DANS TOUTES LES SITUATIONS DE LA VIE
POÈME
.ïf vaudrai* d'un laurier faire hommnçe à ma raèrc
Malheur à ce mortel étranger à l'étude, Qui , du monde embrassant la triste servitude , De son éclat trompeur moins charmé qu'ébloui, Nous vante de faux biens dont il n'a pas joui.
* Cette pièce fat couronnée par l'académie Française eu i8it.
a6 LE BONHI.I B
buse bientôt de cotte pompe vaine, Et cédant à regret au ton ont qui l'entraîne, A ses yeux la retraite est un isolement, Le plaisir un travail , le travail un tourment . Sourd, aveugle aux beautés qu'il ne saurait rompu n<li< I! h garde sans voir, écoute sans entendre.
Succédant au fracas, te calme fait pool lui
De ses plaisirs d'hier ses remords d'aujourd'hui.
Il croit dans le tumulte oublioi sa MMiffrance; Ses désirs satisfaits trompent son espérance; Il tourmente ses nuits, il tourmente ses joui . [ngrai envers le ciel, il l'accuse; et toujoui i i > i ; i mi s environné . de voluptés avide , Il surcharge son cœur sans en combler le vide.
Mais tel n'est point ton sort, amant des chastes sœurs Et toi seul , de la vie épuisant les douceurs , Soit que le dieu des vers, te soufflant le génie, A tes chants inspirés accorde l'harmonie; Soit que Gluck ou Rubens te prête ses élass; Que Descarte ou Bacon dirige tes talents, Et qu'altéré de gloire , en ton brûlant délire , Tu tiennes les pinceaux , le compas ou la lyre , Toujours ami du bien, riche de ton honneur, Tu dois à tes travaux la paix et le bonheur.
Tout ce qui fut créé de la mort est la proie ; Mais les fils de Priam et les vainqueurs de Troie, Malgré l'effort des ans, rassemblant leurs débris, Sous les lauriers d'Homère ont trouvé des abris ; Et ses vers et leurs noms deviennent ton partage.
Le temps, loin d'envahir un si noble héritage, Sur les restes sanglants des trônes renversés, Des rois ensevelis , des peuples dispersés , De Clio, d'Uranie, agrandit le domaine : Précédé du flambeau de la raison humaine, Il chasse devant lui ces longs amas d'erreurs, D'utiles vérités tristes avant-coureurs : Respectant dans son cours le champ de la science, Il fait croître les arts, fruits de l'expérience, Et , des siècles éteints gardant le souvenir, Des cendres du passé féconde l'avenir.
Ces biens, les seuls plaisirs que n'altère point l'âge, Ces biens, seule richesse à l'abri du naufrage, Ils sont le noble prix des loisirs studieux. Poursuis, ami des arts; protégé par les dieux,
Laisse un sot enrichi mettre dans la balance Les trésors du savoir et ceux de l'opulence ; Pauvre, malgré son or, de tout l'or qull n'a pas L'intérêt le tourmente et s'attache à ses pas; Mais toi, loin des grandeurs , sans esclaves , sans maître, Tu vis pour être heureux et non pour le paraître : En bornant tes désirs tu bornes tes besoins ; Le plus riche est celui qui désire le moins. Plutus perd son éclat aux yeux de la sagesse. Et toi, comme Bias, tu portes ta richesse.
Vois le prix que le sort réserve à tes travaux î Chaque jour en naissant t'offre des biens nouveaux. Ces hommes si fameux dont le passé s'honore , C'est pour toi qu'ils sont nés , qu'ils revivent encore.
C'est pour toi que Virgile, et le Tasse , et Milton ,
3o LE BONHEUR
Cadencèrenl leurs chants; c'est pour loi quejfew Ion,
Mesurant 'des soleils la carrière infinie,
Osa voler aux cieux sur l'aile d'Uranie; Que Rubens, mariant ses savantes coulent s. Peignit de Médicis la joie et les douleurs; Et que, ressuscitant l'antique Bfelpomène, Racine a de ses vers enorgueilli la scène.
