‹ Poèmes populairesChapitre 27 sur 43 · A LÉON COQUELIN · texte numérisé non relu

A LÉON COQUELIN

Viens, cher petit : c'est une histoire. Mais elle est si triste et si noire, Que la nature, à Técouler, Se révolte et voudrait douter!

Comprends-tu bien? frapper l'enfance, L'être chctif et sans défense, Qui n'a qu'un cii : a Pardon! pardon!

Et qui meurt de notre abandon l

Us étaient, le père et la mère, Contre leur enfant en colère; Et tous les jours, et pour un rien, Ils le maltraitaient comme un chien!

Chacun des deux le martyrise, Pour être venu par surprise Dans le taudis qu'ils habitaient.

Au berceau même ils le battaient :

Tout son corps en gardait la trace !

— Viens, cher petit, que je t'embrasse!

Seul et dans l'ombre, rebuté,

Dans un coin on l'avait jeté,

Au fond d'une infecte soupente.

oc II est méchant! qu'il se repente! »

Disaient-ils à cet innocent

Parmi l'ordure croupissant.

Il se vautrait dans cette fange Comme uu pourceau, le petit auge; Et, s'aidant de ses maigres bras, Se traînait avec embarras Sur le carreau froid comme glace!

— Viens, cher petit, que je t'embrasse.

On le faisait, dans ce réduit, Sur des haillons coucher la nuit; On lui disait : « Sale chenille.

C'est assez bon pour ta guenille!

Gare à tes os! sous notre toit Nous avions bien besoin de toi l »

A ces tortures courte trêve.

S'il s'endormait pour un beau rêve, Ils réveillaient à tour de bras Disant : a Demain tu dormiras! »

Et, s'il dévorait eu sourdine

Quelque miette de leur cuisine,

Après avoir longtemps jeûné,

Et le ventre tout ballonné,

Ils s'écriaient : a Qu'il est vorace! »

— Viens, cher amour, que je t'embrasse!

Ils s'en allaient des jours entiers,

Faisant je ne sais quels métiers,

Ils lui laissaient, dans celte bauge,

Une eau croupie au fond d'une auge,

Un plat de terre, et rien dedans

Qu'une croûte à briser les dents!

Et, lui montrant leur dur visage,

Us hurlaient en partant : œ Sois sage!... i

Et puis les coups : ce fut d'abord

Un soufflet pour le moindre tort;

L'ENFANT MAUTVIL 145

Puis, sur le dos, puis sur ia lôte, Des coups enror, que rien ii'arrùte; Ce fut ensuite uu œil blessé, Et puis un pauvre bras cassé, Qu'on n'a jamais remis en place!

— Viens, cher amour, que je t'cm Liasse*

Bientôt l'enfant, raide et perclus,

— Chose horrible, — ne pleura plus.' Son corns n'était qu'un blanc squeielie, Et de sa lèvre violette

Par instants s'échappaient tout bas Des mots que l'on n'entendait pas!

Ils le laissaient dans son silence, Sans plus lui faire violence.

Enfin il mourut. — à huit ans:

On dit qu'ils en furent coi'ieiits!

146 L'ENFANT jrAr.TYR.

Je n'en veux pas souder la cause; Puisqu'il est mort, qu'il se repose !

On ne bat pas en paradis.

Ces paren*s-là, je les maudis!...

Que Dieu, s'il veut, leur fasse grâce l

— Viens, chei' amour, que je t'emurassel

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