Poèmes mystiques
L'Amour du Beau, la sainte Flamme, La Bonté, le Savoir, la Foi, C'est toi qui les mis en mon âme...
— Et le Mal ne vient que de moi. »
Mars 1900.
Moi que séduit encor, au siècle finissant, La (jloire et la Beauté de la F'oi ('atholique, Et qui garde en mon cœur, ainsi qu'une relique. Le nom du Tout- Puissant ;
Moi qui, dans les splendeurs des vitraux pleins de flammes, Dans l'essor des parfums pieux des encensoirs, Sens, vibrante du vol des mystiques Espoirs, S'épanouir mon Ame ;
Moi qui crois fermement que le Ciboire d'or, Tranquille, reposant au fond du Tabernacle Contient, par le pouvoir d'un éternel Miracle, Le Vainqueur de la Mort ;
Je voudrais, pour les maux sans nombre offrant des baumes, Eaire chanter, auprès des humaines douleurs. Les orgues unissant l'ivresse avec les pleurs. Et répondant aux psaumes.
— lO —
Car il faut, pour tous ceux que tourmente la l-'aim, Pour les Rêveurs creusant leurs profondes pensées, Pour les chercheurs sans but, pour les Ames blessées, Un Guérisseur divin ;
Et c'est dans le Mystère et l'Ombre des Eglises Qu'il faut aller chercher la Paix et le Repos, En songeant au Seigneur, le soir, sous les arceaux Aux lignes indécises...
— Dans l'effeuillaison gaie ou triste, tour à tour, Des Rythmes solennels et des vieilles Prières, L'Ame monte vers Dieu, par des flots de lumières, Dans un spasme d'Amour !...
Les (^êoes
Quand même !
A mon ami .1. R. di; Iîroussk
Oiiand même, par delà les voiles d'ici-bas. Nous ne trouverions point le Paradis céleste ; Quand même il mentirait, cet immuable geste Des Clochers, vers un ciel qui n'existerait pas ;
J'aurai du moins vécu, désireux du Trépas. Travailleur obstiné pour faire œuvre qui reste, Et, la lutte du siècle étant pour moi funeste. Loin des sentiers impurs j'aurai porté mes pas !
J'aurai rêvé, près des Autels tout blancs de cierges, C'es fresques de jadis où vont Martyrs et Vierges, Dont les tons par l'encens furent atténués ;
Et j'aurai dit des vers aux rimes argentines, Pieux, — comme ces vols d'Anges asexués Sur le ciel d'or des mosaïques bj'zantines...
5QnçtuQipe
Au poète mystique Gabrikl Ducos.
Dans la rosace il flambe encor des fleurs dorées.
Le grand orgue s'est tu dans la brume du soir ; Et le Prêtre, incliné sur les dalles sacrées, Prie en un je ne sais quel parfum d'encensoir.
Le grand orgue s'est tu dans la brume du soir. Tout s'endort. Le silence a déployé ses ailes. Au sein d'un je ne sais quel parfum d'encensoir, Qui flotte en la stupeur des ombres solennelles.
Tout s'endort. Le silence a déployé ses ailes Sous les arceaux muets montant d'un jet puissant ; Et, parmi la stupeur des ombres solennelles, La lampe tremblotante a des reflets de sang.
Sous les arceaux muets, montant d'un jet puissant, La Nuit tombe, étendue en lourdes draperies. La lampe tremblotante et ses reflets de sai g Eclairent seuls la Route au chastes Rêveries.
La Nuit tombe, 6tendue en lourdes diaperies Qui s'accrochent aux noirs chapiteaux des piliers ; On entend frissonner les chastes Rêveries, En paix, libres enfin des Désirs oubliés.
— Là, quand la Nuit s'enlace aux faîtes des piliers. J'aime à venir, tremblant ; et mon cœur qui se brise Et saigne en ravivant les Désirs oubliés, Redevient calme dans la splendeur de l'Eglise.
Et j'y reviens souvent, lorsque mon cœur se brise. Quand le Doute m'emplit l'Ame de rêves fous. Et, dans la solitude auguste de l'Eglise, Je retrouve la paix en ployant les genoux.
Vous que le L)oute trouble avec ses Rcves fous, Venez vous incliner sur les dalles sacrées... Vous trouverez la paix en ployant les genoux.
Dans la rosace il flambe encor des fleurs dorées.,
s(>»\xj-:'i"s D'AC'j'ovixi-:
A mon ami .losKi'H Ai.Hks.
Ire Qoîs
Voici : de toutes paits il fuse des troncs d'arbres Qu'a desséchés le vent aigre des premiers froids : Et, sur un pâle azur, ils montent à la fois, — Troupe d'ascètes qu'extasie un songe vague.
Une brume bleuit les lointains qui s'effacent.
Et le tableau que la saison transfigura
Ne semble plus un paysage d'ici-bas,
Un bois quelconque dépouillé de son feuillage,
Mais quelque Eglise d'Au-delà, du Paradis, Depuis ses tapis d'or, par l'Automne jaunis, Jusqu'à ses voûtes aux nervures inéelles,
Quelque Eglise de rêve achevée en forêt,
Eglise sans autels, où l'on s'égarerait
A travers des piliers sans nombre, droits et grêles.
LcQ Lune
Minuit. Le clair de lune enveloppe le Parc ; C'est un moutonnement de frondaisons dorées, Fantastiques, ayant perdu depuis des soirs L'ordinaire aspect des choses accoutumées.
Mais, en fixant des yeux attentifs, on croit voir Un étrange océan aux étranges marées Dont une Fée, avec un magique regard.
Aurait rendu soudain les eaux pétrifiées !
— Or, trouvant le Prodige et nuisible et sans but, Quelque vieil Alchimiste, amoureux des Ecus, Aurait mué cet Océan très inutile
En un bloc d'or énorme et fou, Roi des Lingots, — En laissant les petits détails de l'entreprise Aux Gnomes, travailleurs occultes des Métaux.
Ir'Gtong
Au fond, très loin. — Parmi le suprême décor, Laisso>:s-nous doucement bercer par le Poème Que chuchotent, avec la langue du mystère L'Etang silencieux et les grands Arbres d'or.
Voici l'heure propice aux Aimés qui sont moits ! Voici les pleurs magnifiés en Chrysanthèmes !
— Sous les cieux apâlis, des silhouettes chères, Triomphantes des jours, apparaissent encor.