Ne sois point envieux d'un bonheur passager, Ouvrage d'un instant, qu'un instant peut changer Tes biens sont immortels, et l'injuste fortune, Et ces rois qu'en autrui le mérite importune , Km vain pour t'en priver se ligueraient entre eux.
Vois mon sort : j'ose ici m'honorer d'être heureux; Je suis loin de prétendre au vain titre de sage; Le temps n'a point encore sillonne mon visage;
QUE PROCURE L'ÉTUDE. 3i
^Son : je suis jeune , ardent ; mais bientôt éclairé Sur le frivole espoir dont j'étais enivré, Abritant assez tôt ma barque vagabonde, Qu'entouraient des écueils sur l'Océan du monde , Je suis au port; et là, des flots suivant le cours, J'attends des naufragés pour leur porter secours.
Sais-tu qui m'a sauvé des fureurs de l'orage ? L'Etude : elle sourit à mon jeune courage , D'un air de bienveillance accueillit mes essais, Et me fit espérer un nom et des succès. Je ne m'en défends point; quelque temps infidèle, Je négligeai son culte, et je m'éloignai d'elle, Par un Dieu plus puissant malgré moi retenu. Des erreurs de l'amour à vingt ans revenu , l'ai repris ses leçons, j'ai retrouvé ses charmes;
Sensible à mon retour, clic essuya mes larmes, Et l'oubli de mes maux fut son premier bienfait. Sous ses lois, aujourd'hui, paisible, satisfait, A ses pieds abjurant une folle chimère, Je voudrais d'un laurier faire hommage à ma mère, Et toujours favorable à mes plus doux penchants, L'Étude vient s'offrir pour sujet de mes chants.
Déesse, soutiens-moi! nouvelle Mnémosyne,
Tu créas des beaux-arts la famille divine :
Trahis par le destin , les mortels abattus
Te doivent leurs plaisirs et presque leurs vertus.
Rappelons-nous ce temps (puisqu'après nous l'histoir
En doit de nos neveux effrayer la mémoire) ,
Ce temps où, dansnosmurs, un peuple de bourreaux
Avait traîné Thémis au pied des échafauds!
De ces noirs attentats déplorables victimes, Vous qui, fuyant un sol dévasté par les crimes, Sur la terre d'exil avez caché vos pleurs, Parlez! qui les sécha? qui calma vos douleurs? Ceux d'entre vous qui , fiers de mille ans de noblesse, Attendaient l'avenir, plongés dans la mollesse , Et qui n'avaient reçu de leurs nobles parents Qu'une immense fortune et des noms et des rangs , Dépouillés tout à coup de leurs grandeurs suprêmes, Que sont-ils devenus en devenant eux-mêmes?
Mais toi qui, cultivant des dons plus précieux, Sans trône , fus encor digne de tes aïeux; Qui , déjà prévoyant ce jour où pour la France Ton nom serait un cri d'amour et d'espérance , Préparais loin de nous , par ton vaste savoir,
Le bonheur des sujets que tu «.lovais avoir,
< ii ami Roi, dis-nous quel dieu charma tasolitude ?
Je t'entends, et ta voix vient de nommer l'Étude.
C'est donc elle, Français, qui fit dans son grand cœur,
Sur fci charte immortelle, asseoir notre bonheur,
Et qui des droits de tous maintenant l'équilibre,
Lui fait en souverain régir un peuple libre !
C'est elle quisans cesse, en tous lieux, en tous temps, A rempli l'univers de renoms éclatants.
C'est pour elle jadis que, dans Lacédémone , Lycurgue dédaigna de posséder un trône ; Aristide exilé, Socrate dans les fers, Par elle ont vu calmer les maux qu'ils ont soufferts; \k himède en mourant attesta sa puissance. Elle agrandit encor le vainqueur de Numanoe.
