LE BONHEUR
Désabusé bientôt de cette pompe vaine,
Et cédant à regret au torrent qui l’entraîne,
A ses yeux la retraite est un isolement, g
Le plaisir un travail , le trayail un tourment :
Sourd, aveugle aux beautés qu’il ne saurait comprendre,
Il regarde sans voir» écoute sans entendre.
Succédant au fracas, le calme fait pour lui De ses plaisirs d’hier ^És remords d’aujourd’hui.
Il croit dans le tumulte oublier sa souffrance;
Ses désirs satisfaits trompent sou espérance;
11 tourmente ses nuits, il tourmente ses jours;
Ingrat envers le ciel, il l’accuse; et toujours D’erreurs enyironné^de voluptés avide ,
Il surcharge son cœur sans en combler le vide.
QUE PROCURE L’ÉTUDE
Mais tel n’est point ton sort , amant des chastes sœurs,
Et toi seul , de la vie épuisant les douceurs ,
Soit que le dieu des vers, te soufflant le génie,
A tes chants inspirés accorde l’harmonie; \
Soit que Gluck ou Rubens te prête ses éîatis;
Que Descarte ou Bâcori dirige €es talents ,
Et qu’altéré de gloire , en ton brûlant déliré ,
Tu tiennes les pinceaux , lé compas ou la lyre ,
Toujours ami du bien-, riche de ton honneur, %
Tu dois à tes travaux ta paix et le bonneur.
Tout ce qui fut créé de la mort est la proie;
Mais les fils de Priant et les vainqueurs de Trofe,
Malgré l’effort des ans, rassemblant leurs débris,
Sous les lauriers d’Homère ont trouvé des abris ;
Et seS vers et lents noms deviennent tota partage.
LE BONHEUR
Le temps , loin d’envahir un si noble héritage ,
Sur les restes sanglants des trônes renversés,
Des rois ensevelis , des peuples dispersés ,
De Cilié , d’Uranie , agrandit, le domaine :
Précédé du flambeau de la raison humaine,
Il chasse devant lui ces longs amas d’erreurs,. D’utiles vérités tristes avant-coureurs :
Respectant dans son cours le champ de la science, Iljait croître les arts , fruits de l’expérience , -
Et , des siècles éteints gardant le souvenir,
Des cendres du passé féconde l’avenir.
Ces biens, les seuls plaisirs que n’altère point l’âge,
Ces biens, seule richesse à l’abri du naufrage,
Ils sont le noble prix des loisirs studieux. : Poursuis, ami des arts; protégé par les dieux, *
QUE PROCURE L’ÉTUDE
Laisse un Sot enrichi mettre dans la balance
Les trésors du savoir et ceux de l’opulence ;-
Pauvre, malgré son or, de tout l'or qu’il n’a pas L’intérêt le tourmente et s ? attaché à ses pas ;
Màis toi,loindes grandeurs , saris esclaves , sans maître,
Tu vis pour être heureux et non pour le paraître : En bornant tes désirs tu bornes tes besoins;
Le plus riche est celui qui désire le moins.
Plutus perd son éclat aux yeux de la sagesse.
Et toi , comme Bias , tu portes ta richesse.
Vois lë prît qüe le sort réserve à‘ tés travaux^
Chaque jour en naissant t’offre des Biens nouveaux.
Ces hommes si fameux dont le passé s’honore ,
C’est pour toi qu’ils sont nés , qu’ils revivent encore.
C’ést pour toi que Virgile, et le TaSse , et Milton ,
Jo
LE BONHEUR
Cadencèrent leurs chants; c!est pour toi que Newton,
.Mesurant des soleils la carrière infinie,
Osa voler aux deux sur l’aile d’Uranie ;
Que Rubens, mariant ses savantes couleurs,
Peignit de Médicis la joie et les douleurs ;
Et que, ressuscitant l’antique Melpomène, ^ Racine a de ses vers enorgueilli la scène.
