MAZET
El sur ses habitants, surpris au sein des danses, Secouer la Peste et la Mort.
Vois-tu ce spectre horrible , ô jeunesse insensée , Te suivre pas à pas , se mêler à tes jeux , Dans ta brûlante main poser sa main glacée , Et flétrir tes attraits de son souffle orageux ? C'est la Mort!... ah ! fuyez, désertez de ces fêtes, Vierges au front charmant, au sourire si doux , La fleur du citronnier qui couronne vos têtes, Vivra peut-être plus que vous.
La teneur a brisé le lien des familles; Adieu nature , amour, et toi, sainte amitié ! Des mères de leurs bras ont repoussé leurs filles; Des mères ! Dieu puissant! ah! ce fut par pitié.
A BARCELONE ifà
C'est que du trait fatal elles-mêmes frappées , Elles voulaient soustraire, hélas! aux mêmes coups, Leurs filles, jeunes fleurs à l'orage échappées ; O mères, j'en appelle à vous !
Dfja Ton n'entend plus dans ces tristes murailles, Que la prière sainte et les cris des mourants. Ceux mêmes qui guidaient le char des funérailles, Sous leurs chevaux lassés sont tombés expirants. Mais tout bruit a cessé ; même le bruit des heures. Le trépas enflammé court sur l'aile des vents; Et les morts sans tombeaux, de leurs propres demeures Chassent le reste des vivants.
C'en est fait ! en pleurant, la noble Barcelone
Voit ses fils tour à tour pencher vers le cercueil,
i jo M A Z E I
Ses honneurs sont détruits, son front est sans couronne, Et le monde effrayé s'arme contre son deuil. Ainsi , quand sous les traits d'Apollon implacable Chacun de ses enfants autour d'elle est tombé, Paie et sans ornements, maudite, inconsolable, Pleurait l'antique Niobé.
Malheureuse cité, renais à l'espérance; La France a retenti du cri de ta douleur; Bientôt, tu vas l'apprendre, il est dans cette Fiance Des mortels dévoués au culte du malheur. Les voilà! Leurs enfants, une épouse chérir. Des amis vertueux qu'ils semblaient adorer, Rien n'a pu les fixer dans la douce patrie* Hélas! ils t'entendaient pleurer.
A BARCELONE. i5r
Dans l'antique Barca , que le fléau dévore , Déjà de ces héros les soins sont répandus ; En flots purifiants l'acide s'évapore, La pitié , les secours aux mourants sont rendus. Chacun de nos Français , infatigable Alcide , De l'hydre abat le front, mille fois renaissant; Mais le monstre vaincu , dans sa fuite homicide , Vers eux se tourne en rugissant.
Mazet enfin expire... hélas! plaignez sa mère De ceux qu'il a sauvés il entend les sanglots. L'existence pour lui fut un songe éphémère; Mais du moins de la vie il sortit en héros. Moderne Décius, même alors qu'il succombe . Victime dévouée, il a béni son sort ;
i52 MAZET
Le gouffre dévorant se ferme avec sa tombe,
Et la Gloire assiste à sa mort.
Fils du Pindc, prenez votre Ivre immortelle , Entourez son tombeau de lauriers renaissants. Ah! quelle mort jamais et plus noble et plus belle D'une Muse inspirée appela les accents!
La vertu seule a droit aux palmes de la gloire; Malheur aux conquérants, fléaux des nations , Qui promènent partout le deuil et la victoire Au bruit des malédictions.
Honneur à ces mortels que l'amour environne, Que de nombreux bienfaits ont seuls rendus fameux, El qui, pour \c> bénir, virent à Barcelone Lu peuple de mourants se lever devant eux
A BARCELONE. i53
Plus d'un Français conquit une gloire pareille ; Mais ce qu'a fait Rotrou pour sa noble cité , Louis, pour ses soldats, Belzunce, pour Marseille, Ils l'ont fait pour l'humanité !
=* Jk
IVIes chers Français , écoutez mes leçons ;
Je ne viens point, moraliste sévère,
Effaroucher votre tète légère ;
Pour vous prêcher, il vous faut des chansons
Je le sais bien : pourtant, Peuple volage ,
Des temps passés je vais tracer l'image ;
Écoute-moi : puissent tes longs excès ,
En l'instruisant , préparer tes succès;
Je puis parler : déjà de la frontière
A disparu le terrible étranger :
i58 EPITRE
Il daigne enfin ne plus nous protéger.
Ah ! n'allons pas dans notre ardeur guerrière , Ne trouvant plus au loin gloire et danger, Aux fiers partis livrer la France entière; Soyons unis! Peuple brave et léger, L'esprit t 'égare et le sort te balotte ; Rire est ton fait; mais ton bras valeureux Porte à la fois le glaive et la marotte ; Quitte le glaive et tu seras heureux.