Des Fantômes aux gestes flous, aux draperies Faites avec le blanc laineux des Rêveries, Mélancoliquement tremblotent sur les Eaux...
Dans la brume du soir nos Défunts nous regardent, Et l'Immortalité jaillit hors des Tombeaux...
— Dans le lointain — on ne sait où — vibrent des Harpes.
fîhQsOéPus
A Marc Legrand.
Courbé sous l'Anathème éternel, sans espoir, A travers monts et vaux, il allait à toute heure, Du Soir jusqu'au Matin, et de l'Aurore au Soir.
Il savait que la Mort pour lui n'était qu'un leurre,
Et les soleils couchants lui disaient que la Fin
N'est qu'un fantôme en vain demandé par qui pleure ;
Car la Nuit s'enfuyait ; il revoyait enfin
Le Reiiouveau monter à l'azur dans les flammes,
Et le monde surgir encor criant la Faim.
— Lorsque, agitant aux vents leurs hautes oriflammes, Les Vainqueurs s'enivraient d'un Espoir furieux, Et que l'EftVoi brisait les lances et les Ames,
Il se dressait soudain, profilant sur les cieux Sa tête chauve où flamboyait une couronne De cheveux blancs et de rayons mystérieux...
— Il marchait, que ce fut au Printemps, à l'Automne, Dans l'Hiver revêtu de neige et de glaçons. Ou dans l'Eté, brûlant d'un éclat monotone.
On lui faisait du mal d'innombrables façcns, Mais sous les cris, les coups, les injures, les pierres. Il disait simplement en lui-même : « Passons » !
Et les seigneurs parfois brandissaient leurs rapières Contre lui ; mais le fer ne blessait pas son corps Et faisait seulement palpiter ses paupières.
— Lui que l'on poursuivait dans l'hallali des cors, Et dont les dogues arrachaient l'habit en loque, Au milieu d'aboiements aux furieux accords ;
Ce sombre Messager, qui venait à l'époque
Où l'Epouvante allait fondre comme un autour,
Où se cache-t-il, lui, que ce poème évoque ?
Voici longtemps que dans quelque étrange détour
Il a porté ses pas de rêveur solitaire,
Après avoir cent fois du Monde fait le tour...
Sa grande ombre a laissé la face de la terre. Dieu l'a-t-il pardonné? Qu'est-il donc devenu Ce Pèlerin maudit marchant dans le Mystère ?
— Il est là-bas, au champ de glace vaste et nu, Dans les hérissements fantastiques du Pôle, Parmi les ice-bergs, — sépulcral et chenu.
Il attend le moment où, reprenant son rôle, Il s'en ira, poussé par Dieu, bâton en main. Tète nue, en haillons, et besace à l'épaule !
Ce sera l'heure où sombrera tout lendemain. L'heure du Désespoir, du Remords inutile. Et du dernier sursaut géant du genre humain ;
Alors, on entendra l'Humanité débile.
Sentant s'évanouir ses noires cécités.
Pousser des cris d'horreur en voyant, immobile.
Le grand Vieillard debout aux portes des Cités.
Spes
A l'Ymagier-Poète Elie Clavel
J'ai vu tous les humains, heureux et sans remord, De la noble Chimère abandonner la croupe, S'attabler au banquet, y boire à pleine coupe, Et vider les tonneaux en oubliant la Mort.
Tous, il m'ont laissé, seul, pleurer, les Egoïstes ! Ils se sont dit : « Volons au but qui nous attend ! Et malheur à celui qui dans son rêve entend L' Angélus s'égrener sur les campagnes tristes !
« A son noir chevalet mettons encore un coin, Si le bourreau doit nous payer de ce service^ Et puis, sans distinguer le Bien d'avec le Vice, Nous nous accroupirons sur notre or, dans un coin
« Nous laisserons ce fou chanter l'Aube prochaine ;
Nous nous abreuverons des blêmes voluptés,
Kt, la Mort terminant nos bonheurs limités,
Nous lui tendrons les bras, sans désir et sanihaine! »
— Ejibien ! malgré l'horreur de ces Doutes sans nom Qui me tiennent le cœur de leurs griffes sanglantes, A travers le torrent des société? hurlantes. Je resterai fidèle à l'ancien gonfanon !
Je veux> après le vent de l'orage et des grêles, Espérer les cieux clairs vibrants de chants d'oiseaux. Et j'écoute, au milieu du bruit grondant des eaux, 1^'ave maris stella tinter ses notes grêles ;
Et je vois, parmi les brouillards effilochés, Le soleil triomphal qui décline et recule. En/enfonçant dans les rougeurs du crépuscule. Mettre un nimbe de gloire aux flèches des clochers !
Ice fDissel
A GONZAGUE DE ReYNOLD.
Parfois, courbé sur l'or d'un vieux Missel gothique, J'ai laissé mon esprit aux long rêves enclin Humer l'obscur parfum du manuscrit mystique.
Et j'ai dressé, — le doigt posé sur le vélin — Le Moine qui peignit les Paroles latines Dont l'aspect seul fait disparaître le Malin,
Et j'ai revu le Cloître aux cloches argentines. Lançant leurs clairs appels parmi l'Immensité, Comme un troupeau bavard de jeune5conventines...
Moine, ton dur labeur par Dieu fut visité, Car tu fus l'Artisan de la sainte science, A l'heure où tout cédait au Barbare irrité ;
Dans le débordement de l'Océan immense Roulant à flots pressés les peuples et les Rois, Tu sus garder au cœur ta superbe Espérance ;
A l'heure des sanglots lâches, des désarrois,
A l'heure où les Césars jetaient leurs derniers râles.
Tu sus dire au vainqueur : « Pardonne ! Espère! Crois 1»
Et ceux qui s'en venaient, cohor%es triomphales. Piller les ornements sacrés et les Autels, Prosternèrent leurs fronts orgueilleux sur les dalles.
Brusquement, dans la Nuit, les flambeaux furent tels, Que les peuples-enfants crièrent : a C'est l'Aurore ! » Et prirent de tes mains les Livres immortels.
C'étaient les Livres-Saints où l'âme humaine adore. Où les Prophètes, pleins du souffle ardent de Dieu, Ont clamé dans les vents le feu qui les dévore ;
C'étaient les chants sacrés où Minerve à l'œil bleu Guidait le sage Ulysse en ses vastes voyages, Où Prométhée à Zeus tonnant volait le Feu...
— Et les harpes des vieux Poètes, des vieux Sages, Vibrèrent de nouveau sous les cieux rajeunis Que l'on fouillait avidement, comme les Mages !