Ne sois point envieux d’un bonheur passager.
Ouvrage d’un instant, qu’un instant peut changer: Tes biens sont immortels, et l’injuste fortune.
Et ces rois qu’en autrui le mérite importune ,
En vain pour t’en priver se ligueraient entre eux,
Vois mon sort : j’ose ici m’honorer d’étre heureux;
Je suis loin de prétendre au vain titre de sage;
Le temps n’a point encore sillonné mon visage; .
QUE PROCURE L’ÉTUDE. 3i Non : je suis jeune, ardent; mais bientôt éclairé
Sur le frivole espoir dont* j’étais enivré, '
Abritant assez tôt ma barque vagabonde , Qu’entouraient des écueils sur l’Océan du monde , Je suis au port; et là, des flots suivant le cours,
J’attends des naufragés pour leur porter secours.
Sais-tu qui m’a sauvé des fureurs de l’orage ? L’Étude : elle sourit à mon jeune courage , l D’un air de. bienveillance accueillit mes essais,
Et me fit espérer un nom et des succès.
Je ne m’en défends point; quelque temps infidèle, Je négligeai son culte, et je m’éloignai d’elle,
Par un Dieu plus puissant malgré moi retenu*
Des erreurs de l’amour à vingt ans revenu ,
J’ai repris ses leçons , j’ai retrouvé ses charmes;
LE BONHEUR
Sensible à mon retour, elie essuya mes farines,
Çt i’oubli de mes maux fut son premier bienfait.
Sous ses lois, aujourd’hui, paisible, satisfait,
A ses pieds abjurant une folié chimère,
Je voudrais d’un laurier faire hommage à ma- mère,
Et toifjpurs favorable à mes plus doux penchants, L’Étude vient s’offrir pour sujet de mes chants.
Déesse, soutiens-moi! nouvelle Mnémdsyne,
Tu créas des beaux-arts là famille divine :
Trahis par le destin , les- mortels abattus
Te doivent leurs plaisirs et presque leurs vertus. Ràppelons-nous cetemps (puisqu’ après nous l’histoire En doit de nos neveux effrayer la mémoire) ,
Ce tèmps où, dansnos murs, un peuple de bourreaux Avait traîné Thémis au pied dès échafauds ! *
QUE PROCURE L’ÉTUDE
De ces noirs attentat§ déplorables victimes ,
Vous qui, fuyant un so| dévasté pas les crimes, Sur la terre d’exil avez caché vos pleurs, g - Parlez! qui les sécha? qui calma vos douleurs? b Ceux d’entre vous qui , fiers de mille ans de noblesse, Attendaient l’avenir, plongés dans la mollesse ,
Et qui n’avaient;, reçu de. leurs nobles parents Qu’une immense fortune et des noms et des rangs , Dépouillés tout à coup de leurs grandeurs suprêmes, Que sont-ils devenus en devenant eux-mêmes ?
Mais toi qui, cultivant des dons plus précieux, Sans trône, fus encor digne de tes aïeux; f Qui , déjà prévoyant ce jour où pour Ja France Ton nom serait un cri d’amour et d’espérance , Préparais loin de nous , par ton vaste savoir,
34 LE .BONHEUR
Le bonheur des sujets que tiudevaiS avoir,
Grand Roi, di$-nous quel dieu charma ta solitude ? Je t’entends, et ta voix vient de nommer l’Étude. C’est donc elle, Français, qui fit dans son grànd cœur, Sur la charte imtnor telle, asseoir notre bonheur, Et qui des droits de tous maintenant l’équilibre. Lui fait eii souverain régir un peuple libre !
C’est elle qui sans cesse, en tous lieux, eft tous temps, À rempli l’univers de renoms éclatants.
C’est pour elle jadis que, dans Lacédémone , Lycurgue dédaigna de posséder un trône ;
Aristide exilé, Socrate dans les fers,
Par elle ont vu calmer les maux qu’ils ont soufferts;
Archimède en mour-ant attesta sa puissance.
