‹ Poèmes populairesChapitre 21 sur 43 · A. MADAME L. O · texte numérisé non relu

A. MADAME L. O

Au parapet des quais, comme moi, sans scrupule. Dans la boîte à deux sous vous l'avez rebuté. Le pauvre paroissien qui, toujours écarté. Surnage obstinément au fouillis qu'on bouscule 1

Sa basane pelée a pris l'air indigent,

El revêtu l'enduit des chambres enfaraées;

Ses tranches, au contact du peuple accoutumées,

N'ont connu ni l'étui, ni le fermoir d'argent.

La garde maculée et la marge noircie,

Gras, crasseux, déchiré, les quatre coins ouverts,

Tanné par les étés, moisi par les hivers,

11 est là, misérable, et nul ne s'en soucie!

Les chercheurs curieux jamais ne l'ouvriront : Ce qu'on y peut trouver ne vaut pas la dépense! La parole de Dieu pourrit, sans qu'on y pense, Et l'homme la condamne à ce dernier affront!

Ce n'étaient pas des mains délicates et blanches, Ni des gants d'où s'exhale un parfum d'encensoir Qui, sur le banc de chêne où l'humble va s'asseoir, Tournaient assidûment ses page:, les dimanches:

Mais le pouce calleux du rude paysan

Qui croit comme un enfant aux divines merveilles;

Mais, ridés et tremblants, les doigts des pauvres vieilles^ La maia de la seivaDte ou bien de l'artisan.

0 livre, tout rempli de naïves promesses, Hôte obscur et discret de quelque galetas. Avant d'en arriver à dormir dans ce tas, Combien, depuis un siècle, as-tu suivi de messes?

Vieux bouquin de hasard, si tu nous racontais Tout ce que tu reçus de saintes confidences. Les bonheurs, les regrets, les longues pénitences, Et tous les cœurs blessés que tu réconfortais?

Triste épave échouée aux rives de la Seine, Maintenant te voilà sous la pluie et le vent. Dédaigné, maltraité sans nul remords, bravant Le voisinage impur de quelque livre obscène '

Le souffle d'air qui passe et qui s'en fait un jeu. De tes flancs chaque jour détache une prière; Et la feuille, emportée au cours de la rivière, Semble, en tourbillonnant, prendre son vol vers Dieu

Avec sa beauté de vingt ans.

Elle était partie, au printemps.

De son village.

Un jour d'iiiver elle y revint, N'ayant plus ni trente ans, ni vingt.

Vieille avant l'âge l

Ah! cité, cité de Paris,

A cette enfant qu'avez- vous pri.V:

Amour, quels biens tu nous odrais' Elle avait un teint rose et frais

De pêche mûre, Et vous parlait si chastement, Qu'on n'entendait plus, par moment,

Qu'un doux murmure !

Ah ! cité, cité de Paris,

Ce teint d'enfant, vous l'ave?, pris'

Elle avait des yeux étonnés Que tout désir eût profanés;

Son âme fière A Dieu seul eût voulu s'offrir :

Ses lèvres ne semblaient s'ouvrir

Qu'à la prière!

Ah! cité, cité de Paris,

Ce cœur d'enfant, vous l'avez prist

Elle a des regards effrontés, Qu'elle attache de tous côtés

Sans nulle honte; Son rire a des échfs méchants; Le rouge, en entendant ses chants.

Au front vous monte !

Ah! cité, cité de Paris,

Son doux rire, vous l'avez pris !

Elle a le geste libertin, Sous une robe de salin

Qui traîne usée !

La bague qui brille à son doigt

92 MLLANELLE.

N'est pas l'anaeau sacré qu'on doit A l'épousée !

Ah! cité, cité de Paris, L'honneur loyal, vous l'ayèz pris !

Les bonnes femmes du pays Vous ont des airs tout ébahis

A leur fenêtre, Et disent : œ Qui donc vient là-bas? -b Puis se détournent, n'osant pas

La reconnaître !

Ah ! cité, cité de Paris,

Tout son passé, vous l'avez prisl

La fièvre est dans ses yeux ardents; Elle a perdu cheveux et dents :

Gaîté, folie, Jeunesse, hélas! que tout est loin!

Pauvre fille, meurs dans un coin,

Pour qu'on l'oublie!

Ah ! cité, cité de Paris,

A celte eufaul qu'avez-vous pris?

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