XXXVIII QUELQUES CONSEILS
au diseur de reclierclier (jiielle est, pour chaque poésie, celte allure g-énérale du sentiment exprimé.
Il convient aussi de faire sentir le rythme decharpje vers, — c'est-à-dire la rég-nlarilé qui provient de la répartition des mots en un certain nombre de groupes de syllabes, — en marquant les césures par des pauses et en soulignant les rimes par la voix. Car il ne faut pas, sous prétexte de naturel, transformer par la diction la poésie en prose. Mais on ne doit pas non plus, pour marquer le rythme, donner à la récitation des vers l'apparence d'un chant machinalement balancé. Tachons de faire apparaître, au contraire, toute la variété et toute la souplesse des vers français, surtout des vers alexandrins, que certains déclarent monotones, et qui pourtant, aux mains de bons poètes, sont susceptibles de combinaisons rythmiques si multiples.
Ce qui contribue encore beaucoup au charme de la diction, c'est de rendre la douceur et la mélodie du vers. Pour cela, il est souhaitable d'avoir une voix naturellement souple, sonore et bien timbrée. L'éducation, d'ailleurs, peut beaucoup, sinon pour donner à qui ne l'a pas une voix mélodieuse, du moins pour perfectionner l'ag-rément naturel de la voix, pour atténuer sa rudesse native et surtout pour la préserver ■de la vulgarité acquise. Plus particulièrement, certaines habitudes sont à recommander à ceux qui récitent •des vers : celle de faire — avec discrétion, cela va
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■de soi, — les liaisons entre les mots; celle fie ïiùrn •entendre, par un accompai5"nement assourdi de la voix, les e muets qui les terminent ; celle, enfin, de souligner, sans exagération bien entendu, les allitérations et les assonances, c'est-à-dire les répétitions dans un vers d'une même consonne ou d'une même voyelle, sources inépuisables d'harmonie imitalive.
Telles nous semblent être, brièvement exposées, les idées directrices de l'art de la diction. Mais, plus encore que la théorie, c'est la pratique qui importe. Pour arriver à bien dire, de fréquents exercices sont nécessaires. Aussi conseillerons-nous aux parents et aux maîtres d'obliger les enfants à apprendre chaque jour quelques vers, en exigeant qu'ils les récitent avec soin. Ces leçons, devenues attrayantes par l'effort même qu'ils feront pour les bien dire, auront d'abord pour résultat de développer leur mémoire. Et s'ils ne parviennent pas tous à dire les vers à la [)erfection, tous, du moins, devront à ces exercices d'avoir appris à mieux comprendre et à goûter davantage la poésie. Le profit est donc certain. Voilà pourquoi il nous a paru si utile d'attirer l'attention des pédagogues sur celte étude de la diction, trop souvent négligée dans l'éducation enfantine.