Sur notre terre, il est une Euménide,
Au corps hideux, à la tète livide,
Sa bouche est torse et son œil est hagard ;
Reine du monde, un serpent homicide
Est sa couronne , et son sceptre un poignard :
La Mort la suit, la Vengeance la guide,
AUX FRANÇAIS. i5q
Effroi , l'Horreur volent à ses côtés : • eule, au milieu de son fougueux cortège, 111e parcourt les airs épouvantés , Remplit de sang les temples , les cités , flétrit les cœurs d'un souffle sacrilège ;
e monstre impur , échappé d'Albion , £st parmi nous : la Discorde est son nom.
ïïlle naquit aux champs de la Tamise ;
Le Parlement, à qui Londre est soumise,
Par un décret l'exila vers nos bords.
Sur les débris du trône et de l'église ,
Sur des monceaux de mourants et de morts,
Elle fonda son horrible puissance :
De deux partis exaltant les fureurs,
Dans ses deux mains l'étendard de la France
i6o ÉPITRE.
Parut, orné de diverses couleurs.
Chacun prenant différente bannière , Vit le bonheur au bout de la carrière Où son erreur l'engageait follement :
L'Ambition travailla sourdement ; Thémis , sans force , et réduite au silence . Abandonna son glaive à des bourreaux , Et la Terreur, s'armant de sa balance, Dicta la loi du pied des échafauds.
Amour céleste, amour de la Patrie,
Tu mis un terme à toutes nos douleurs,
Des factieux tu contins la furie;
Ah! règne encore et viens sécher nos pleurs.
Qu'aimer est doux , que haïr est pénible ! Quand l'Anarchie, après tant de forfaits, A nos regards cacha sa tète horrible , L'Humanité nous rendit ses bienfaits , L'Espoir riant, à nos cœurs satisfaits Fit entrevoir un avenir paisible , L'homme égaré se retrouva sensible Et répara les maux qu'il avait faits.
Mais n'est-il plus de repos sur la terre !
La Trahison menace nos confins ,
Et la Discorde, excitant les Germains,
Revient vers nous sur le char de la guerre.
On vole au feu : les bronzes destructeurs
De part et d'autre ensanglantent l'arène ;
La pâle Mort, assise dans la plaine,
i62 ÉPITRE
D'un rue affreux accueille nos fureurs, Et de sa main décimant les vainqueurs Du champ fatal se lève souveraine.
De la raison méconnaissant les lois, Français, Français, l'héroïsme en délire A-t-il toujours dirigé vos exploits ?
Vous combattez pour repousser les rois ; Et sous vos yeux s'élève cet empire Qui doit bientôt vous priver de vos droits.
Astre de mort, mais brillant de lumière -, A son lever présageant sa grandeur , ÎSapoléon , de la France guerrière , Par ses travaux soutenait la splendeur Il voit le Iront ! il le voit, le désigne
AUX FRANÇAIS. i6i
Comme le but , le prix de ses travaux; Dès qu'il y monte, il en devient indigne , Et le tyran remplace le héros.
O Liberté! quoi, déjà tu succombes?
Mais non : nos cœurs ont conservé tes lois : Sous un consul tu chancelles , tu tombes ; Tu renaîtras sous le sceptre des rois.
Depuis douze ans, la France consternée Payait sa gloire , et du poids de ses fers , Pour s'alléger, écrasait l'Univers, Quand , vers le Nord , malgré sa destinée , Napoléon a connu les revers.
Superbe espoir d'abaisser l'Angleterre,
i6j5 EPITRE
D'humilier ses premiers ennemis, Vaste projet de conquérir la terre, De lui léguer un maître dans son fils, Vous n'êtes plus! les rochers de l'Ukraine .Sous les frimas sont soudain engloutis , La Mort paraît , l'Aquilon se déchaîne , Et, dans les mers, le sanglant Borysthène De ses vainqueurs disperse les débris.
Napoléon voit ses lauriers en poudre, Il fuit, il fuit, et, prompt comme la foudre De son aspect épouvante Paris.
Alors, ces rois qui marchaient à sa suite , Et dont il fut la terreur ou l'appui, Sur les destins rejetant leur conduite, Brisent le joug et s'arment contre lui. Mais abrégeons ce récit déplorable.
L'Europe enfin se lève formidable, Et par la force et par la trahison , Sur nos tombeaux élevant ses trophées , Des bords du Tage aux montagnes Ripliées, Ses rangs guerriers ont noirci l'horizon. Paris, confus, leur ouvre ses murailles, Et la Discorde , attisant tous ses feux , Rugit , s'élance et s'y glisse avec eux.
Napoléon, aux champs des funérailles,
N'ayant pour lui que son nom, ses soldats,
Se voit proscrit au sein de ses états,
Et perd le sceptre en gagnant des batailles.