Ce tut l'éclosion de ces Ages bénis Où la Croix éleva sa clarté solennelle, Consolant les Vaincus, les Pauvres, les Bannis;
Et le Piévôt Michel, en un large coup d'aile. Porta jusqu'aux splendeurs d-j l'Inftni divin La prière des l^^rancks et leur Amour fidèle ;
Et l'on offrait la Vie à qui criait la Faim. Et l'Ame s'inondait de clartés inouïes.
Au mystique repas fait de Pain et de Vin.
Sur leurs racines au fond du sol enfouies, Se dressèrent soudain les temples de granit, De leurs clochers trouant les aubes éblouies;
Et leurs flèches, le soir, noires dans le Zénith, Sur la Lune splendide au milieu des ténèbres Ecartelaient la croix de leur faîte bénit.
— Mieux que les Conquérants et les (juerriers célèbres, Moine, dans le silence et la paix du chrétien, Tu préparas l'Aurore après les nuits funèbres.
Loin du bruit des Cités, sublime stoïcien. Tu gravais le Savoir dans ta froide cellule... Je veux que mon labeur se calque sur le tien !
Dans ce siècle, où la Vie infamante pullule,
Je veut être un des partisans de l'Idéal,
Dont l'Astre hésite encore au bord du crépuscule.
Longs furent tes efforts, ô Chevalier féal
De l'Idée immortelle, et ton œuvre, minime...
Mais dans le grand Trésor tu jetas ton réal !
Dans le travail secret des homme de l'Abîme, Des penseurs, éternels amants de la Beauté, Je veux jeter le poids de mon obole infime...
Et Dieu m'en tiendra compte en Son Eternité.
Ira demîèpç Ixunç
Au Poète François Trksskrrk
Ce sera dans là Nuit sans aube de la Fin Qu'on verra se lever l'Astre apocalyptique ; Et l'homme à sa clarté saura que tout est vain.
Sciences, longs travaux, calcul philosophique Dans leur inanité crouleront au néant Sous le rayonnement de la Lune tragique.
Pour tout ce qui n'est pas de Dieu, l'Astre géant Annoncera la mort, une mort éternelle, Un effondrement morne en l'Abîme béant.
La Foule, qui, depuis lon^^tcmps, sentait sur elle Planer lugubrement l'Ombre sans lendemains, Dans cet Astre verra la X'érité cruelle ;
Et ceux (jui s'en venaient dans le sentier, les mains Vides de tout ce qui fait la richesse vraie, Frapperont de leur front les pierres des chemins.
Car le Seigneur dira : « Séparez de l'ivraie Le bon grain, et jetez dans les foyers ardents Ceux que le son lointain de ma Justice effraie ! »
Dans l'attente du Soir plein d'épouvantements,
— Des frissons de terreur courant sur leurs vertèbres
Ils crieront leur colère et grinceront des dents ;
Et, couchés sur le sol, dans leurs fureurs funèbres, Ils ne voudront pas voir la lune aux yeux hagards Dresser son disque rouge au milieu des ténèbres...
Elle terrifiera les plus calmes regards.
Car, seules, ses lueurs, de sang toutes trempées.
Déchireront la Nuit régnant de toutes parts.
— Après les vains combats, après les Epopées,
Le tumulte, les cris et les assassinats.
Le fracas des canons et le choc des Epées ;
Après le bruit sans but, les luttes des Sénats, Les clameurs du Forum et de la populace, ' Après les Austcrlitz, les Sedans, les lénas ;
Après que l'on aura longtemps tourné sur place, La seule Fin de tout paraîtra brusquement, Brisant le lourd sommeil de l'Humanité lasse ;
Et l'Astre, ainsi fixé sur le noir firmament, Comme cjuelque blessure insondable et hagarde, Dira que, hors celui de Dieu, tout rêve ment !
Dans mes songes fixant les Avenirs, je garde
Cette image que vit face à face Saint-Jean,
Cette Lune — œil de Dieu courroucé qui regarde.
Quand je vois se lever parles arbres, nageant Dans le ciel gris, brillant de doux reflets d'opale, La Lune de nos nuits à la clarté d'argent,
Je rêve, en contemplant cette figure pâle Qui semble posséder la suprême douceur, A l'autre Lune, avec sa face sépulcrale !...
Et je crois voir monter parmi l'azur berceur, Au bord de l'horizon cette Tête coupée Qui sera de la Fin le sombre avertisseur,
Rouge, comme si dans le hideux coup d'épée Le sang avait jailli sur le front, dans les yeux. Tandis que, d'une main encor de sang trempée,
Un Archange la lève en l'air, par les cheveux
Les Ppièpes
OfPponde
Lorsque l'église est sombre, et c^ue l'on n'entend plus Sous la nef, arrondie en voûtes incertaines, Que des échos mourants, et des cloches lointaines Au crépuscule d'or égrenant l'Angélus ;
Parfois, un mendiant furtif pousse la porte, Comme honteux de s'introduire ainsi chez Vous, Et devant Votre Autel scintillant, à genoux Sur les marches, il jette un don qu'il vous apporte :
C'est une pauvre Fleur effeuillée en sa main, Fleur laide que le Jour écrasant a meurtrie, Et que le vagabond loqueteux a cueillie. Poussiéreuse, dans un fossé de son chemin.
— O Maître ! Vous aimez l'Ame qui se confie ; . Vous voyez la prière et le secret désir, 1 Et dans l'ombre parfois Votre main vient saisir
La fleur du mendiant pour lui rendre la vie...
— Ainsi, moi, le Craintif, l'Ignorant, l'Oublieux, Prenant mon cœur qui doute, et qui tremble et qui saigne,
— Pour que de Votre Amour ineffable il s'impregne,
Je l'offre à Votre Cœur miséricordieux !...
rDonibus date lilio plenis
Bienheureux les Cœurs purs, car ils verront Dieu.
Sous la Nuit triste des Angoisses et dec Doutes, Mes frères, attendons Celui qui va venir, Un bâton à la main, sur nos mauvaises Routes : Celui-là seul saura pardonner et bénir.
Préparons au Pasteur de nos Ames errantes Un accueil ingénu qui l'attendrira mieux ; Oublions sans regret les Sciences méchantes ; Avec des yeux d'enfant regardons vers les Cieux !
Par les jardins naïfs, tranquilles et mystiques, Monte dans sa splendeur la sainte floraison : Hâtons-nous de couper les fleurs hiératiques, Car le Matin sourit au bord de l'horizon.
