‹ Poëmes, odes, épîtres et poésies diversesChapitre 17 sur 20 · LA LYRE D'AMOUR · texte numérisé non relu

LA LYRE D'AMOUR

IJoahd tin issent pour nous les longs jours de l'enfance, Fatigué de ses jeux, las de son innocence, L'homme demande au ciel d'autres illusions.

Alors que notre ame ravie Etst prête à recevoir le choc des passions ,

Les premières émotions

Font le destin de notre vie.

Je touchais à cet âge, et j'errais sur les bords Où l'amant de Daphné rassemblait son cortège; Où l'air retentissait des plus riches accords.

212 LA LYRK I> AMOUR.

« Dieu des beaux arts, Apollon ! m'écriai -je ,

« Dépose entre nies mains ton luth mélodieux ; « Exauce des désirs qu'allume le génie , < Et, j'en jure par toi, le laurier d'Aonie ■ Courbera sur mon front ses rameaux glorieux!

Le Dieu fut peu touché de l'ardeur qu'il fit naître. « Réprime, me dit-il, tes élans orgueilleux: " Il faut apprendre pour connaître;

- Et l'esprit indompté qui ne veut peint de maître,

- Ou rampe sur la terre, ou se perd dans les cieux.

- Du goût, de la raison, fais une étude austère,

« Et, pour toucher la Ivre, ose acquérir des droits; - Jeune imprudent, tes faibles doigl IS'ont encore pressé que le sein de ta mère.

L'A LYRE D'AMOUR. 21 i

Confus, mais non découragé, Des bords Castaliens j'aUais prendre congé,

Quand sur mes pas , un jeune dieu s'élance : « Où vas-tu? que veux-tu? quel rêve de l'orgueil ■ Te fait sacrifier les biens de l'existence « Aux pénibles travaux d'une vaine science ?

■ Du bonheur la gloire est recueil; « Ne vas pas t'y briser! son flambeau fantastique h Dans un lointain obscur, montre un but chimérique. < On l'appruche, on l'atteint: quel est-il? un cercueil. «

« Préfère aux palmes immortelles , « Héritage tardif du génie et du temps, '< Les festons amoureux de myrtes éclatants « Dont se couvre à Paphos la tète de nos belles; « L'arbre de l'Hélicon fleurit tous les cent ans , LeMyrte est chaque jour couvert de fleurs nouvelles.

ai \ LA LYRK D'AMoi il.

Kn faut, lui dis-je, en vain tu voudrais^n'arrétcr;

« Apollon seul a cause mon délire , Seul il peut l'apaiser*: il nie faut une ivih Une lyre ! je pars , je cours la mériter ! »

« Une lyre, dit-il, a pour toi tant de charnu « Amant de Mnémosyne, on te peut content» i « Je te la donne en te donnant mes armes. n Courbe cet arc entre tes deu\ genoux : ' Par cette flèche, unis-en les deux bouts; « Très-bien : fais trois parts de la corde Qui le tenait tendu; fort bien! Des deux côtés Fixe ces trois fragments par leurs extrémit» - Voilà ta Ivre : il faut qu'Elma l'accorde.

Dtsaiple de 1 amour, >ai>is ton luth vainquent : " Laisse les doigta errer à L'aventure;

Page 1