LES FOULES
En ces lointaines solitudes, Vers le gave, autour du rocher, Dieu parle-t-il aux multitudes Qui se sont mises à marcher?
Qui donc a frappé dans l'espace Tous les échos de l'univers?
Est-ce un grand poète qui passe Et dont retentissent les vers?
Quel magicien, quel artiste, Exaltant soudain le malheur, A pu faire au monde égoïste Aimer follement la douleur?
Et qui donc étend sur les claies, Dans les processions du soir, Tant de misères, tant de plaies Devant le Dieu de l'ostensoir?
Pendant que la prière roule, S'élèvent des bras suppliants.
Un thaumaturge dans la foule A-t-il soulevé ces croyants?
Non, c'est ton œuvre, ô pastourelle, Déjà marquée en traits de feu Lorsque tu vins timide et frêle Annoncer la Mère de Dieu.
Et ce fut le temps des oracles Où dans les airs chaque angélus Envoyait des bruits de miracles Au monde qui ne croyait plus.
La Foi refit une arrivée Sur une cavale en plein jour Et la terre fut soulevée Dans la prière et dans l'amour.
Oui, les cœurs, les esprits, les âmes, Tout fut promis, tout fut jeté Aux buissons ardents dont les flammes S'alimentent de charité.