Voici les bouquets blancs que le Méchant ignore ;
Voici les lis que nul n'a touchés ni cueilHs ;
Sur les chemins où Dieu doit venir à l'Aurore,
Des lis!... Jetez des lis!... A pleines mains î... JJes lis!...
Pendant que l'Aube met au ciel ses reflets pâles, Mêlons avec des lis tous nos Désirs défunts ; A larges mains jetons les odorants pétales : La Route immaculée est pleine de parfums !...
— « Seigneur ! Nous T'avons fait un chemin de victoire ! Sur nos rêves d'hier pose Ton pied divin !
Que Ton royal Soleil surgisse comme un phare... Viens à nous dans l'éclat du céleste Matin !...
Nous avons eu, malgré la Nuit et ses longs voiles,
Un jour mystérieux et providentiel :
Sur nos derniers apprêts veillèrent les étoiles,
— Lys éclos sous Ta Mam dans les Jardins du Ciel ! »
— Sur l'horizon lointain le Pasteur se dessine ; Son bras se lève pour bénir dans la Clarté...
Il vient à nous... Voici qu'il descend la colline...
— L'odeur des lis convient à sa Divinité.
I^osQ mÇstîça
Fleur de mystère, en plein azur jadis éclose. Vous n'êtes pas remblème héroïque, la Rose
Aux prodigieux souvenirs, Qui, pour donner l'ardeur à ses couleurs trop pâles, Sous les gibets païens étendait ses pétales,
— La Rose rouge des ]\Iartyrs !
Maintenant, dans le ciel plein de murmures calmes,
Le sang ne coule plus sous le fer des bourreaux,
Et les Persécutés d'autrefois, les Héros,
Chantent l'hymne de gloire en brandissant leurs palmes !
Vous n'êtes pas non plus, 6 Rose d'Israël,
La Fleur de ces Voyants chantant l'Emmanuel,
Echevelés dans les tempêtes, Dont le Seigneur brûlait la lèvre de ses feux ; Vous n'êtes pas, dans la splendeur sainte des Cieux,
La Rose sombre des Prophètes ;
Car ces hommes auxquels nul vivant n'est pareil Ont cessé d'appeler l'aube sous le ciel sombre ; Après les temps vêtus de Nuits et tissés d'Ombre, Ils boivent à longs traits un éternel Soleil !
Vous n'êtes pas la Fleur de cette multitude Dans laquelle, le cœur empli de lassitude,
Nous cherchons des Intercesseurs, La Fleur de ces Autels que l'Eglise modèle. En y plaçant pour nous quelque nouveau modèle,
— La Rose d'or des Confesseurs i
Ils ne sont pas de ceux qui brisent tous les voiles, Qui vont jusqu'au Mystère insondable et sans fin, Et qui chantent là-haut, près de l'Agneau divin, Le cantique d'Amour au milieu des Etoiles !
— O Vous qui fleurissez sur le sacré Parvis
Je Vous dirai comment, un beau soir, je Vous vis ;
Sous le tremblant éclat des cierges, Au sein d'une corbeille éclatante de lys, Vous étiez, au milieu de pétales pâlis,
La Rose sans' tache des Vierges !
Vous aviez l'idéal du Blanc, — la Pureté, L'éclat du jour des cieux serein et magnifique ; Et je Vous reconnus alors, Rose mystique, A la blanche splendeur de la Virginité.
Car, nous le savons bien, parmi la nuit des Ages Emportés au torrent des monstrueux orages
Où le Monde hésite, troublé.
Et tente d'abaisser l'azur près de la terre. Ce qui fait Votre gloire, ô Rose de mystère.
C'est Votre Blanc immaculé !
Nous, les « pauvres pécheurs « du Salut liturgique. De loin nous contemplons, dans le jardin des cieux, Briller Votre Beauté d'un reflet radieux, — Et nous Vous adressons cette ardente supplique :
« Si laissèrent nos mains traîner sans dignité Nos robes d'innocence aux flots d'impureté,
— Fangeuse et sinistre avalanche, Ah! conservez, du moins, comme^un sombre enclos. Dans nos cœurs dévastés, frissonnants de sanglots.
Une timide rose blanche ;
» Fleur de pitié, donnée aux Chastes en esprit Qui parfume de son odeur la Vie entière. Et met sur nos péchés un nimbe de lumière, — Mystique floraison du Repentir contrit ;
» Afin qu'au dernier jour, nous. Méchants et profanes, Nous puissions Vous offrir ses grâces diaphanes.
Son calice frêle et tremblant.
Et que ce soir de Deuil et d'Horreur affolée Devienne par Votre aide, ô Rose immaculée,
La joyeuse fête du Blanc ;
» Fête où Sion sera d'argent fin recouverte.
Où tout resplendira d'un éclat sans pareil,
— Cependant que prendra la place du Soleil
Une immortelle Rose au fond du ciel ouverte!... »
L'idéale Qosilique
Or, j'ai rêvé le Ciel comme une Cathédrale, Avec des voûtes où pendaient des étendards Et des lustres lemplis de cierges en spirale.
Des vitraux flamboyaient ; au milieu des soudards. Le Roi-Christ y tombait, portant sa Croix divine ; Sébastien y saignait, percé de mille dards ;
Ulcérée, y priait dans l'angoisse, L3'dwine ; Jérôme, se frappant le cœur de durs cailloux,
Y sanglotait au fond d'une abrupte ravine ;
Tous les crucifiés de l'Amour, tous les fous. Dont le front maintenant se nimbnit de lumières,
Y paraissaient sous les clartés d'un soleil doux.
Des exemples sans fin coloraient les verrières : Ici, Grégoire avec l'Oiseau divin ; plus loin, ^ Thomas d'Aquin rythmant les chantantes prières ;
Et, toujours enflammé du céleste liesom
De fuir le Monde et d'être ignoré, Benoît Labre,
Tout loqueteux, était accroupi dans un coin,
Dan^ la rosace, en haut, le bon Roy Loys, glabre Et pâle, d'une main sortant du bleu mantel Refusait le Koran, et l'Empire, et le Sabre ;
Et les Rois : Ferdinand, défenseur de l'Autel, Henry, Kanut, Etienne, Edouard d'Angleterre Et d'autres, entouraient le Monarque immortel.
Et c'était une église immense. Le Mystère Sortait des murs, tombait des nefs. Les bas-côtés Fuyaient sans fin, et des cryptes couraient sous terre.
