‹ Poèmes mystiques et champêtresChapitre 4 sur 32 · A MES FILS · texte numérisé non relu

A MES FILS

Mes fils, c'est près du champ de l'arrière-grand-père Que la croix fut plantée un jour dans le hallier. Lorsque l'âge viendra qui la fera plier, Vous serez là tous trois pour l'accoter, j'espère!

J'ignore si pour vous demain sera prospère. Moi, je vous laisserai, poète singulier, Un petit bois, des champs, mes livres, mon cellier Et ce goût du bon vin que la raison tempère.

Mon souvenir pourrait vous causer quelque émoi : A cette croix champêtre allez prier pour moi, Afin que Dieu vous aime et sourie à vos tâches.

Mais si l'arbre divin s'abattait sous l'autan,

Sachez qu'au petit bois un chêne vous attend

Et que ma voix vous crie : Enfants, prenez vos haches!

Epouse courageuse et tendre, vieille épouse, Toi qui, tout bonnement sympathique à mes vers, Du foyer domestique as fait ton univers, Sans te montrer jamais ni sotte ni jalouse;

Mère de six enfants (j'avais rêvé de douze!) Ton salut est pour moi visible aux Cieux ouverts. De tes fils, demeurés dans les herbages verts, Pour toi les cœurs battront à jamais sous la blouse.

Aux ombres comme aux plis de mon front soucieux J'ai vu trembler ta lèvre et se voiler tes yeux. Alors je me disais : marchons, la vie est belle !

Et la mort? Nous avons le même âge, à peu près.

En attendant le Christ et la Vie éternelle,

Nous dormirons tous deux sous le même cyprès.

Page 1