PREFACE
Alix Parents et aux Maîtres,
Frappé de la médiocrité littéraire d'un trop grand nombre de recueils poétiques mis entre les mains des enfants^ nous avions exprimé, il y a quelques années*, le souhait de voir composer à leur usage une anthologie qui comprendrait des poésies vraiment belles, accessibles à de jeunes esprits. Notre vœu n'ayant pas été exaucé, nous avons tâché de le réaliser nous-même, avec la collaboration d'une jeune mère déjà soucieuse de l'éducation future de son fils.
Comme nous l'avons dit ailleurs, nous ne croyons pas que l'enfant soit en état de comprendre ce
I. Dans la ire édition de L'Art et l'Enfant, essai sur Véducation est/tétique (Didier, Paris; Privât, Toulouse, ^907, p- 3i5).
X IMIKFACE.
([iTil y a crcssoiillcllciucnl |)()«''li(jiio dans la ])0(''sio. Il n'a pas oiicorc en le Icnips, dans sa courte exisUMice, (Tamasser (*n son ànie assez de souvenii-s |)onr (pie les vers, avec lenr mystérieux pouvoir d'évocation, y viennent réveiller les échos du passé. Et la poésie de l'avenir, peuplée de visions riantes on sombres, ne lui est pas moins fermée; car il vit d'une vie instantanée, perdu tout entier dans la perception du présent. Mais si la sonorité poétique des mots ne })eut ainsi retentir avec amplitude dans son cœur insuffisamment élarg-i par la vie, il serait, selon nous, inexact de penser que l'enfant fût tout à fait incapable de sentir, même confusément, le charme des beaux vers. 11 y a tel vers, d'une harmonie très douce, qu'il aimera répéter sans fin, parce qu'il caresse délicieusement son oreille ; tel autre, d'une mélancolie pénétrante, qu'il ne pourra prononcer sans un vague émoi de son âme. Nous nous rappelons nous-méme qu'étant enfant, nous ne pouvions réciter certaines poésies^ sans aussitôt sentir nos yeux se mouiller de larmes et parfois un frisson agiter tout notre être. Nous aurions été, sans doute, bien embarrassé pour expliquer ce que nous éprouvions alors : c'étaient pourtant comme les ondes expirantes du senti-