L'Hosannah, gravé sur les piliers incrustés D'or, était encadré d'étonnantes sculptures Où les dogmes divins étaient représentés ;
Et dans le chœur lointain où brillaient les peintures
Des derniers jours du Monde, — avec leurs manteaux blancs
Se tenaient les gardiens de Rome, aux mains très pures ;
Ils élevaient encor leurs maigres doigts tremblants Dans le geste qui lie et qui brise ; et l'extase Illuminait leurs yeux de ses rêves troublants ;
Et sur l'immense Autel qui du faîte à la base Resplendissait, ayant en lui le Saint des Saints, Ils brillaient comme sur l'or d'un iconostase !
— Les Vierges se pressaient ensuite en longs essaims Auprès du sanctuaire ; et des cantiques aimes Montaient avec l'encens fumant dans les bassins.
Et, par dessus tous ces reflets chastes et calmes, Les Martyrs empourprés, rangés près de la Croix, Héroïques, dressaient une forêt de palmes.
— Les Assistants étaient innombrables : les Rois Avec le cercle d'or, et les Barons fantômes Descendus maintenant de leurs hauts palefrois ;
Les Moines ; les Soldats sous l'acier de leurs heaumes, Se coudoyant, comme au temps des combats fameux ; Les rtiystiques chercheurs du meilleur des Royaumes ;
Tout cela se dressait en prière à mes yeux.
— Et, des orgues que Dieu construisit pour Cécile,
Tombèrent tout à coup des sons mélodieux.
Ces orgues me semblaient comme une immense Ville D'argent et d'or, où les tuyaux, sveltes clochers, Logeaient la Mélodie au pas grave et tranquille.
Et des Anges, là-haut, près de ces tours juchés. Avec des harpes, des sambuces, des cithares, Chantèrent, dans des flots d'encens effilochés :
« Nous Te louons, Seigneur, au milieu des fanfares. Nous Te glorifions, Seigneur, Père Eternel, Comme la Terre avec ses peuplades barbares !
)) Loin du Siècle pécheur, impudique et charnel.
Nous disons : Saint, saint, saint, le Maître des Armées !
On doit Le célébrer en un chant solennel.
)) Les Apôtres clamant des hymnes enflammées, Les Prophètes et les Martyrs dii^ent encor Avec l'Eglise et ses Ouailles alarmées :
» Louange au Père, Dieux jaloux, Dieu bon, Dieu fort î Au h^ils qui vint combler la Promesse biblique, Qui pour l'Homme a souffert la Détresse et la Mort !
)) A l'Esprit-Saint par qui tout s'éclaire et s'explique ! — O Christ, Fils Eternel, Roi de Gloire, Seigneur, Vous avez triomphé du Pouvoir diabolique ;
» Pour sauver l'univers, Vous n'eûtes pas horreur De la Chair, de la Vie, et des longues SouftVances... ]J)u Sépulcre effrayant Vous sortîtes vainqueur !
» L'Horizon flamboya de vastes Espérances ;
Le Royaume des Cieux s'ouvrit par Votre Main,
Pour les Croyants qui n'ont pas peur de leurs croyances.
Aussi nous Vous louerons dans les Siècles. Amen
Les pQPoles
pppel
A tous mes frères de La Lutte.
O vous tous qui rêvez de vagues bucoliques, Et, le front incliné, cherchez des cieux nouveaux. Elevez vos regards, et calmez vos cerveaux... Suivez-moi dans la Voie et l'Aube catholiques !
Frères ! Quittez Baal et l'impure Astarté ! Vers l'Infini divin voguons à pleines voiles, Et faisons route, l'œil fixé sur les Etoiles, Blanches comme les lis, comme la Chasteté !
Marchons vers l'Eternel sans chansons erotiques ; Des roses du sentier ne chargeons pas nos mains. Nos regards levés vers de nouveaux Lendemains S'absorberont dans l'or des célestes Portiques.
Oui, nous nous en irons dans ce monde troublé, Chantant l'Amour divin, le Rêve et la Prière, Ayant autour du front un cercle de lumière, Et frémissant aux vents cumnie l'épi de blé !
Et sur nous passera le souffle ardent du Père ;
La voix de l'Eternel fera trembler les cieux ;
Et notre cœur ouïra, grave et silencieux,
Dans l'azur enflammé Quelqu'un disant : « Espère ! »
Et quand, derrière nous, saignant sur l'horizon, Le soleil s'éteindra lentement sous les arbres, Nous nous redresserons, graves comme des marbres. Dans nos manteaux rougis de son dernier rayon.
C'est sur ces fonds d'émail, adorant Dieu sans tiève, Au décor triomphal des couchers de soleil, Que nous crierons à tous le moment du Réveil, La mort de la Raison et la Gloire du rêve !
« Peuples, prêtez l'oreille et so}ez attentifs ! L'homme doit lompre enfin avec le Mal immonde ; L'olivier pacifique apparaît sur le monde. Pour nous rendre à jamais les Edens primitifs !
)) Plus de cris étouffés de mourants qu'on égorge ; Plus d'appels de buccins guerriers dans le lointain ; Mais des drapeaux de soie en style byzantin. Où flotteront, doiés, Saint-Michel ou Saint-George !
)) Les azurs déploieront leur immense éventail,
Et sur les prés verdis, les bois d'un vert plus sombre,
Les robes de lévite et sans tache et sans ombre
Se détacheront comme en un vaste vitrail ! »
— Poètes, pour marcher à cette gloire insigne, Pour avoir ce bonheur, ce destin radieux, Elevons nos regards et contemplons les cieux : Suivons le doigt divin du Christ qui nous fait signe !
J^Qpmol^his
A Florentin Loriot,
Harmakhis, accroupi dans l'infini des sables, Séparé des humains, loin du siècle charnel, Ecoute s'égrener des bruits insaisissables.
Depuis quatre mille ans, au désert solennel, Laissant son œil se perdre aux loins infranchissables, Eternel, il s'absorbe en un rêve éternel.
Impassiblement raide en sa robe de pierre, Morne témoin créé par un Peuple inoui.
Ce Sphinx paraît chercher, dans l'ombre, la lumière D'un soleil primitif dans le sable enfoui.
— Ainsi, Poète, attends, sans baisser la paupière, L'Astre divin, depuis longtemps évanoui.
Jusqu'au jour où le chaste encens de ta prière Le fera resplendir à ton œil ébloui ! . . .