Elle agrandit encor le vainqueur de Numance.
QUE PROCURE L’ÉTUDE. 15
Uibre par ses bienfaits, et fidèle à ses lois ,
L’esclave Phrygien fut l’oracle des rois;
Désertant dès cités la pompe triomphale ,
Scipîon à Literne , et Térence à Stymphale , ,
Achetaient ses faveurs par leur obscurité.
Caton la proclamait la pure volupté ;
Jl
Et dans ses bras Césap, plus d’ung fois peut-être , Oublia que le monde avait besoin d’un maître.
Quel est ce malheureux ? tous ses membres meurtris,
De l’homme, à nos regards , n’offrent plus qu’un débris : C’est Scarron ! Gardez-vous d’une pitié frivole ;
De l’absence d’Hygie, Érato le console,
Et gaîment il oppose, en ses joyeux accords,
Les plaisirs de l’esprit aux souffrances du corps.
Suivons ce voyageur: vous le plaigilez sans doute ? ç
LE BONHEUR
Les fatigues , la faim , l’assiègent sur la route.
Eh quoi ! les sent-il donc ? un doux enchantement ,
Tout entier, loin de nous , l’occupe en ce moment.
Des végétaux fleuris , dont la terre est avare, *
Il vient de conquérir le plus beau , le plus rare !
Voyez-le , triomphant, contempler son trésor: Sourire , s’écrier, et puis sourire encor:
Héros, dictez des lois à la terre asservie,
Vos lauriers teints de sang ne lui font point envie!
A l’aspect d’ùne fleur, ce mortel enchanté ,
Craint peu les coups du sort et de l’adversité :
Paisible souverain de l’empire de Flore ,
Il visite son peuple au lever de l’aurore,
Et voit chaque printemps lui donner des sujets. Mai s, détournant les yeux vers déplus grands objets.
QUE PROCURE L’ÉTUDE
Osons le suivre encor dans scs Courses savantes , Où des peuples détruits et des races vivantes , ■
Il vole interroger les monuments épars.
Thèbes! qu’est devenu l’orgueil de tes rçmparts ? Le pied du voyageur a fôulé tes m'urailles. * •
La Grèce*! ni montrant ses vastes funérailles,
Flétrit par $on silence un vainqueur inhumain, t
U voit le Despotisme ùn cimeterre en main ,
Le- front ceint, d’un turban , sur les débris d’Athènes, S’asseoir^ la tribune où tonna Démosthènes.*
Des sommets de lTthome,auxubordsderHellespont, U appelle la Gloire , et la Mort lui répond.
Mais ces nobles tableaux élevant ses pensées Lui montrent le néant des grandeurs éclipsées.
Il observe le sort des peuples différents;
38 LE BONHEUR
Les descendants d’Afcide,, eselayes des tyrans;
Les Romains sans pouvoir sur la terre et sur l’onde ;
La. Fortune et les Arts faisant le tour du monde ,
Et transportant leursjnœurs, leurs coutumes, leurs lois ,
Aux enfants policés des sauvages Gaulois.
Ainsi danscfes beaux lieux dédaignés du vulgaire,
Peuplant de souvenirs sa marche solitaire ,
L’Étude l’accompagne , et vient de son flambeau,
Des peuples disparus éclairer le tombeau.
Mère de la science, et soutien du génie,
Par elle l’Hélicon voit sa cime aplanie Conduire à la fortune, à la gloirjg, aux honneurs. Mais dans Paris ému d’où naissent ces clameurs?
D’où partent ces longs cris d’amour et d’allégresse?
QUE PROCURE L’iTUDE. ?>$ Sur les pas d'un mortel tout un peuple s’empresse!
Que veut-il? Un hérqs , vainqueur des ennemis , Annonce-t-il la paix à l’univers soumis ?