Libre par ses bienfaits, et» fidèle à ses lois , L'esclave Phrygien fut l'oracle des rois; Désertant des cités la pompe triomphale, Scipion à Literne , et Térence à Stymphale , Achetaient ses faveurs par leur obscurité. Caton la proclamait la pure volupté ; Et clans ses bras César, plus d'une fois peut-être , Oublia que le monde avait besoin d'un maître.
Quel est ce malheureux ? tous ses membres meurtris,
De l'homme, à nos regards, n'offrent plus qu'un débris
C'est Scarron ! Gardez-vous d'une pitié frivole ;
De l'absence d'Hygie, Erato le console ,
Et gaîment il oppose , en ses joyeux accords,
Les plaisirs de l'esprit aux souffrances du corps.
Suivons ce voyageur: vous le plaignez sans doute ?
Les fatigues, la faim , l'assiègent sur la route.
Eh quoi! les sent-il donc? un doux enchantement ,
Tout entier, loin de nous , l'occupe en ce moment.
Des végétaux fleuris, dont la terre est avare,
Il vient de conquérir le plus beau , le plus rare !
Voyez-le , triomphant, contempler son trésor:
Sourire, s'écrier, et puis sourire encor :
Héros, dictez des lois à la terre assers ie,
Vos lauriers teints de sang ne lui font point envie!
A l'aspect d'une fleur, ce mortel enchante , Craint peu les coups du sort et de l'adversité . Paisible souverain de l'empire de Flore, Il visite son peuple au lever de l'aurore. Et voit chaque printemps lui donner des sujets.
Mais, détournant les yeux versde plus grands objets,
Osons le suivre encor dans ses courses savantes , Où des peuples détruits et des races vivantes , Il vole interroger les monuments épars.
Thèbes! qu'est devenu l'orgueil de tes remparts ? Le pied du voyageur a foulé tes murailles. La Grèce lui montrant ses vastes funérailles, Flétrit par son silence un vainqueur inhumain. Il voit le Despotisme , un cimeterre en main , Le frontceint d'un turban , sur les débris d'Athènes, S'asseoira la tribune où tonna Démosthènes. Des sommets de l'Ithome, aux bords de l'Hellespont, Il appelle la Gloire , et la Mort lui répond.
Mais ces nobles tableaux élevant ses pensées Lui montrent le néant des grandeurs éclipsées. Il observe le sort des peuples différents;
38 LE BUM1K1 R
Les descendants d'Alcide, esclaves des tyrans;
Les Romains sans pouvoir-sur la terre el sur l'onde;
La Fortune et les Arts faisant le tour du monde,
Et transportant leurs mœurs, leurs coutumes, leurs lois
Aux enfants policés des sauvages Gaulois.
Ainsi dansces beaux lieux dédaignés du vulgaire, Peuplant de souvenirs sa marche solitaire , L'Étude l'accompagne, et vient de son flambeau , Des peuples disparus éclairer le tombeau.
Mère de la science, et soutien du génie, Par elle l'IIélicon voit sa cime aplanie Conduire à la fortune, à la gloire, aux honneurs. Mais dans Paris ému d'où naissent ces clameurs?
D'où partent ces longs ci ïs d'amour et d'allégresse?
Sur les pas d'un mortel tout un peuple s'empresse!
Que veut-il? Un héros , vainqueur des ennemis , Annonce-t-il la paix a l'univers soumis ? Non ! il sut être grand sans affliger la terre ; Ce n'est point un héros, c'est bien plus : c'est Voltaire Qui goûte, dans les bras d'un peuple transporté, . Le présage enivrant de l'immortalité.
Ornement du bonheur, soutien de l'infortune , De l'enfant, du vieillard , nourriture commune, Pour nous, l'Étude ainsi prodiguant ses bienfaits, Grande par son pouvoir, plus grande en ses effets , Rend à son nourrisson la nature asservie, \u-dela du trépas sait prolonger sa vie, Ennoblit ses travaux , embellit ses loisirs,
Pauvre fait sa richesse, et riche ses plaisirs.