Çhonson
Pour le bon Poète catholique Louis (iili.kt.
Malgré les chagrins, ô Poète, chante.
Et, voyant le But, dis-toi bien : « J'irai ! » Laisse s'agiter la P^oule méchante ; Clame à tous les vents le culte du \'^rai !
Sans faiblir jamais sous les jours néfastes. Abreuve les c(eurs de flots d'infini ; Redis la blanclieur des tuniques chastes, Rt le triste (n'gucil du Rèvc hni î
Guide vers la paix de nos Basilii]ues Les cœurs ulcérés, mendiants d'Amour, A l'heure où s'éteint l'élan des cantiques. Où dans les vitraux rouges meurent le jour.
Dis les Séraphins, ailes toutes grandes, Les Martyrs sanglants montant vers les cieux, Les Vierges filant le lin des légendes, Tout ce que croyaient nos rudes Aïeux !
— Oue jamnis ton vers ne souille ton Ame ! Qu'il plane au dessus de nos vains combats, Et, la vie étant un ignoble drame, Regarde l'Azur et tends lui les bras !
— Comme un fiêle oiseau quittant notre terre,
Les yeux attirés par le soleil d'or.
S'en va s'enivrer de chaude lumière.
Et, montant toujours, veift monter encor,
O Poète, monte à travers l'espace, Et ne dis jamais : « Descendons ! Assez ! » Monte vers le ciel sans laisser de trace. Sans te souvenir des Désirs passés !
Et, comme l'oiseau qui, perdant ses plumes, Tourne enfin, brisé, sans force, ébloui, Un jour oubliant la terre et ses brumes, Tu ne verras plus le monde enfoui ;
Et si la Mort vient, chante ta victoire ! Elle t'ouvrira l'orbe de clarté.
Où meurt toute fange, où flambe la Gloire, Où vit à jamais la sainte Beauté !
— A ce but divin immole la Joie, La Rose qu'on peut cueillir au chemin, Et, pour t'en aller où Dieu nous envoie, Laisse de côté le bonheur humain !
Ta vie elle même, Ami, que timporte.
Si tu peux rythmer la bonne Chanson, Si ton geste peut ouvrir une porte Sur quelque sublime et vaste horizon !
L'6n?Qnt
A François Coppkk
Dans l'Etable où flamboie une lueur stellaire.
Où des Jours irréels illuminent la Nuit,
Loin du Péché dont l'ombre aux veux de TAme nuit,
Dans l'Etable qui s'ouvre, hospitalière et claire.
Les Princes des Gentils, les Rois et les Sa^'ants Sont mêlés avec les Bergers, porteurs d'hommae^es Tous se prosternent, recueillis, Rustres et Ma^^es, Ainsi que les blés mûrs sous la force des Vents.
Agenouillés, les visiteurs, l'âme angoissée, S'efforcent vainement de poser leur pensée. De définir l'émoi de leur être étpuné ;
Et, pour chercher le mot que leur cœur ne sait dire, Leurs regards, qu'un aimant mj'st.Tieux attire, Se fixent ardemment sur l'Enfant nouveau-né.
O vieux Siècle in(|uiet, toujours railleur et blcme, Voici Noël et son cantique triomphant ; , Descends à Bethléem, contemple cet Enfant Pour trouver la rôponso à réternel Problcine ;
Epelle sur Son front, SiècK^ au liclus ni'jtjucur La suprême Beauté des Huit-Béatitudes ; Sur Ses gestes naïfs caK]ue tes attitudes ; Sur Ses pures Amours fa(,'Oiine ton vieux eieur
— Poème glorieux et di\in de l'Enfance, Redis-nous la Douceur qui j^ardonne Tolfense, [.'ignorance du Mal, et la splcn<leur du l.lanc
Le secret ilu I-îonheur se révèle en tes rimc^s. Et palpite au nniieu de musicjUfs sublimes Sur la crèche où vairit l'iùnniaïuiel tK^ml^lant.
Ixe Doël du Siècle
Au très pur Artiste IIknki .Mazf:l
Sur le chemin des temps, harassé, le front pâle, L'Homme, ce voyageur éternel, arrêté, Attend en vain, au bord de Thorizon, l'Etoile, Messagère du Ciel et de la Vérité.
Vagabond sans abri, la besace pendante.
Accroupi sur le bord d'un fossé, — les cheveux Epars, — sentant grandir son angoisse navrante, Il jette son regard mélancolique aux Cieux.
La pourpre qui, longtemps, rougit le crépuscule S'est noyée au milieu des vastes ombres ; puis, Le Silence, geôlier de l'immense cellule, A fermé lourdement les portes de la Nuit.
Plus de Soleil et plus d'Espérance ! — Ténèbres Partout : dans les esprits, dans les cœurs... Et partout Le Doute universel monte des noms célèbres. Et le Rêve nous ment, et le Savoir est fou !
Or, après deux mille ans, l'Homme a perdu la trace Pu (îuidc (|ui marchait, sublime, devant lui ; Au hasard des sentiers son doux profil s'efface.. Le céleste Passant aux yeux bleus qui s'est enfui.
— Et, rêvant aux pèches de son âme blasée A ses iniquités qui montent comme un flot, Le fils du Siècle impur, sans but et sans pensée, Dans son morne cibandon frissonne d'un sanglot.
Tout à coup, delà-bas, d'une Cité lointaine Qui découpait ses tours sur le noir horizon, 11 vint, comme un écho mourant de cantilènc. Des sons grêles, rythmés de rustique façon ;
C'était un chant naïf d'Espérance et de Joie Qui tombait lentement des cloches, comme si. Prenant pitié du voyageur cherchant sa voie. Un archange voulait le ranimer ^insi ;
Et sur l'Homme couche près des joncs et des prêles, Voici que, du Midi jusqu'au Septentrion, Le firmament s'emplit d'Anges aux formes frêles, Jouant de la cithare et du psaltérion.
Les cloclieis cndoimis dans les village.^ proches Se mirent à sonner, se réveillant soudain ; El les Anges, niélant leuis voix aux saintes cloches, Chanlaient à l'unisson pour le vieux Pelenn :
(( Noël, ô Siècle las ! Noël, ô Siècle triste ! Ainsi qu'aux premiers temps le Maître est revenu ! Laisse-là ta fatigue et tes pleuis d'Egoïste ! Vers la Cité de paix suis le Dieu méconnu i
(( O Mendiant d'amour ! Voici Sa plaie ouverte ! C'est pour toi que l'Agneau vient se livrer aux loups ! Tu pleures ? — Voici la Miséricorde offerte ! Va baiser humblement Ses pieds troués de clous !
