A N EL Y I E
Ressuscitant les dieux de l’Ausonie antique, D’Horace et de Tibulle imitant les accords,
J’habitais en idée un monde poétique;
Je disais tes vertus , et peignais mes transports. Heureux, je m’entourais d’un Olympe magique, Seul avec toi , j’oubliais l’univers.
Des festons d’Albius ma lyre était ornée;
Les rives de Tibur , les échos d’Albunée Semblaient répondre à mes concerts.
Du séjour des erreurs quelle voix me rappelle? Tu m’invites, Nelvie, à de sublimes airs?
A NELVIE.
Tu veux que, des héros épousant la querelle.
L’image des combats ensanglante mes vers ?
Je n’ai point, tu le sais , quitté les bois de Gnide; Nelvie, ah! laisse-moi , sous mes ombrages frais. Fêter le jeune dieu qui me charme et me guide : Disciple d’un enfant, ma muse encor timide, Craint le bruit des clairons, et vit dans les bosquets.
Traînant parmi les Grecs ses maux et sa misère ,
J adis on vit le grand Homère , . •
Aveugle, sans secours, l’Iliade à la main,
Peupler de dieux la Grèce et mendier son pain. Quand sous le malheur il succombe ,
Sa s place est près des immortels;
Persécuté vivant ; mort , il eût des autels ;
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A NELVIE. 23i
Car la porte des cieux, ici-bas, c’eût la tombe.
De posthumes honneurs je ne suis point tenté.
Un Dieu mort tne fait peu d’*envie ;
Couché sur ton sein , ma Nelvie,
J’ai part à là divinité ,
Et j’en jouis pendant ma vie.
Dans ce chemin que je dois parcourir,
Je fuis le tourment et la haine ,
Et vais où le destin m’entraîne ,
Peut-être sans éclat, mais non pas sans plaisir. D’une gloire* contemporaine J’aimerais assez à jouir;
Mais peu m’importe , sur ma cendre ,
Si quelque famdux orateurs Éloquemment viennent répandre
a3a A NELVIE.
Et des louanges et des pleurs ;
Va , l’on n’aime plus les flatteurs Sitôt qu’on ne peut les entendre. ,
Laissant les héros, les combats ,
A l’amitié , comme à l’amour- fidèle ,
Chanter mes plaisirs , tes appas ( Et même les chanter tout bas,
De crainte que l’envie, active sentinelle ,
Au bruit de mes chansons n’arrive sur mes pas ) , «Voilà le sort où mon instinct m’appelle.
Nelvie , aussi je ne veux pà£,
Pour la gloire épris d’un faux zèle, Follement dissiper pour elle Ma joie et ma tranquillisé.
O mes amis, obscur, mais regretté,
-tVÏ.-~TaS"
A N EL VIE. a33
Quand je ne serai plus, que mon nom se propage ! Par vous seulement répété ,
Je n’espère pas davantage!
Avec vous peut finir mon immortalité ;
Vous êtes mon aréopage,
Vous serez ma postérité.
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