Non! il sut être grand sans affliger la terre;
Cen’estpoint un héros, c’est bien plus: c’est’ Voltaire
Qui goûte, dans les bras d’un peuple transporté,
Le présage enivrant de l’immortalité- -
Ornement du bonheur, .soutien de l’infortune ,
De l’enfant, du vieillard , nourriture commune,
Pour nous, l’Étude ainsi prodiguant ses bienfaits,
Grande par son pouvoir, plus grande en' ses effets , Rend à son nourrisson la nature asservie,
Au-delà du trépas sait prolonger sa vit 1 ,
Ennoblit ses travaux , embellit ses loisirs,
LE BONHEUR Pauvre fait sa richesse , et riche ses plaisirs.
Pour moi qui, fatigué de nos longues querelles.
Séduit par les accords des doctes immortelles ,
Ne demande qu’un luth , du. silence et des fleurs ,
Lorsque dans ma retraite , oubliant nos malheurs, J 'entends, quoiqu’abrité par mes dieux domestiques, Gronder sur l’horizon les foudres politiques, J’appelle à mon secours ces auteurs tant relus,
Je rêve le bonheur des jours qui ne sont plus;
Je rajeunis la terre, et, remontant les âges. J’évoque devant mdi les héros et les sages ,
De qui jadis le mondé emprunta sa splendeur : J’en reçois des leçons de vertu, de grandeur;
Plein des chantres divins de Grèce et d’Ausonie,
Je m’avance, éclairé dos feux de leur génie.
QUE PROCURE L’ÉTUDE
C’est par eux que Clîfc corrige mes. travers , Élève mon Gourage au~dessu#des revers ,
Des demi-dieux mortels*me lègue, la mémoire
Et me rend l’héritier de vingt siècles de glofr<
L’ENSEIGNEMENT
MUTUEL
L’ENSEIGNEMENT
MUTUEL, ’
POÈMES •
* Muluo ista fiant, atqae....
' dùm docent , discunt.
. < SjbtÈQÜK.
S i naguère, chez nous, on a vu la Licence
Salarier le Crime, opprimer l’Innocence, ‘ N’imputons les excès de ces temps désastreux
Qu’au triste aveuglement d’un peuple malheureux,
Qui , privé de clartés pour se pouvoir conduire, -
Et livré, sans défense , à qui lé veut séduire,
Des partis, tour-à-tour, indocile instrument.
Croit atteindre le but qu’il cherche vainement.
* Cette pièce fut couronnée par* l’Académie Française
en i8ao. : . . •♦••••
L’ENSEIGNEMENT
Ses malheurs oirt cessé; leureausc existe encore! • 4
Le peuple offre l’encens des dieux qu’il ignore ; Redoutons ses erreurs ; ce lion indompté Semble rugir d’amour au mot de liberté,
Et peut-être demain , servant la tyrannie ,
Il va d’un joug nouveau subir l’ignominie.
D’usages et de lois suffit-il de changer, - %
Si l’on voit le Français à ces lois étranger,
Indigne de jouir de celles qu’il possède ?
Pour prévenir le mal il n’est qu’un seul remède :
Il faut un nouveau peuple à nos nouvelles lois.
Accours, Dieu des Beaux-Arts! le Savoir autrefois,
Dédaignant les hameaux , habitant le grand monde. Déshéritait les champs de sa clarté féconde ;
Qu’il habite à la fois les cités elles champs,
Établissons entre eux ces rapports si touchants ;
MUTUEL. 47
Que de l’Instruction le bienfait tutélaire,
Frappe les yeux de tous, les charme et les éclaire.
Qu’H est affreux le .sort de tant d’infortunés , *
A l’ignorance, hélas! en naissant condamnés!
Des antiques hameaux ils n’ont plus l’innocence ;
Des mœurs de nos cités ils n’ont que la licence. Pourquoi nous abuser? Un nouveau jour a lui.
