PREFACE. XI
'iiient poéli({no qui parvenaient alTail)lies juscprà notre âme enfantine.
Nons sommes donc ])ersna(lé qn'cn apprenant (le l)onne lieiire à Tenfant de heanx vers, — dont il ne saisit paseomplètement la valeur poétiqnc, — ini lui donne une sorte d'avant-g-ont des joies esthétiques, qn'il connaîtra pins tard dans leur plénitude, lîabituez-le, dès Tage le plus tendre, à .«•oûter de la poésie au moins ce qu'il peut : c'est If plus sûr moyen de le mettre à même d'en apprécier plus tard fout ce qui/ doit. Tel vers, appris à liuit ou dix ans, il ne le sentira pleinement peutêtre qu'à vingt ou trente ans. En tous cas, sa mémoire j ciu cours de ses jeunes années, se sera enrichie de vers qui, un jour, y chanteront harmonieusement. N'est-il pas déplorable, au contraire, quand on est à l'âge d'homme^ de retrouver parfois dans ses souvenirs d'enfant des platitudes apprises à l'école, qui, toute notre vie^ demeurent adhérentes à notre esprit comme une poussière indélébile?
Malheureusement^ la difficulté est grande de découvrir parmi nos poètes une abondante collection de beaux vers qui conviennent aux enfants. De tels vers doivent, en effet, remplir tant de con-
XII PRKFACE.
(litions! Il l'aiil d'abord que la langue on soil simple, (jirellc ne conlicnnc pas de tours eoinplicjiiés ni d'expressions rares; il faut ensuite que la pensée en soil lucide, dépourvue de toute nuance subtile el de toute image aux contours indécis,, nullement surcliargée de souvenirs bistoriquesqui exigent des connaissances érudites, ni de développements pbilosopbiques qui réclament la maturité de l'esprit ; il faut enfin que les intentions en soient absolument saines et qu'ils ne contiennent pas seulement, comme il est naturel, la moindre expression inconvenante ni la moindre allusion perverse, mais même le moindre mot qui fût de nature à troubler la sérénité candide de Tenfance. Où trouver des vers qui soient ainsi faits, à tous égards, pour les enfants? Notre poésie française, il faut l'avouer, est en g-énéral peu propre à Tenfance. Nos poètes du Moyen âge et du seizième siècle sont, par le seul arcbaïsme de leur langue, interdits aux jeunes intelligences. Nos poètes classiques, qui étaient avant tout des psychologues, supposent, pour être compris^ une connaissance déjà très étendue de la vie. La Fontaine est à peu près le seul; parmi eux, dont l'œuvre soit — et encore dans une certaine mesure seulement — à