A LA NYMPHE DE BELLEVILLE
Liberté , l’honneur de ton culte
Soutient encor tes oppresseurs ;
Tu reçus l’outrage et l’insulte Des mortêls nés tes défenseurs.
Telle une horde sacrilège •
Brise l’arbre qui la protège • '
Pour mieux en recueillir le fruit;
Ainsi , ceux que maudit la France '
Ne doivent encor leur puissance
. Qu’au jnonument qu’ils ont détruit.
. ; ■ni
Si Cassandre fut outragée,
Nouveaux Ajax, rappelez-vous Que Cassandre aussi fut vengée ,
Et que le Ciel combat pour nous !
Mais pourquoi , fcj&c citoyenne*, , ■.
• . -, ODE
Tes sons viennent-ils me trahir ? »
Les partis veulent de la haine, *
Et mQi je ne sais pas haïr.
Ah ! distrais-moi de ces pensées ,
Nymphe charmante de ces lieux ,
Et de tes gloires éclipsées
Viens encor réjouir mes yeux.
Ici , de sa muse piquante ,
. Tantôt vierge , tantôt bacchante ,
tavart écoutait les accents;
Là, Léonard, simple et tranquille ,
Couronnait l’églogue et l’idylle Des primevères de tes champs..
Dis-moi lequel de tes bocages Est en honneur chez lés amants?
A LA NYMPHE DE JpXLEVILLE. 71 Dis-moi combien sous tes ombrages
On échangea de faux serments ?
D’une amour > même passagère,
Non, ne trahis point les secrets;
Et de ton écharpe légère
Cache les heureux que tu fais.
♦ Mais, entre Paris et la plaine,
Quels sont donc ces monts escarpés ,
Qui d’une foudre souterraine *
Semblent avoir été frappés * ? •
O mère infortunée ! O France! '
C’est là que pour ta délivrance,
Tout à coup devenus soldats ,
* Une partie des buttes . Saint - Chaumont , située sur d'anciennes carrières, vient de s’écrouler récemment.
>72 ' . ODE ’
Tes fils, glorieux de leur tombe,
S’offraient , héroïque hécatombe ,
Au Dieu térrible des combats.
Pardonnez-leur un jour de gloire ,
Vous qui riez près des tombeaux ;
Le désastre , et non la victoire , .
Ferma les yeux de ces Héros *.
Gloire à leur nom ! Paix à leur cendre !
Pour vous seuls bravant le trépas,
S’ils sont morts, c’est pour vous défendre,
Du moins ne les maudissez pas.
St.-Chaumont, tes buttes funèbres
Plaisent à mon cœür attristé:
„ * On sait comment,, à la première entrée des armées
coalisées , se sont montrées la garde nationale de Paris et l’École polytechnique.