté sera désirable, et qu'on n'aura pas arraché l'amour du cœur de l'homme.. Et le Dieu crucifié du moyen âge, fût-il cîfloin'nlé" par les docleurs et les prêtres, I^alûuil^par le peuple, abandonné par ses amis et renié par son apôtre, aura toujours un autel dans lésâmes épurées par la douleur et

sanctifiées par le sacrifice . Car les dieux ne peu r vent mourir, et, quand on croit avoir scellé la pierre de leur sépulcre, ils ressuscitent dans leur gloire, et l'humanité se prosterne et adore, comme aux jours où , devant cette éblouissante lumière du seizième siècle, elle a salué la renaissance des anciens dieux.

Comme le réel est le miroir de T idéal, les formes politiques répondent aux idées religieuses. Les hiérarchies célestes se traduisent par les caâiea, le monothéisme parla monarchie, le polythéisme par - la r^ttWique. Si, au lieu de s'arrêter aux mots, on pénètre dans l'essence des choses, on suivra ces analogies sous l'infinie variété de leurs manifestations. Ainsi la répubhque Juive devient monarchie en mêm(V;temps que Jéhovah se dégage du milieu des Élohun-yïi'Olympe anarchique de la (jrèce et de Rome se range sous la suprématie de Zeus à mesure que les républiques se perdent dans l'unité de l'empire. La religion populaire du moyen âge, avec ses légions de saints et d'anges, est un paganisme féodal réglementé, non sans résistance, par la théocratie unitaire des grand papes. Les peuples

Dnisiilmans, dont le monothéisme est seul radient et absolu, n'ont jamais en d'autre gouvernement (|ue la monarchie.

lies religions peuvent prendre des formes philosophiques sans que ces rapports disparaissent. La république des Etats-Unis ne saurait compter le nombre de ses communions religieuses : c'est un polythéisme saupoudré d'unité, sans légendes ni symboles, aussi abstrait queledéismede Rousseau, personnitié dans la dictature de Robespierre. Quant aux répubhques espagnoles, elles sont ca- Iholiques, et partant dictatoriales. La France, catholique d'habitude et révolutionnaire par saccades, n'a pu s'accoutumer au régime parlementaire des peuples protestants, dont le dieu constitutionnel règne au moyen d'une charte octroyée.

Qu'on suive les transformations des dogmes à travers le temps, on les verra coïncider avec les révolutions dans la vie des peuples. Puis le passé n^bondit, le présent se recueille, l'avenir s'élabore : alternatives d'énergie et d'affaissement, pulsations inégales du sang dans le cœur des races malades; c'est le temps des compromis et des trêves, la pros

t ration après les crises : périodes fiévreuses et malsaines. Il est vrai que ceux pour qui la vie réelle est mauvaise peuvent se retirer au désert, et , dans leur solitude intérieure , conserver un autel à leur culte proscrit. vV^ . . ; *r ^

Si de celte solitude j'élève aujourd'hui la voix, ce n'est pas qu'il me reste quelque illusion sur la valeur de mes essais. Les vers que j'ai réunis dans ce volume ont été composés à des épo(jues assez anciennes pour que j'en voie les imperfections comme s'ij s'agissait d'une œuvre étrangère; mais, soit indifférence, soit lassitude, je ne les ai corrigés qu'en partie.

ProinétMe délivré est une œuvre de jeunesse, on le verra sans peine. Je le reproduis, sauf quelques modifications dans la forme, tel qu'il a été écrit il y a dix ou douze ans. Je croirais faire injure aux lecteurs d'Eschyle en leur expliquant le sens du mythe contenu dans son Prométhée enchaîné.

Tout le monde sait qu'Esehyle essayait de reh^ver le culte pélasgîlftre des Titans, qui n'avait jamais été complètement abandonné chez les autochtones de l'Attique. Son Prométhée syml)olise Li-géfti^hu-

LOJjair.e Je principe (l'autorité, comme on dirait anjourd'hui. Dans la partie perdue de cette trilogie, le Tit an jèlalt déli vré par Héi;aclès^ le travail civilisateur, le Melkarlh des peuples industrieux et navigateurs dela.Pliénicie. En plaçant le dénoûment de mon poëme au delà du monde t^rec, et même en dehors de toute espèce de temps , j'ai dû suivre les transformations naturelles des types.^nsi loj la vache Isis, l'amante féconde du Dieu créateui:^ revêt un caractère plus exclusivement moral, et devient le type épuré de l'amour divin. Quant à la conclusion, elle était contenue logiquement dans la donnée du mythe. Il ne m'appartient ni de l'accepter ni de la récuser, comme s'il s'agissait d'une solution définitive et d'une opinion personnelle, puisque je l'ai présentée d'une manière tout objective , et comme une des phases historiques de l'évolution religieuse.

Si le petit conte de Blanche paraît se développer dans des conditions trop .exceptionnelles, on me pardonnera peut-êlre d'avoir pensé que la.hitte morale d(» Tàme contre le monde extérieur et

coilUe elle-nièmr, quel qu'en soit le (héàtir, niérile d'être racontée.

^Uilihûlion est un panorama de quelques époques passées , une suite de tableaux et d'impressions de voyage à travers le temps. La légende qui m'a servi de cadre est empruntée à Ptolémée Hepliestion. Si les ^i^^^ix^ou^jKmr ]3l5J[L?.ïJâJ[âlliil*iL mode r ne; oi letM ârfionataaces et la force des choses me l'eussent permis, j'aurais voulu, sur ce canevas ou sur tout autre, tracer le plan d'une sorte d'épopée humaine, et dans ce pèlerinage à la recherche de l'idéal, tempérer à chaque halte une espérance par un regret. On trouvera dans Euphorion des essais de rhythmes nouveaux. Une partie de l'épilogue a été publiée il y a quelques années, mais J'ai dii, dans cette édition, en retirer |)lusieurs vers, par le même motif qui m'empêche de reproduire des pièces relatives à des événements contemporains.

Ce recueil est complété par quelques pièces détachées, les unes d'un goût allemand ou Scandinave, les autres tirées de légendes grecques. Ces petites pièces sont aussi des études de rhythmes.

Je publie ce volume, qui ne sera suivi daueuti auln», comme ou élèverait un cénotaphe à sa jeunesse. Qu'il éveille Tattention ou qu*il |)asse inaperçu, au fond de ma retraite je ne le saurai pas. Engagé dans une voie diiïérente, j*ai quitlé la littérature pour n'y jamais revenir, et si, contre mon attente, la critique jette les yeux sur mon livre, elle peut à bon droit le considérer comme une œuvre posthume.

Page 1