« Toi qui blasphèmes, crois ! Toi qui trembles, écoute ! Elle vient la lueur du Matin éternel ! Vagabond désolé qui doutes sur la Route, Des filets de clarté brillent au bord du Ciel !
(( Relève-toi ! voici l'heure mystique ! marche ! Les douze coups sacrés ont sonné ; que ta main Reprenne le bâton noueux du Patriarche : Les croix et les cloclieis te moiitiLUt le chemin.
« Keviens ainsi, reviens aux j.jurs de ton enfance Abjuie tes eticurs ; les nuages s'en vont ! Lève le front ! Vois-tu le firmament immense (~)ui resplendit avec un nouvel Astre aux fond ?
« Assoiffé d'idéal, espère encor l'eau fraîche ! Le Plaisir et l'Orgueil ne désaltèrent pas... Avant le jour descends près de l'ancienne crèche, Et comprends la grandeur des douleurs d'ici-bas !
Et tandis que, là-bas, les cloches triomphales Parmi la claire nuit carillonnaient Noël, L'Homme, le front levé sous la paix des Etoiles, Reprenait sans faiblir son chemin éternel.
Çhpist
A Charlks Util
Les bras tendus sur une croix monumentale. Un vieux Christ se dressait au détour du chemin. Et moi, voyageur las, cherchant mon lendemain, Je m'assis à ses pieds, inclinant mon front pâle.
En bas, dressant en Tair trouble et vibrant de bruit Ses toits empanachés de ténébreuses houles, Ea ville, qu'empHssait le tumulte des foules, S'écrasait sous un dais de brouillard et de nuit.
Tout un souffle de vie attentive et cruelle
Avait voilé les cieux de son effort du jour,
Et tout, jusqu'à l'Honneur, la Science et l'Amour,
Vivait en ignorant la Splendeur éternelle ; .
Et vainement le Christ montrait aux ulcérés
Son Cœur blessé, Son Chef sanglant. Ses Mains clouées,
Car cet écroulement énorme de nuées
Cachait aux malheureux Ses stigmates sacrés
En écoutant monter de la Ville lointaine Le fracas des marteaux, le roulement confus Du mouvemeut caché dans ses replis, je fus Saisi d'une douleur étrange et surhumaine ;
Car je songeais à ces vivants privés de ciel,
A ces lutteurs penchés chaque jour sur leurs tâches,
A ces forçats rivés par d'étroites attaches.
Et peinant à travers ce bruit torrentiel ;
Et, si je l'avais pu, j'aurais voulu, d'un geste, Chasser, comme autrefois les dieux grecs ou latins, Tout ce brouillard épais aux horizons lointains, Pour leur dire : « La Terre est néant! Le Ciel reste! n
Pour élever ces tronts vers l'Idéal vermeil. Inonder leurs regards des clartés éternelles, Et contempler enfin, au frisson de leurs ailes. Ces âmes s'en venir s'échauffer au soleil !...
— Comme pour augmenter ces tristesses si vraies, Il me sembla que, sous le couchant empourpré. Dans les rougeurs du Soir baignant son corps sacré. Le Christ mélancolique avait rouvert Ses plaies...
— Mais la Nuit se leva, jetant son bleu manteau, Et tandis qu'au zénith, elle attachait ses voiles, Sous le vent Irais de l'ombre, aux premières Jitoiles, Le nuage écrasant s'évanouit bientôt.
Maintenant, au dessus de l'Univers coupable.
Les Astres scintillaient de reflets d'Infini,
Et, sublime, sur son piédestal de granit,
Le Christ semblait bénir 'dans sa pose immuable...
Donc, après la Douleur, le Travail accablant, L'Homme pouvait venir, la besogne finie. D'un mouvement du cœur, devant la Croix bénie, S'élever juscju'à Dieu dans un mystique élan...
— O Fils du Charpentier, ô Travailleur sublime, Par Ton Labeur divin tout est sanctifié,
Et l'Homme, en contemplant Ton Corps crucifié, Oublie et sa rancœur et sa révolte intime 1
— Et ceux-là qui s'en vont parmi nous, quelquefois, Brandissant le drapeau des Rébellions folles, Disant à l'Ouvrier les mauvaises Paroles,
N'ont jamais élevé leurs regards vers Ta Croix !
Çhopité
A mes chers amis de VAyne latine,
Jusqu'à la fin des Temps, jusqu'à la Nuit suprême, On verra se traîner sur les bords du Chemin Des mendiants, des ulcérés tendant la main, Poussant une clameur morne, — toujours la même.
Rien ne pourra chasser leur cortège anxieux ; Ni l'évolution lente et sûre des Ages, Ni les lois des Puissants, ni les rêves des Sages, Ni le superbe effort des Peuples vers le Mieux.
Car dans la sombre Nuit où s'agite le Monde Le Juste aux yeux d'azur sous ses longs cheveux roux Dit : « Vous aurez toujours des pauvres parmi vous! » Et rien ne fait mentir Sa Parole féconde.
Parfois, ne pensant plus à Son Sang Rédempteur, Les malheureux, rongés de fièvre jusqu'aux moelles, Regarderont avec défi virs les Etoiles, Et montreront le poing à l'ancien Guérisseur.
(( Pourquoi, lui diront-ils, Dieu puissant, Dieu de gloire, Etre venu vers nous pauvre, obscur 1 1 souffrant, Et sur Ton Golgotha saigner en nous offrant La coupe de Douleur si répugnante à boire?
« Tu pouvais nous donner la Joie, et non le Deuil ! Le Paradis ancien perdu p*i^i- notre faute, Tu pouvais nous le rendre, ô Christ, et, comme un hôte Souriant, accueillir les Foules sur le seuil.
« Mais que nous fait Ta Croix? Nos tristesses sont vraies,
Et, pour nous soulager, loin du Renoncement,
Loin du Rêve qui tue, et l'Espoir qui ment.
Comme autrefois, pourquoi ne pas panser nos plaies?
« Non ! Tu n'as pas voulu d'un geste nous guérir ! Nos douleurs font Ta Joie extatique et cruelle... Tu nous as condamnés à la Plainte éternelle. Aux larmes ruisselant sans jamais se tarir ! »
— Et même, quelquefois, oubliant la Prière,
Sur leur semblable heureux armant leurs maigres bras,
Contre les oppiresseurs et contre les ingrats,
Dans un cri de fureur, ils jetteront la pierre !