Pour moi qui, fatigue de nos longues querelles, Séduit par les accords des doctes immortelles, Ne demande qu'un luth , du silence et des fleurs , Lorsque dans ma retraite, oubliant nos malheurs, J entends, quoiqu'abrité par mes dieux domestiques, Gronder sur l'horizon les foudres politiques , J'appelle à mon secours ces auteurs tant relus, Je rêve le bonheur des jours qui ne sont plus ; Je rajeunis la terre, et, remontant les âges, J'évoque devant moi les héros et les sages, De qui jadis le monde emprunta sa splendeur : J'en reçois des leçons de vertu, de grandeur; Plein des ehantres divins de Grèce et d'AusoiÙe, Je m'avance , éclairé des feux de leui génie.
QUE PROCURE L'ETUDE. ,i
C'est par eux que Clio corrige mes travers , Élève mon courage au-dessus des revers, Des demi-dieux mortels me lègue la mémoire , Et me rend l'héritier de vingt siècles de gloire.
L'ENSEIGNEMENT
L'ENSEIGNEMENT
POÈME
Mutuô ista fiunt, atque....
dùni Jocent , discunt.
Sénèque.
o i naguère, chez nous, on a vu la Licence Salarier le Crime, opprimer l'Innocence, N'imputons les excès de ces temps désastreux Qu'au triste aveuglement d'un peuple malheureux , Qui , privé de clartés pour se pouvoir conduire, Et livré, sans défense , à qui le veut séduire , Des partis, tour-à-tour, indocile instrument, Croit atteindre le but qu'il cherche vainement.
* Cette pièce fut couronnée par l' Académie Française en 1820.
/,6 L'ENSEIGNEMENT
Ses malheurs oui cessé; leur cause existe encore! Le peuple offre l'encens à des dieux qu'il ignore ; Redouions ses erreurs; ce lion indompte Semble rugir d'amour au mot de liberté. Et peut-être demain, servant la tyrannie, Il va d'an joug nouveau subir l'ignominie. D'usages et de lois sufiit-il de changer, Si l'on voit le Français à ces lois étranger, Indigne de jouir de celles qu'il possède ? Pour prévenir le mal il n'est qu'un seul remède : Il faut un nouveau peuple à nos nouvelles lois. Accours, Dieu des Beaux-Arts! le Savoir autrefois, Dédaignant les hameaux , habitant le grand monde , Déshéritait les champs de sa clarté féconde ; Qu'il habite à la lois les cités et les champs. Etablissons entre eux ces rapports m touchants;
Que de l'Instruction le bienfait tutélaire, Frappe les yeux de tous, les charme et les éclaire.
Qu'il est affreux le sort de tant d'infortunés , A l'ignorance, hélas! en naissant condamnés! Des antiques hameaux ils n'ont plus l'innocence ; Des mœurs de nos cités ils n'ont que la licence. Pourquoi nous abuser ? Un nouveau jour a lui. A ses vives clartés marchons tous aujourd'hui ; Nos vertus ne sont plus filles de la Nature; L'homme pour être bon a besoin de culture. Charmez tous les mortels, mères des doux loisirs, O Muses, donnez-leur des vertus, des plaisirs ! Sans oublier les soins que ton devoir t'impose, Ne peux-tu , fils des champs, quand ton bras se repose , Adoucir, cultiver, malgré l'orgueil jaloux ,
,8 L'ENSEIGN EMENT
Ton esprit et tes mœurs par des travaux plus doux!
Un vieillard, vers le soir, au sein de sa famille , Ne peut-il , au hameau , près du feu qui pétille , A ses enfants émus , autour de l'àtre assis , Lire et relire encor Philemon et Bauc^ ? De combien de plaisirs son ame est enr Contemplant et ses fds et leur mère adoi De quel ton il a dit en se tournant vers eux:
Ni l'or ni la grandeur ne nous rendent heureux !
