‹ Poemes, odes, epitres, et poesies diversesChapitre 22 sur 25 · A N EL Y I E · texte numérisé non relu

A N EL Y I E

Ressuscitant les dieux de l’Ausonie antique, D’Horace et de Tibulle imitant les accords,

J’habitais en idée un monde poétique;

Je disais tes vertus , et peignais mes transports. Heureux, je m’entourais d’un Olympe magique, Seul avec toi , j’oubliais l’univers.

Des festons d’Albius ma lyre était ornée;

Les rives de Tibur , les échos d’Albunée Semblaient répondre à mes concerts.

Du séjour des erreurs quelle voix me rappelle? Tu m’invites, Nelvie, à de sublimes airs?

A NELVIE.

Tu veux que, des héros épousant la querelle.

L’image des combats ensanglante mes vers ?

Je n’ai point, tu le sais , quitté les bois de Gnide; Nelvie, ah! laisse-moi , sous mes ombrages frais. Fêter le jeune dieu qui me charme et me guide : Disciple d’un enfant, ma muse encor timide, Craint le bruit des clairons, et vit dans les bosquets.

Traînant parmi les Grecs ses maux et sa misère ,

J adis on vit le grand Homère , . •

Aveugle, sans secours, l’Iliade à la main,

Peupler de dieux la Grèce et mendier son pain. Quand sous le malheur il succombe ,

Sa s place est près des immortels;

Persécuté vivant ; mort , il eût des autels ;

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A NELVIE. 23i

Car la porte des cieux, ici-bas, c’eût la tombe.

De posthumes honneurs je ne suis point tenté.

Un Dieu mort tne fait peu d’*envie ;

Couché sur ton sein , ma Nelvie,

J’ai part à là divinité ,

Et j’en jouis pendant ma vie.

Dans ce chemin que je dois parcourir,

Je fuis le tourment et la haine ,

Et vais où le destin m’entraîne ,

Peut-être sans éclat, mais non pas sans plaisir. D’une gloire* contemporaine J’aimerais assez à jouir;

Mais peu m’importe , sur ma cendre ,

Si quelque famdux orateurs Éloquemment viennent répandre

a3a A NELVIE.

Et des louanges et des pleurs ;

Va , l’on n’aime plus les flatteurs Sitôt qu’on ne peut les entendre. ,

Laissant les héros, les combats ,

A l’amitié , comme à l’amour- fidèle ,

Chanter mes plaisirs , tes appas ( Et même les chanter tout bas,

De crainte que l’envie, active sentinelle ,

Au bruit de mes chansons n’arrive sur mes pas ) , «Voilà le sort où mon instinct m’appelle.

Nelvie , aussi je ne veux pà£,

Pour la gloire épris d’un faux zèle, Follement dissiper pour elle Ma joie et ma tranquillisé.

O mes amis, obscur, mais regretté,

-tVÏ.-~TaS"

A N EL VIE. a33

Quand je ne serai plus, que mon nom se propage ! Par vous seulement répété ,

Je n’espère pas davantage!

Avec vous peut finir mon immortalité ;

Vous êtes mon aréopage,

Vous serez ma postérité.

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