A ses vives clartés marchons tous aujourd’hui ;
Nos vertus ne sont plus filles de la Nature; • % L’homme pour être bon a besoin de culture. *
Charmez tous les mortels, mères des doux loisirs,
O Muses, donnez-leur des vertus, des plaisirs !
Sans oublier les soins que ton devoir t’impose,
Ne peux-tu , fils des champs, quand ton bras se repose ,
Adoucir, cultiver, malgré l’orgueil jaloux ,
h» ' L’ENSEIGNEMENT
Ton esprit et tes mœurs par des travaux plus doux?
Un vieillard , vers le soir, au sein de sa famille ,
Ne peut-il , au hameau , près du feu qui pétille ,
A ses enfants émus, autour de Filtre assis ,
Lire et relire encor Philemon et Baucis ?
De combien de plaisirs son ame est enivrée !
Contemplant et ses fils et leur mère adorée ,
De quel ton il a dit en sc tournant \els eux:
« Ni l’or ni la grandeur ne nous rendent heureux ! »
Mais déjà d’un censeur j’entends l’âpre critique :
« Mettez, me dira-t-il, vos leçons, en pratique,
t Et vivez de science, insensé! dans nos champs
« Il faut des laboureurs, et non pas des savants. »*
Des savants ? Non , jamais! la Scionce stérile
Restera consignée aux portes de la ville;
MUTUEL
Mais que par les Beaux-Arts les champs soientprotégés. • *
De la raison , des mœurs, d’utiles préjugés ,
Voilà ce qu’un bon livre aux champs pourra produire ,
-if, , 1 . t m , « , , ^ '
Et l’on n est pas. savant quoique l’on sache lire !
Oui, bientôt, ils naîtront ces temps, ces heureux temps ,
Où la France verra scs nombreux habitants ,
Toup à coup pénétrés d’une divine flamme , •< '
Cultiver leur esprit sans corrompre leur ame ;
Et, fiers, en la créant , d’obéir à la loi,
Justifier enfin les bienfaits de leur Roi.
Mais, hélas ! vains projets ! pour cette foule immense ,
Qui de l’instruction réclame la semence ,
Où trouver des mortels, doués d’un vrai savoir, a
Dans un nombre assez grand pour remplir notre espoir,
Et pour tracer enfin à cette multitude.
5o L’ENSEIGNEMENT
Le chemin des vertus et celui de l’étUdc?
Où trouver des mortels instruits, compatissants. Qui , chérissant l’enfance e^ses goûts innocents ,
Veuillent , simples et vrais, sans orgueil, sàîis systèmes,
Former des écoliers, mais non pas pour eux-mêmes;
Non pas pour les mon trèr dans de brillan ts concours,
Ne raisonnan tramais et récitant toujours , *
Par les mains d’un préfet la tête couronnée ,
Applaudis et savants *un seul jo^r par année!
Où les trouver, hélas ! ces maîtres indulgents ,
Amis des bonnes mœurs , Amis des jeunes gens,
Qui, pour mieux gouverner leur cohorte volage ,
Sachent prendre à la fois leur ton et leur langage ,•
Se mêler à leurs jeux, ainsi qu’à leurs travaux ?
Ne trouverons-nous plus de ces Gaultiérs nouveaux,
MUTUEL. t ; , '
Et verrons-nous toujours la stupide Ignorance Diriger à tâtons les peuples de la France? -
Je disais : Qfcel tableau vient s’offrir à mes yeux ?
Que veulent ces enfants? quel art ingénieux ,
Sans tumulte, sans bruit , tout à coup les rassemble ,
Les fai J penser , s’instruire et se mouvoir ensemble ?
Par quels nombreux ressorts, par quels moyens secrets, Sut-on doubler ainsi Içurs rapides progrès?
Qui put vaincre , en leurs cceürâ, la paresse indolente? Quel Mentbr comprima Ifeur fotigue turbulente ? Jamais l’Oisiveté près d’eux ne vient s’asseoir :
Un noble guide , un seul , «u sentier du savoir,
Conduit, <pi souriant , cette douce jeunesse,
* ML, 1 t -
Sans châtiments, sahs cris , sarts morgue,, sans rudesse.