Mais déjà d'un censeui j'entends l'âpre critique Mettez, me dira-t-il, vos leçons en pratique Et vivez de science, insensé! dans nos champ-
a II faut des laboureurs, et non pas des savants, ints Non, jamais! la Science stérile
K< stera consignée aux portes de la ville;
Mais que par les Beaux-Arts les champs soient protégés De la raison, des mœurs, d'utiles préjugés, Voilà ce qu'un bon livre aux champs pourra produire , Et l'on n'est pas savant quoique l'on sache lire !
Oui , bientôt, ils naîtront ces temps , ces heureux temps , Où la France verra ses nombreux habitants , Toup à coup pénétrés d'une divine flamme , Cultiver leur esprit sans corrompre leur ame ; Et, fiers , en la créant , d'obéir à la loi, Justifier enfin les bienfaits de leur Roi. "
Mais , hélas ! vains projets ! pour cette foule immense , Qui de l'instruction réclame la semence , Où trouver des mortels, doués d'un vrai savoir, Dans un nombre assez grand pour remplir notre espoir, Et pour tracer enfin à cette multitude
5o L'ENSEIGN EMENT
Le chemin des vertus et celui de l'étude? Où trouver des mortels instruits , compatissant», Qui, chérissant l'enfance et ses goûts innocents . \ euillenf , simples et vrais, sans orgueil, sans systèmes, Former des écoliers, mais non pas poureux-mêmes Non pas pour lesmontrer dans de brillants concours Ne raisonnant jamais et récitant toujoiu - . Par les mains d'un préfet la tête couronné . applaudis et savants un seul jour par année ' Où les trouver, hélas! ces maîtres indulgent Amis des bonnes mœurs , amis d»-» jeuni s -<-u>. Qui, pour mieux gouvernei leur cohorte \": Sachent prendre à la fois leur ton »-t leur lan£ Semêlei .1 leurs jeux, ainsi qu'à leurs travaux ?
Ne trouverons-nous plusdecesGaulbersnouvt
MUTUEL. 5i
Et verrons-nous toujours la stupide Ignorance Diriger à tâtons les peuples de la France?
Je disais : Quel tableau vient s'offrir à mes yeux? Que veulent ces enfants ? quel art ingénieux , Sans tumulte, sans bruit, tout à couples rassemble, Les fait penser , s'instruire et se mouvoir ensemble? Par quels nombreux ressorts, par quels moyens secrets , Sut-on doubler ainsi leurs rapides progrès? Qui put vaincre , en leurs cœurs, la paresse indolente? Quel Mentor comprima leur fougue turbulente ? Jamais l'Oisiveté près d'eux ne vient s'asseoir : Un noble guide , un seul , au sentier du savoir, Conduit , en souriant , cette douce jeunesse , Sans châtiments, sans cris , sans morgue, sans rudesse. L'un par l'autre, il instruit mille jeunes rivaux;
5a L' E N S K I G Bf B M E N T
Leurs travaux sonl des jeux, leurs jeux soin des travaux.
Chacun d'eux a pour maître un enfant de sou âgej
Qui parle à sa raison dans son propre langage , Qui savait obéir et qui sait commander, Qui les corrige enfin sans les intimider. Le rang de moniteur semble tous les séduire; On s'émeut, on s'excite, on s'instruit pour instruire ! Noble émulation! Croissez , jeunes rivaux, Étonnez notre amour par des succès nouveaux. On nous a vus courir de naufrage en naufrage . Du moins que vos vertus deviennent notre ouvrag< Nous vous verrons un jour, sans en être jaloux , Plus instruits, plus heureux, et plus sages que nous
France*,c'est dans ton sein qu'Herbault donna naissan* i
\ ers le milieu du dix-huitième siècle.
A cet ait, Doble objet de ta reconnaissance ,
Qui doit charmer nos jours et les sait ménager.
