‹ Poëmes, odes, épîtres et poésies diversesChapitre 18 sur 20 · IA LYRE D'AMOUR · texte numérisé non relu

IA LYRE D'AMOUR

0 Pour peindre tes plaisirs, ses vertus, ton bonheur,

< Tu soutiendras l'instrument sur ton eceur; « Ses battements régleront la mesure.

« Fais tes adieux à ce triste vallon ;

< Cours à Paphos , où ma mère t'appelle; « Célèbre Elma , sois inspiré par elle,

« Deviens poète en dépit d'Apollon. »

LES PETITS OISEAUX

Je vous tiens donc, petits oiseaux!

Depuis bien long- temps je vous guette ; Vifs, sémillants, jeunes et beaux, Vous allez charmer ma retraite.

Je vous apprendrai quelques airs Que Martin a mis à la mode :

On aime assez vos doux concerts; Mais votre chant est sans méthode.

Vous saurez, mes chers nourrissons, Répondre à la voix de ma belle,

LES PETITS OISEAUX

Et grimper, en battant de l'aile, Sur ses doigts mis en échelons.

Je vous promets une onde claire Pour le breuvage et pour le bain, Et du millet pris dans la main De ma gentille ménagère.

Mais, hélas! beaux petits oiseaux, Pour vous rendre à jamais fidèles', Armé d'inflexibles ciseaux ,

Faudra-t-il vous rogner les ailes ?

Non; restez libres en tout temps; Je veux être aimé pour moi-même ; C'est ainsi que Lisette m'aime :

Comme elle soyez-moi constants.

LES PETITS OISEAUX. 219

Prenez-la toujours pour modèle; Peu défiant et peu jaloux, Je n'ai point de cage pour vous, Je n'ai point de verroux pour elle.

A peine j'achevais ces mots Que je rentrai dans ma chambiette; Je n'y trouvai plus ma Lisette:

Je coupai l'aile à mes oiseaux.

IMITATION DE MOSCHUS , D'ANACREON , etc.

JTIola! qui frappe? — Ouvrez, c'est un enfant

— Entre, petit; chez moi que viens-tu faire?

— Ayez pitié , Lysis , de ma misère !

Je suis aveugle, et vais partout, cherchant Un conducteur , qui me rende à ma mère. Depuis trois jours , je parcours la cité , Depuis trois jours, je me vois rebuté : On ne suit plus, Lysis, sur cette terre, Les saintes lois" de l'hospitalité.

— Pauvre petit! ne pleure pas; espère ; '

Si jeune encor, tu n'as pas mérité

De vivre ainsi sous un destin contraire.

Ton nom? — Amour. — Et ton pays? — Cithère

Moi, dans ce temps, j étais plein de candeur; Du pauvre enfant j'ignorais la puissance; Si j'avais su!.... je l'aurais fui, je pense; Mais il pleurait , et j'avais si bon cœur.

Amour, lui dis-je, au lieu de ta naissance, « Si tu le \eux, je guiderai tes pas? « Ta mère, en deuil, accuse ton absence; • Bientôt, Amour, tu seras dans ses» bras.

Que Jupiter, dit-il, vous récompense, i A mon défaut! Mais las! je n'y \ois p

Qui donc pourra m annoncer sa prcseie <

L'AMOUR EGARE. m3

« Vous seul, Lysis ; en voyant tant d'appas,

< On la devine , et vous direz : c'est elle!

< De nos beautés ma mère est la plus belle; « De longs cheveux, noués négligemment,

« Sur son beau front se courbent mollement ; « La volupté dans tous ses traits respire, ' Et de ses pas marque le mouvement, « Ses yeux sont doux; un léger vêtement, " Voile son corps, et permet qu'on l'admire. >

< Partons, Amour! » Et, lui prenant la main, L'interrompant, je souris, je l'attire,

Et nous marchons. Mais, à peine en chemin , Triste, rêveur, je gémis, je soupire, Et quelques pleurs ont coulé sur mon sein. J'ignore encor ce qui tant me chagrine ;

j-j\ L'AMOUR EGARE.

Mon compagnon e^t muet comme mui ; Et lentement chacun de nous chemine, Quand tout à coup je regarde, et je voi Que mon Amour a changé de figure; Et cependant je ne l'ai pas quitte; Et cependant, toujours à mon côté, 11 s'est tenu : pour cela, je le jure ! D'où lui vient donc cette riche parure ? Lorsqu'à ma porte Amour s'est arrête , Il n'avait pas cette brillante armure , Ce carquois d'or, ces ailes et ces traits; Une tunique azurée, ondoyante, En longs replis, n'ornait point ses attraits Qu'il est changé! cependant, il m'enchante ! Faunes, Sylvains, quittant leurs antres Courent en foule ej-iei son passif

L'AMOUR EGARE. asfi

Nous avançons, et ces hautes forêts Devant ses pas inclinent leur feuillage : A son aspect, tout paraît s'embellir.

Nous avançons; les fleurs semblent s'ouvrir: Devant Autour, poùi mieux lui fendre hommage, La rose naît, et le zéphvr volage , Dans les parfums, nous apporte un soupii De la Dryade endormie au bocage

Amour! Amour! oh! ne me trompe pas !

Quel es-tu donc? — Je suis roi de Cythère ,

Répondit-il , j'entre dans mes états;

Je règne ici sur la nature entière;

Tout m'est soumis sur ces bords enchanteurs; • J'anime tout d'une flamme légère, - Et ces mortels, ces eaux, ces bois , ces fleurs,

Fêtent en moi leur monarque et leur père. -

Lors, à genoux, je tombai devant lui : « Céleste enfant, devenez mon appui; « Jusqu'à ce jour, plaintif et solitaire, « Je languissais; je renais aujourd'hui! « Amour, Amour, j'aperçois votre mère! » Lui dis-je encore... O prodige nouveau ! Cet enfant-roi détache son bandeau , Ouvre les yeux, puis, avec un sourire, Il me répond : « Ma mère est dans les cieux : " Tu vois ici l'ornement de ces lieux , " La jeune Elma, nymphe de mon empire. Lors, droit au cœur, il me perce d'un trait! « — Cruel enfant! secoure/, moi! j'expire! » — Mais, sur mes yeux posant son bandelet : < Lysis, dit-il : te voilà mon sujet. » Quand, presque nu, lamentant mon martyre.

« Je vins chez toi frapper en suppliant, « J'étais aveugle, et ta l'es maintenant; « Tu m'as conduit, et je vais te conduire. «. N'en rougis pas; j'ai soumis tous les dieux, '< Jusqu'à ma mère; et Jupiter lui-même, « Faible et tremblant, est descendu des cieux, « Pour obéir à mon ordre suprême.

« Le voile épais dont je couvre tes yeux a Doit t'assurer des amours éternelles; « Pour ton bonheur, je te fais ce cadeau; « Mais si jamais, dans ses ardeurs cruelles, « L'affreux soupçon t'arrache ce bandeau , « Pour être heureux, tiens, ami, prends mes ailes. »

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