— Mais alors, dominant la bataille et les coups,
Du fond des cieux, toujours calmes et magnifiques,
La même Voix dira les Paroles magiques
Qui versent la douceur aux Hommes : « Aimez-vous ! »
Oui, c'est là le salut ! L'Amour fait la Justice ! Dans la Balance trouble il met un poids égal... Il faut l'Amour afin que s'effondre le Mal, Afin que le Bien, comme un soleil, resplendisse !
Pour chasser à jamais la vieille Iniquité, La faire évanouir ainsi qu'un vain fantôme, Le Christ, le Guérisseur sacré, nous dit le baume, Et ce baume immortel se nomme : Charité !
A l'appel du Verbe fait homme, Puissants d'ici-bas, répondez !
C'est vous qu'en Sa pensée II nomme !
Sur les malheureux répandez Discrètemjnt, av^.c mystère, L'or, ce fruit divin delà terre.
Dont le riche est dépositaire ; Et, versant le métal vermeil Qu'ont manié des mains impures, Calmant les anciennes blessures.
Au fond des demeures obscures Vous ferez entrez le soleil !
Savants, donnez votre science !
Descendez vers les Affamés !
Que pour votre cerveau qui pense, Les ignorants soient bien-aimé^ !
Dites-leur la bonne parole Qui réconforte et qui console, Et, songeant à la parabole De Lazare au sein d'Abraham Et du Riche au fond de l'Abîme, Pensez : « l'Egoïsme est un crime.
Et répétez le mot sublime :
(( Miser cor super turham ! »
Vous, Apôtres, dont l'œuvre sainte Est de prêcher la Charité, Prêtres, rapprochez-vous sans crainte Du travailleur de la Cité ; Enseignez-lui la règle vraie ; Mettez un baume sur sa plaie.
En lui montrant, après l'ivraie, Le froment somptueux du Ciel ; Soyez pour lui toujours un frère :
Que votre robe téméraire, Frôlant sa blouse roturière.
Unisse le Peuple à l'Autel !
— Donnez ! Aimez ! Le sacrifice, Voilà le vrai dogme divin.
Et, sans lui, l'humaine justice.
Cherchera l'équilibre en vain !
L'un par l'autre apaisant nos doutes, Nous irons unis par les routes, Et les haines s'enfuiront toutes De l'univers pacifié, Car le Monde aura vu l'exemple, Comme un Prêtre du fond du temple Qui, l'œil extasié, contemple Tout là-bas le Crucifié !
Voyez I Voyez I le ciel se dore Et prend des teintes de métal, Annonçant à nos yeux l'Aurore De quelque soleil triomphal ; Voici que se disperse l'Ombre ; Des flots de nuages sans nombre S'évadent vers l'Occident sombre ; Nos yeux ne s'obscurcissent plus ; Et, pressentant l'Aube prochaine, Au milieu de l'immense plaine Où souffre la famille humaine, Les clochers sonnent l'Angélus !
fl une 6nfQnt
Pour Mademoiselle Gabrihlle dk M***
Enfant, aux triomphaux accords des orgues, pleines
De l'exultation de l'Amour infini,
Loin des noirs ici-bas, dans l'Asile béni
Où ne s'agitent plus les craintes et les haines.
Où, seule, resplendit la sainte Vérité,
Vous irez au Seigneur offrir la pureté
De votre âme. — Au miu«4irdes pâleurs de la cire,
Vous verrez s'accomplir le surhumain Mart3Te
De Celui qui, pour nous, voulut naître et souffrir ;
Vous entendrez chanter les harpes angéliques.
Et, dans l'enivrement des voluptés mystiques,
Vous penserez que c'est là qu'il faudrait mourir.
Le moment solennel : un silence ; les actes Avant la Communion.
Puis, le Prêtre, à l'Autel,
Vous bénissant du Corps du Seigneur immortel ; Votre cœur s'attachant à Jésus par d. s pactes Eternels ; puis la marche en granit, où le pied Se pose, où la Prière ardente vous incline Dans un élan de Foi qui demande pitié, Pitié pour la Faiblesse et l'Enfance ; divine Manifestation de la Bonté, le Christ Descendant jusqu'à vous ; et la bouche du Prêtre Murmurant le souhait par des rites prescrit... Et l'Infini divin s'unissant à votre être :
Tout cela remplira votre cœur ingénu
D'extase ; ei sitôt qu'en vous II sera venu
Vous vivrez au milieu des grands battements d'ailes
Agités près de Lui par les Anges fidèles...
Au dessus de vos fronts, blanche moisson de lis, Sembleront voleter des Esprits purs et calmes, Qui seront, eux aussi, des lis blancs et pâlis Agitant leur corolle en des frissons de palmes ;
A travers les vitraux, des rayons éclatants Jetteront des couleurs plus vives sur nos têtes, Et l'azur, rempli des effluves du Printemps, Chantera les chansons triomphales des fêtes !
— Et vous dans le délice insondable, à genoux,
Dans un de ces bonheurs incffablement doux
Que les bontés de Dieu sur nos sentiers parsèment,
Si près du cœur du Christ vous penserez à nous,
Et vous prierez un peu pour tous ceux qui vous aiment.
(Popthç et (Dopiç
A Madame la Marquisk de Panât, très respectueusement.
Loin de la Scène et des Acteurs, languit le Drame, Comme un arbre attendant qu'Avril remonte aux cieux ; Dans l'hiver de l'Oubli, votre geste pieux Prit mes vers et les fit fleurir... Merci, Madame !
(Dopthe et (Dopie
YSEULT
Ils sont partis, ils sont partis pour la Croisade. Vers les bleus horizons, vers les lointains troublants, Et j'ai vu s'éloigner leurs gonfanons tremblants Dans un grand frisson d'or agitant leurs plis blancs... Ils sont partis, ils sont partis pour la Croisade.
Je les ai vu s'enfuir vers les lointains troublants... Les jours vont s'écouler, monotones et lents. Tristes toujours, des clairs matins aux soirs sanglants ! — Ils sont partis, ils sont partis pour la Croisade.
Adieu, vous qui partez, houleuse cavalcade, Vers les bleus horizons, vers les lointains troublants, Pères et fiancés aux gonfanons tremblants, Le cœur gonflé d'espoirs épiques et sanglants, Fiers chevaliers, vous qui partez pour la Croisade !