Cheriier *, après lui vint, et sut propager
De son prédécesseur l'ingénieux système :
Aleurs travaux, Rollin**, le bon Rollin lui-même,
Tout haut applaudissait ; mais la Sorbonne alors ,
Jalouse de ses droits, jugeant mal tant d'efforts ,
Déjà semblait saisir ses foudres doctorales.
À pas lents, la Routine, en bonnet, en sandales ,
Endoctrinait le peuple, et bientôt dans l'oubli
L édifice nouveau parut enseveli.
Protégé par un roi pour qui la France en Larmes , Retrouve des regrets, après vingt ans d'alarmes,
* Le chanoine Cherrier fit apprendre aux enfants la lecture et récriture en même temps.
** Traité des Études.
V, L'ENSEIGNEMENT
Un noble ami des arts, Paulet* voulut en< 01 Vu système d'Herbault rendre un nouvel es* L'orage politique élevé sui la France, Détruisit tout à coup, sa brillante espérance; Le souffle empoisonné de la Dissension, Loin de nous, dispersa , vers les murs d'Albion . Les germes de cet art, enfant de notre terre Lancastre en féconda les champs de l'Angle te 1 1 < Enfin depuis cinq ans, parmi nous de retour, Il a revu le sol qui lui donna le jour.
Art bienfaiteur, poursuis ta course glorieuse;
Du nom sacré d'Herbault rends la France orgueilleuse '
Le chevaliei Paulet, soutenu j>ar Louia Wl . une das» I S Jnceimea . d'après le système 'lit- rbaull et <!<
|.< 1 !< < .li-'iini- pai lui.
Lancastre, Cherrier, Paulet, nobles rivaux, Gloire à vous ! désormais , grâce à vos longs travaux, Des grandes vérités les semences utiles , Pour elles trouveront les deux mondes fertiles. Déjà notre jeunesse, ardente à son devoir, Nous montre de cet art le rapide pouvoir ; Elle apprend chaque jour à servir, à connaître Dieu, le Roi, le pays où le ciel la fit naître. Au sein des camps , déjà l'on peut voir nos guerriers , Ainsi que, l'un par l'autre, aux assauts meurtriers, Ils s instruisaient naguère à vaincre pour la France, .S instruire , l'un par l'autre, à vaincre l'ignorance , A juger des progrès de leurs fils, lorsqu'un jour Le loyer paternel les verra de retour.
France, réjouis-toi ! réjouis-toi, Patrie!
56 L'ENSEIGNEMENT M I J l 1.1.
Vois , de tous les côtés, les Arts et l'Industrie Écarter de ton front le voile des douleurs, Et semer, sous tes pas, les lauriers et les Heurs ! Las de verser sur nous la discoïde et les crimes, Le volcan politique a fermé ses abymes. Belle Fiance, souris et d'orgueil et d'amoui ! Jadis, dans Albion, si Jenner \it le jour, Jadis si ce mortel , le bienfaiteur du monde . Triompha, par son art, de cette lèpre immonde Qui chassait de dos corps la force cl la beauté . France, un de tes enfants, Herbaull a mérité D'unir son nom au sien. , que l'univers pro< ■!. ; Ignorance bientôt , cette lèpre de l'an» . \ui a, loin de nos bords , ui ace à lui , disparu , Comme le monstre impui que Jennei a vaincu.
Le Thessalien Riga, grand poète et bon général , chercha, vers la fin du siècle dernier, à soulever la Grèce en faveur de la liherté. Il fut vaincu, erra de rivage en rivage en combattant toujours , chercha enfin un asyle en Europe contre la \ engeance de l'Ottoman, et mourut. Sa mort, au rapport d'un écrivain moderne , fut le crime de la politique.
POÈME
Aux fêtes de Castri * la jeunesse accourue, Et de joie et d'amour paraissait s'enivrer : Tout à coup, au milieu de la foule éperdue, L'œil hagard , une vierge est soudain apparue , Et se prend à pleurer.
Du malheureux Riga, c'est la fille insensée. Au milieu des tombeaux, errante nuit et jour, Recouvrant par accès sa raison éclipsée, L'amour de son pays survit à sa pensée; C'était son seul amour.