L’un pâr l’autrè, il instruit mille jeunes rivaux;
5 a , L'ENSEIGNEMENT
Leurs travaux sont des jeux, leurs jeux sont des travaux. Chacun d’eux a pour maître un enfant de sou âge,
Qui parle à sa raison dans son propre langage ,
Qui savait, obéir et qui sait commander,
Qui les corrige enfin sans les intimider.
Le rang de moniteur semble tous les séduire;
On s’émeut, on s’excite, on s’instruit pour instruire t
Noble émulation 1. Croissez, jeunes ri vaux,
Étonnez notre amour par des succès nouveaux.
On nous a vus courir de naufrage en naufrage,
Du moins que vps vertus deviennent notre ouvrage .
Nous vous verrons un jour, sans en être jaloux ,
Plus instruits, plus heureux, et plus sages que nous-
F rance*, c’est dans ton sein qu’Herbauît donna naissance
* Vers le milieu du dix-huitième siècle.-
ÿ» <* -î- urT'»-'*- -
' MÜTUEL.
À cet art, noble objet dê fa reconnaissance,
Qui doit charmer nos jours et les sait ménager. • ChêrrieY*, ap&s lui vint, et sut propager De 60h prédécesseur l’ingénieux système :
A leurs travaux, Rabin**, le bon Rollin lui-même ,
Tout haut applaudissait; mais la Sorbonne alors,
* • *- « * • Jt *
jalouse de ses droits , jugeant mal- tant d’efforts ,
Déjà semblait saisir ses foudres doctorales.
A pas lents , la Routine , en bonnet, en sandales,
Endoctrinait le.peuplg, et bientôt dans l'oubli L’édifice nouveau par^t enseveli.
Protégé par un roi pour qui la France en larmes , Retrouve des regrets, après vingt ans d’alarmes,
* Le chanoine CHtnier fit apprendre aux enfants la lecture et l’écriture en inèujc temps.
** Traité des Études.
&4 ' L’ENSEIGNEMENT
Un nobje ami des arts, Paulet* voulût encor,
Au système d’Hcrbault rendre un nouvel essor.
L’orage politique /‘levé, sur la France, •
Détruisit tout à/coup sa brillante espérance;
Le souffle empoisonné de la Dissension,
Loin de nous, dispersa, vers les murs d’Albion,
Les germes de cet art* enfant de- no>tre terre :
Lancastre en féconda les champs de l’Angleterre.
Enfin depuis cinq ans, parmi nous de retour,
Il a re'ÊU le sol qui, lui donna le jour.
Art bienfaiteur, poursuis ta course glorieuse;
Du nom sacréd’Hcrbaultrendsla France orgueilleuse !
• * Le chevalier Paulet , soutenu par Louis XVI , ouvrit
une classe à Vincennes * d’après le système d’Herbault et de Cherrier, perfectionné par ldi.
' MUTUEL
Lancastre, Cherrier, Paulet, nobles rivaux,
Gloire à vous! désormais , grâce à Vos longs travaux,
Des grandes vérités les semences utiles, . -
Pour, elles trouveront les deux mondes fertiles.
Déjà notre jeunesse, ardente à son devoijr, »
ISous montre de cet art le rapide pouvoir; •
•yr * |
Elle apprend chaque jour à servir, a connaître
Dieu , le Roi ^le^pays où le ciel la fit naître.
Au sein descamps , déjà l’on peut voir nos guerriers,
Ainsi que, l’un par l’autre, aux assauts*meurtriers,
Ils s’instruisaient naguère à vaincre pour la France,
S’instruire, l’iin far l’autre, à vaincre l’ignorance,
A juger des progrès de leurs fils , lorsqu’un jour
Le foyer paternel les verra de retour.
France, réjouis-toi ! réjouis-tèi, Patrie!