ORLEANS
Dans le soir la ville étincelle.
Montant son cheval, la Pucelle Apparaît sous le blanc harnois,
D'Orléans elle voit les rues, Sourit aux foules accourues Et passe avec le beau Dunois.
Partout des têtes curieuses,
Des chants, des cris, des voix joyeuses,
Des fleurs sous les pas du coursier.
Elle sourit, la belle fille!
Son œil est bleu, mais quand il brille,
Il a les reflets de l'acier.
C'est la Vierge, c'est la Guerrière.
Si la flèche fait, meurtrière, Gicler du sang à son jabot; Malgré les boulets et les flèches, Elle ira demain par les brèches Défier Glasdale et Talbot.
Déjà les torches allumées
Lui montrent les bandes armées
Des soldats, des bourgeois, des clercs.
Et de son chevalier fidèle
La cuirasse d'or auprès d'elle
Dans la nuit jette des éclairs.
Où va-t-elle en cet équipage?
Non loin, descendre avec son page Chez messire Jacques Boucher, Boire, à la mode de Lorraine, Quelque petit vin de Touraine, Bénir le ciel et se coucher.
Repos, sommeil, ô paix divine!
Comme notre cœur vous devine, Saintes aux visages penchés!
Et l'Archange est là qui regarde, Pendant qu'au loin, montant la garde, Le peuple se mêle aux archers.
Tout un peuple veille sur elle.
Et c'est le peuple, ô pastourelle,
Que le Ciel mit sur ton chemin.
Il suit ta houlette légère.
Tu l'auras toujours, ô bergère,
Comme un grand troupeau, sous ta main.
En voyant tes larmes, il pleure.
Dois-tu paraître? Il attend l'heure, Fidèle, impatient et doux.
Quand tu fais sonner les trompilles, Il vole à l'assaut des bastilles, Les gens de guerre en sont jaloux.
Bon peuple, joyeux camarade, Ce deux mai, c'est jour de parade.
Aux forts anglais Jeanne fait voir, Un peu folle, son pourpoint rouge Et même l'aigrette qui bouge A son chapeau de feutre noir.
Sept mai! L'assaut! Tous aux murailles!
Allez, Dunois, d'Aulon, Xaintrailles, Passez le rempart aboli.
Jeanne s'avance au feu des mèches, Elle grimpe, exposant aux flèches Sa cuirasse d'acier poli.
Là-haut, l'Anglais vomit l'injure :
« Ribaude, sorcière, parjure, Approche, on te réserve un coup.
Soldats, voyez donc : l'Insensée Tournoie et tombe, elle est blessée, Hourra! La flèche est dans son cou! »
Ils vont pointer la coulevrine.
Jeanne a les mains sur sa poitrine.
Le sang virginal a coulé.
Jeanne soupire, elle défaille...
« Nous avons perdu la bataille. -> Murmure un page désolé.
Le soir tombe, c'est la défaite.
Les trompilles dans la retraite Mêlent leurs tristes notes d'or.
Mais, sur la terre ensanglantée, Jeanne, à cet appel, révoltée, Se lève et dit : « Non, pas encor!
Enfants, suis-je donc prisonnière? Ralliez-vous à ma bannière, O mes gens, c'est le cri de Dieu! »
Ils reviennent comme une vague, Avec l'arquebuse, la dague, Le brandon, la hache et le pieu.
L'assaut recommence! L'armée, Sous les boulets, dans la fumée, Monte aux remparts qu'elle investit.
Glasdale vers le pont recule,
Les siens sont là, mais le pont brûle
Et le fleuve les engloutit.
La France, tant de fois battue, Se venge et se reconstitue !
Bourgeois, écuyers, chevaliers, Peuple, quels exploits sont les vôtres!
Jeanne a dit : « Les Anglais sont nôtres. » Orléans n'a plus de geôliers.
Dimanche, huit mai. Quelle aurore!
Devant la diane sonore Fuite des drapeaux étrangers, Nos pennons aux tourelles grises, Les Te Deum dans les églises, Les carillons dans les clochers.
La Pucelle, songeuse, écoute...
D'étape en étape, la route Se déploie à ses yeux ravis.
Tout au fond : Reims, ville royale, Le Dauphin dans la cathédrale Et la foule sur les parvis!