* Petite ville . halle soi les ruines Je l'ancienne Delphes pies du mont Parnasse.
Go LA FILLE DE RIGA.
Les danses et les chants s'interrompent pou» elle L'audace brille eneor dans son regard distrait; Du sublime Riga c'est le regard fidèle! On l'entoure, on l'admire; elle était jeune et belle; Elle parle, on se tait.
« Dansercz-vous encore au bruit de vos défaites? « O Grecs , écoutez-moi , moi, fille d'un héros! <( Croyez à mes discours; les mourants sont prophètes: « On veut flétrir vos cœurs! vous êtes à ces fêtes « Conduits par vos bourreaux»
< La foudre me frappa, ma parole est sacrée; « Écoutez! du Limbo j'ai recueilli la fleur; « J'ai parcouru, pieds nus, le mont du Lycorée, Et la main vers Stamboul, d'une voix inspire. a Je m'écriai : Malheur!
« Alors de l'avenir l'image désolante « Vint , comme un songe affreux , avertir ma douleur ; " Trois fois, vers l'Occident je me tournai tremblante; " Et , trois fois , secouant ma tunique sanglante , " Je répétai : malheur !
' Malheur! malheur à vous ! Grecs, si, dans trois années, «i L'Archipel belliqueux ne domine les mers. < Malheur! malheur à ceux dont les mains enchaînées ■ Ne sauront conquérir de nobles destinées,
■ Même au sein des revers !
« Vous tomberez , cités , vous qui dans l'esclavage « Croirez contre la mort trouver de sûrs abris, a A l'ennemi commun tu livres ton rivage , ■< Scio, vois la Vengeance et le pâle Ravage
■ S'asseoir sur tes débris.
(n LA FILLE DE Rl(. \
<■ Écoutez ! notre sang dans nos plaines fécondes, Bientôt! n'en doutez pas, va couler par torrents Puissent ces ilôts de sang, mêlés avec les ondes, Se changer en poisons dans ces coupes immondes ■ Où boivent nos tyrans !
• Malheur à toi, sultan, ton règne enfin s'achève! L'hydre de la révolte a mesuré ton rang :
In vain tu veux briser sa tète sous ton glaive;
Bile croît sous le fer, l'orage la relevé;
« Le sang paîra le sang!
I t vous tous, rois chrétiens, quand la croix vous rassemo « Est-ce pour protéger Mahomet contre nous? « Protecteurs des tyrans, que votre peuple tremble ' Uliés du sultan , soyez maudits ensemble; Malheur ! malheur à vous !
* Vous nous devez vos lois , vos arts et Massilic !
< Du sang de notre Christ vous nous déshéritez ; « L'Europe , par ses vœux , à nos destins s'allie ;
« Mais contre leurs sujets , dans l'Europe avilie , « Les rois sont révoltés. »
* Grecs, n'en espérez rien ; rien , sinon le parjure. « Levez-vous et marchez , marchez toujours unis.
a Dans les pleurs, dans le sang, vengez tous votre injure.
« Moi , fille de Riga , moi , dont la bouche est pure ,
■ Frappez ! je vous bénis.
i J'ai prédit vos destins , j'ai lancé l'anathême ,
< Et je sens de mes jours s'éteindre le flambeau;
< Castri, ton sol est libre à mon moment suprême. Pour la liberté sainte, il est , dès ce jour même .
« Conquis par mon tombeau. »
Elle dit, et n'est plus... De la pauvre insensée,
Bientôt on oublia la mort et les leçons. Loin de son corps meurtri la foule dispersée , De ses*propres malheurs détourna sa pensée Et reprit ses chansons.
\ la danse, au plaisir le sistre encore appelle; Quelques danseurs pourtantn'ont point repris leur rang Et l'on trouva tracé, dès l'aurore nouvelle, Aux rochers du Parnasse, aux murs de la Chapelle : " Le sang paîra le sang !