Première partie. Entrée
En ce temps-là Jésus dit au peuple assemblé : Le royaume des Cieux est semblable à cet homme
(i) Musique de F. de La Tombelle.
Qui, dès l'aurore aux champs, voulut semer le blé. Tous ses gens étaient las et prolongeaient leur somme. Il cria : Levez-vous, ô rudes travailleurs! Venez! Nous n'aurons pas, amis, de temps meilleurs. Le bon grain germera dans la terre fragile. Venez, d'un cœur joyeux, venez, d'un pas agile!
Chœur des ouvriers.
Là-bas, dans le matin vermeil,
La terre fume.
Pourtant, voici que le soleil
Chasse la brume.
Le Maître sait que nous voulons,
Fils de la plèbe, Sur les coteaux, par les vallons,
Fouiller la glèbe.
Duo de femmes.
Nous, les joyeuses
Moissonneuses, Filles des champs au teint bruni, Toujours les mêmes, d'âge en âge, Sous les yeux du Maître béni, Nous venons nous mettre à l'ouvrage.
Nous aimons les étés méchants Avec leurs brûlures nouvelles, Pourvu qu'on voie aux champs Briller l'or des javelles.
Solo du Maître.
O mes serviteurs bien aimés,
Vous qui, sans haine et sans révoltes,
Défrichez, labourez, semez
Dans l'espoir des bonnes récoltes;
Vous qui travaillez longuement,
Aprement, sans compter les heures,
Jeunes époux, couple charmant;
Vieux gardiens des vieilles demeures;
Quand je vous range à mon côté,
Quand la prière nous rassemble,
En un grand mirage il me semble
Qu'à l'horizon illimité
La moisson merveilleuse tremble...
Chœurs (éloignement).
Au travail ! Voici des clartés Qui se répandent.
Voici les champs- de tous côtés
Qui nous attendent Et plus tard après nous viendront,
Hauts et superbes, Les lourds chariots qui ploîront Sous le poids des gerbes.
Deuxième choral.
Quel que soit le temps ou le lieu, Gloire au Maître du monde !
Que toute voix réponde A nos voix : Gloire à Dieu !
Paraphrase.
Mais l'antique ennemi vint ténébreusement. Il mélangea l'ivraie avec le pur froment. Dans la nuit favorable à la semaille étrange, Partout se déployait le vol du mauvais ange...
Orchestre et chœur.
Accompagné d'esprits sans nombre, Le semeur est venu dans l'ombre
Il passe à travers les sillons Jetant l'ivraie en tourbillons.
Sur l'infernal ouvrage
Gronde l'orage.
Aux éclairs qui zèbrent la nuit Brusquement, la terre pâlit.
Le démon assouvit sa rage Et l'œuvre de mort s'accomplit.
Chant du semeur d'ivraie.
C'est moi l'apôtre du blasphème!
C'est moi l'éternel révolté
Qui s'est fait une loi suprême
De nuire à la Divinité!
Du ciel je brave les défenses
Et je provoque les offenses
De l'homme ingrat au Dieu clément
Pour en rire éternellement...
A moi tous les champs de la terre!
Tout est détruit, tout est changé.
Je suis maudit et solitaire, Mais vengé !
Chœur.
De l'Enfer, du gouffre béant Ont monté des cris de folie.
Gémissez, l'œuvre de néant Est accomplie...
Choral de la troisième partie.
Inquiet, le front plein de rides, L'homme va dans les champs arides, Il se désole et ne voit pas Les clartés de Dieu sous ses pas...
Paraphrase.
Mais quand l'herbe eut poussé, l'ivraie aussi parut. Là maison s'étonna, puis chacun accourut, Criant et demandant au père de famille : N'avez-vous pas semé du blé dans votre champ? Nous sentirons l'ivraie aux dents de la faucille. Père, tout est perdu ! C'est l'œuvre du méchant.
Lamentation (chœur).
Vain labeur et soins superflus,
Quel mauvais rêve!
Sur terre on ne voit plus
De blé qui lève.
Dieu ne peut-il des hauts sommets En nos humbles travaux nous suivre?
Comment lutter et comment vivre
Désormais?
Appel au Maître (soprano solo).
Dieu secourable, ô notre Père, O vous en qui le monde espère,
Qui nous suivez
Et nous sauvez, Je sens partout votre présence.
Je crois en votre complaisance.
Tout ce que nous avons semé Dans l'amour vous l'avez aimé.
Là-haut, là-haut, laissez encore Monter la voix qui vous implore.
Solo du Maître.
Vous qui doutez
Dans les adversités, Victimes des maux nécessaires; J'entends monter vers moi les cris de vos misères. Ne vous lassez pas d'appeler Celui qui peut vous consoler Et qui, sous l'ivraie arrachée, Vous fera voir comme un trésor La splendide et pure jonchée
Des épis d'or.
Paraphrase.
Seigneur, puisque l'ivraie abonde, il faut permettre Aux gens de l'arracher. Non, répondit le Maître. Il ajouta : Laissez croître confusément
Le parasite et le froment.
Mais ne vous livrez pas à de longues paresses, Car il viendra, le temps des moissons vengeresses, Le temps où, tout à coup, les flammes recevront Les gerbes de l'ivraie et les dévoreront... Pendant que, sous mes yeux, les hommes et les anges Porteront le froment dans les célestes granges...