Terrible exemple ! Écoutez Potentats :
Ne pensez pas que vos ligues fidèles
En ont purgé le sol de nos aïeux ^
i66 ÉPITRE
L'opinion , bien pins puissante qu'elles, Vous a livré ce despote orgueilleux; Car, dans la France, où son règne odieux A de la gloire éteint l'idolâtrie, Il eut un trône et n'eut point de patrie.
Louis se montre ; il vient nous consoler : De ses vertus parant le diadème , Séchant des pleurs qu'il n'a pas fait couler , Il veut sauver un peuple ingrat qu'il aime.
Mais la Discorde a tramé ses complots : Changeant le sort des fils de Henri-Quatre , L'aigle bruyant a traversé les flots, Et l'étranger revient encor l'abattre.
Guerriers français, <"> nous que les combats
Ont moissonnés aux champs de la Belgique , Vos ennemis ont, par leurs attentats, Justifié votre mort héroïque.
Consolez- vous, légion de héros, Nous jouirons de vos peines dernières,
De toutes parts s'élance un cri d'horreur.
Ce fruit des arts qui couvrait nos musées , Ces monuments qui flattaient notre orgueil Nous sont ravis , et les Muses en deuil Versent des pleurs sur leurs lyres brisées :
Tels sont nos maux : sachons les réparer; Sortons enfin de cette nuit profonde;
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Peuple Français, ta fis trembler le monde, Fais plus eneore et saehe l'éclairer.
Gravissons tous les monts de Méonie; Saisissons tous nos lyres, nos pinceaux, Et, préludant à des combats nouveaux, Soyons vainqueurs dans les champs du génie. Vous que le ciel combla de ses faveurs, Du grand Zeuxis immortels successeurs, Gérard , Guérin , réparez notre perte ; Toi , Girodet , apprête tes couleurs , le peuple attend, et la lice est ouverte.
Ami des arts, mais fidèle à l'honneur, Peuple Français, si, troublant ton bonheur. Les fils du Nord, dans leur fougueux délire Renouvelaient de* jours trop désastreux .
Quitte aussitôt les pinceaux et la lyre, Reprends le glaive et tu seras heureux.
Pour être heureux, il faut de notre gloire
Éterniser le noble souvenir;
De nos erreurs écartant la mémoire ,
Autour du trône il faut nous réunir;
Pour être heureux, il faut, au sein des villes,
Que l'artisan vive de son labeur;
Que le fermier , dans ses plaines fertiles ,
Conduise en paix le soc agriculteur;
Et que le sage, isolé de ce monde,
Ne soit troublé dans son rêve enchanteur
Que par le bruit du feuillage et de l'onde.
O Liberté , voilà tes saintes lois !
Reviens vers nous , non telle qu'autrefois
Quand la Discorde usurpait ta puissance , Squelette affreux du colosse romain , Marchant la pique et la hache à la main, Ne respirant que rage et que vengeance. Reviens vers nous; viens combler notre espoir Que ton éclat ne soit plus chimérique ; Le sein couvert du manteau monarchique , Tenant en main le sceptre et l'encensoir, Auprès du trône aujourd'hui viens l'asseoir.
Dis à Louis que de sa belle France Il doit lui-même assurer tous les droits ; Que des sujets l'union , la puissance , Font la grandeur et la force des rois. Dévoile- lui cette ligue orgueilleuse, Du diadème esclave ambitieuse,
Qui , ne rampant que pour mieux dominer ,
Voulant des fers, mais pour nous les donner,
Des préjugés recule la barrière ,
Ferme les yeux pour nier la lumière,
A mis le trône et la Charte à l'encan ,
Et , dans l'excès d'une folle manie ,
D'un empereur a fui la tyrannie ,
Mais de son roi voudrait faire un tyran.
O Liberté! que la Discorde expire
Près du méchant dont elle fut l'appui ;
Que notre Roi , pour le bien de l'Empire ,
Veille sur toi, tu veilleras sur lui :
Et nous, Français, en essuyant nos larmes.
Nous reverrons un horizon plus pur;
Au sein des jeux et sous un ciel d'azur ,
i72 EPITRE AIX FRANÇAIS.
Prenant la lyre ut déposant les armes, De la beauté nous ehanterons les charmes. Toujours unis par nos lois, par nos mœurs, Nous' jouirons sans troubles, sans alarmes, Et nous dirons : oublions nos erreurs ,
Mus de discorde; ardente à disparaître, Klle a rejoint le lieu qui la vit naître, En nous laissant plus instruits et meilleurs. Aimons Louis, non comme on aime un maître,
lais comme un père. Objet de tant de vœux, La Liberté, plus riante et plus belle, Jette sur nous un regard amoureux; Sachons jouir de ses bienfaits nombreux, ..ans pénétrer sa nature immortelle; ! i le bonheur n'existe pas sans elle, On est donc libre alors qu'on est heureux