‹ Poèmes mystiquesChapitre 2 sur 6 · YSEULT — YVELINE · texte numérisé non relu

YSEULT — YVELINE

YVELINE

Je songeais, au jardin, en regardant un lis,

Je rêvais aux passés si vite ensevelis,

Aux bonheurs d'ici-bas, cruels ou pacifiques...

— Comme l'on prie au sein d'un jardin plein de lis ! Leur odeur est comme l'essence des cantiques.

Et puis leur blanc est si candide et si divin !

Ah ! nous le contemplons, hélas ! toujours en vain,

Asservis au contract de nos désirs profanes...

Oh! les lis! oh! ce blanc, ce blanc, ce blanc divin.

Blanc des robes d'Archange aux longs plis diaphanes,

Blanc des Madones aux manteaux lames d'azur.

Blanc des Aurores qui pâlissent le ciel pur.

Blanc des sons effeuillés des Angélus mystiques,

Des prières d'amour dans le vol des cantiques,

Reflet calme des doux banquets eucharistiques,

Blanc de Virginité sans tache, blanc très pur!

— Fleur chaste verse en n:\oi l'Amour qui fait les vierges!

YSEULT

As-tu mis près du Saint son lourd taillis de cierges

Pour les bons chevaliers qui partent du pays

Et vont chercher la mort sur de lointaines berges?

YVELINE

Je songeais, au jardin, en regardant un lis.

YSEULT

Toujours rêver ! Toujours poursuivre des chimères ! Là n'est pas le devoir : c'est à nous de veiller, De diriger nos gens, de toujours travailler, De garder la maison, d'être épouses et mères !

— Crois-tu-donc servir Dieu par tous tes songes d'or? Mets au monde pour Lui des chrétiens au cœur fort, Rends les pieux et bons : puis, aux jours des batailles, Jette-les hardiment pour Lui dans le combat,

Et sois la Femme forte aux fécondes entrailles Qu'aucun chagrin amer ou terrible n'abat!

— Et Dieu te sourira dans son firmament calme. Quand tu mourras, dans ton grand lit à baldaquin, Et que tu sentiras venir à toi ta fin,

Tu pourras dans Son Ciel aller cueillir ta palme !

YVELINE

Être épouse, être mère... O bonheurs trop humains !

— Monter vers l'Infini par de vagues chemins, Aller dans l'Idéal chercher l'Epoux superbe, Dans les moissons du ciel aller couper sa gerbe, Et revenir parfois près de terre, les yeux

Troubles d'avoir longtemps goûté l'amour des cieux...

Mortifier sa chair, laisser croître son âme ;

Et, comme au sanctuaire obscur, quelque humble fleur

Naît et s'épanouit sous les vitraux de flamme,

Dans les parfums discrets de son amour se pâme.

Et finit par mourir de joie et de douleur,

— Vivre ainsi seule avec le Jésus de l'hostie. Lui donner sa pensée, et son souffle et sa vie. Et puis mourir un jour aux marches de TAutel Pour s'en aller fleurir près de Lui dans le ciel,

— Voilà le songe d'or qui berce ma pensée, Et pourquoi, parmi la floraison commencée, Songeant au vrai bonheur, songeant au Paradis. Je rêvais, au jardin, en regardant un lis !

YSEULT

Mais sais-tu les soupçons que tes discours me donnent ? Je crains que, maintenant, tu ne quittes les tiens Pour aller t'enfermer dans un moutier de nonnes î

YVELINE

Peut-être oui. J'irai, je quitterai mes biens, Mon nom, le vieil éclat de ma famille ancienne. Et toi-même, ma sœur...

YSEULT

Que la raison te vienne Pour écarter tous ces désirs ! — En ce moment Le royaume du Christ, vide de soldats, pleure, Et notre sablier marque la mauvaise heure ! L'hymen devient pour nous un devoir maintenant : C'est à nous de fonder les races héroïques !...

YVELINE

Qu'importentles guerriers, même les plus stoïques, Si croulent dans la nuit les milices mystiques ?

YSEULT

Cinq de nos chevaliers valent tout un couvent !

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