‹ Poemes, odes, epitres, et poesies diversesChapitre 5 sur 25 · L’ENSEIGNEMENT MUTUEL · texte numérisé non relu

L’ENSEIGNEMENT MUTUEL

Vois, de tous les côt^s, les Arts et l’Industrie

Écarter de ton frOht le voile des douleurs , •

Et semer, sous tes pas, les lauriers et les fleurs! *

Las de verser sur nous la discorde et ^es crimes ,

Le volcan politique a fermé ses abynjes.

‘ Belle France, souris et d’orgueil et d’ar^our !,

Jadis , dans Albion, si Jenner vit le jOur^

Jadis si «e mortel , le bienfaiteur du Monde j * '

Triompha , par son*art, de cette lèpre immonde , * * .

Qui chassait de nos corps la forcé et la beauté *,

France , un le tes enfants , Hefbault a mérite

D’unir son nom au sien , «que l’unfrers proclame :

L’Ignorance bientôt , cej^e lèpre de l’ame,

Aura, loin de nos bords , grâce à lui , disparu , Comme le monstre impur que Jenner a vaincu.

Le Thessalien Riga , grand poète et bon général , chercha , vers la fin du siècle dernier , à soulever la Grèce en faveur de la liberté. Jl fut vaincu, errp de rivage,' rivage en combattant toujours , chercha enfin un àsylé

Europe contre la vengeance de l’Ottoman,» et. mourht., mort , an rapport d’un écrivain moderne , fat le crime de * la politique. "• *

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POEME

Aux fêtes de Castri * la jeunesse accourue,

Et de joie et d’amour paraissait s’enivrer :

Tout à coup, au mi^teu de la foule éperdue,

L’œil hagard, une vierge est soudain apparue, ,

Et se prend à pleurer.

Du malheureux Riga, c’est là fille idsensée.

Au milieu des tombeaux , errante nuit et jour, Recouvrant par accès sa raison éclipsé,

L’amour de son pays survit à sa pensée ; ’ ^

C’était son seul amour. . *

* Petite ville, bâtie sur les raines de l’ancienne Delphes, près du mont Parnasse. ♦

Go LA FltBE DE RIGA.

Les danses et les chants s’interrompent pour elle.

• L’audace brille encor dans son regard distrait; •

pu sublime Riga c’est le regard fidèle! ,

m On l’entoure, on l’admire; elle était jeune et belle ;

: Elle parle , on se Tait..

« Danserez- vous encore au bruit de vos défaites?

« O Grecs , écoütez-moi , moi , fille d’un héros !

« Croyez à mes discours; les mourants sont prophètes: .« On veut flétrir vos cœurs! vous êtes à* ces fêtes

« Conduits par vos bourreaux.

« La foudre me frappa, 'ma parole est "sacrée;

«^Écoutez ! du Limbo j’ai recueilli la fleur ;

« J’ai parcouru, pieds nus, le mont du Lycorée,

« Et la main vers Stamboul , d’une vôix. inspirée, « Je m’écriai : Malheur!

« Alors de l’avenir l’image désolante

« Vint , comme un songe affreux , avertir ma douleur j « Trois fois, vers l’Occident je me tournai tremblante ;

« Et, trois fois, secouant ma tunique sanglante,

« Je répétai : malheur ! . *

« Malhedr! malheur à vous ! Grecs., sf, dans trois années,

« L’Archipel belliqueux ne domine les mers.

« Malheur! malheur A Ceux dont les mains enchaînées

« Ne sauront conquérir de nobles destinées,

« Meme au' sein des revers !

« Vous tomberez, cités, vous qui dans l’esclavage « Croirez^contre la mort trouver de sûrs abris.

« A l’ennemi commun tu livres ton rivage , %

« $cio, vois la Vengeance et le pâle Ravage

« S’asseoir suc tes débris. % ‘ v

« Écoutez! notre sang dans nos plaines fécondes,

« Bientôt, n’en doutez pas, va couler par torrents.

« Puissent ces flots de sang ,, mêlés avec les ondes ,

« Se changer en poisons dans ces coupes immondes , « Où boivent nos tyrans !

« Malheur à tdi, sultan, ton règne enfin s achève !

« I/hydre de la révolte a mesuré ton rang :

« En vain tu veux briser sa tête sous ton glaive ;

<• Elle croît sous le fer, l’orage la relève;

'< Le sang paîra le sang ! ’

«Et vpus tous, rois chrétiens, quand la croixvous rassemble

« Est-ce pour protéger Mahomet contre nous?

« Protecteurs des tyrans, que votre peuple tremble !

« Alliés du sultan, soyez maudits ensemble; ‘ ,

« Malheur ! malheur à vous !

-» Vous nous devez vos lois , vos arts et Massilie !

« Du saqg de notre Christ vous nous déshériter,;

« L’Europe , par sès vœux ,' à nos destins s’allie;

« Mais contre leurs sujets , dans l’Europe avilie ,

Les rois sont révoltés. » '

« Grecs, n’en espérez rien; rien , sinon le parjure.

« Levez-vous et marchez , marchez toujours unis.

« Dans les pleurs, dans le sang, vengez tous votre injure.

« Moi , fille de Riga, moi, {font la bouche est pure,

« Frappez ! je vous bénis. •

« J’ai prédit vos destins j’ai lancé l’anathéme ,

«Et je sens de mes jours s’éteindre le flambeau ;

« Castri, ton sol est libre à mon moment suprême.

« Pour la liberté sainte, il est , dès ce jour mémo,

« Conquis par mon tombeau. » > *

Elle dit, et n’est plus.... De la pauvre insensée,

Bientôt on oublia la mort et les leçons.

Loin de son corps meurtri la foule dispersée,

De. ses propres malheurs détourna sa pensée Et reprit ses chansons. .

Ai

A la danse, au plaisir le sistre encore appelle; Quelques danseurs pourtantn’ont point repris leur rang

Et l’on trouva tracé, dès l’aurore nouvelle,

, Aux rochers du Parnassê , aux murs de la Chapelle :

« Le sang paîra le sang ! »

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