‹ Poèmes populairesChapitre 35 sur 43 · LA PROMENADE · texte numérisé non relu

LA PROMENADE

Ce qui fut la beauté, la jeunesse, la giâce; Et, devant leur laideur et leur infirmité. L'amour, rêvant par là, fuirait déconcerté!

Pourtant, ils souriaient l'un à l'autre; leur bouche Trouvait encor des mots dont l'accent vibre et touche I Elle tournait sur lui ses yeux, plus tendrement Qu'une jeune maîtresse au bras de son amant; Et le paralysé, vieux compagnon fidèle, Éprouvait un bonheur d'enfant, qui venait d'elle I

Le long du sentier vert je les suivis des yeux. Et, tandis qu'ils allaient au soleil, tout joyeux, A voir ainsi survivre au temps la vieille flamme. Dans ces vivants débris ne voyant plus que l'âme, Je partageai l'espoir des tendresses sans fin, Et je compris, amour, ton mystère divin !

A m"* FATART

de la Comédie-Fra.içaise.

Je ne sais rien qui soit plus triste Que ces vieux tombeaux délaissés.

Où jamais ne vient le fleuiiste, Et que la mousse a tapissés.

Ailleurs, le buis correct s'étale Autour d'un parterre de fleurs;

Oa a lessivé chaque dalle, Renoirci l'épitàphe en plein ;=;

Témoiguant d'uu culte fidèle l'our l'àme de ce^ui qui dort, A tous les angles, T muiorlelle Rajeunit ses couronnes d'or;

Le râteau dans l'étroite allée Fait ses hachures au gravier :

Et c'est un charmant mausolée Que tout vivant doit envi«r

Ici, la grille en fer rouillée, Oblique sur ses pieds boiteux.

Encadre une pierre écaillée Où s'émietle un Ci-gît douteux.

Sous le lichen gris qui dévore Les derniers secrets du passé, A peine l'on déchiffre encore Quelque noiu bientôt effacé;

Fuyant les tombes contiguës Où sommeille un hôte nouveau, ' Les chardons môles aux ciguës Poussent aux fentes du caveau;

Le? feuilles mortes, manteau sombre, A quelques pas des gazons verts, Dans le jardinet qui s'encombre, Font un fumier tous les hivers;

Et, coiffant une urne qui penche, Un rouleau de foin tout pourà

Rappelle la couronne blanche, Présent d'un coeur endolori !

Qui donc es-tu, pauvre poussière, 0 mort qui n'es- plus visité, Être obscur, couché sous la pierre Où mon pied distrait s'est heurté?

Femme, enfant, fillette ou jeune homme, Qui que tu sois, qui meurs si bien, Et dont nul n'interrompt le somme Par un tendre et long entretien;

Qui me dira les destinées?

Le temps est long, les deuils sont courts!

On t'a pleuré : combien d'années?

Combien de mois? combien de jours?

Adressant vers toi leur pensée Qu'emportent des courants subtils, Ceux qui t'aimaient, cendre glacée.

Peut-être au loin voyagent-ils?

Peut-être n'as-tu plus personne

Pour poser ici les genoux :

Ce que le marbrier maçonne

Dure encor trop longtemps pour nous!

Est-ce l'oubli? l'indifférence!

Elles morts sont-ils condamnés A connaître cette souffrance De se sentir abandonnés?

Dans ta tombe déserte et nue Du moins ma prière descend :

Li:S ABANDONNÉS. 175

Repose en paix, âme inconnue Reçois le salut du passant 1

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