‹ Poèmes pour l'enfanceChapitre 307 sur 312 · LA SORÏIK · texte numérisé non relu

LA SORÏIK

Janvier 1871.

L'aube froide blêmit, vaguement apparue.

Une foule défile en ordre dans la rue;

Je la suis, entraîné par ce grand bruit vivant

Que font les pas humains quand ils vont en avant;

Ce sont des citoyens parlant pour la bataille.

Purs soldats ! Dans les rangs, plus petit par la taille,

Mais égal par le cœur, l'enfant avec fierté

Tient par la main son père, et la femme à côté

Marche avec le fusil du mari sur l'épaule.

C'est la tradition des femmes de la Gaule

D'aider l'homme à porter l'armure, et d'être là,

Soit qu'on nargue^ César 3, soit qu'on brave Attila'^.

Que va-t-il se passer? L'enfant rit, et la femme

Ne pleure pas. Paris subit la guerre infâme,

Et les Parisiens sont d'accord sur ceci,

Que par la honte seule un peuple est obscurci,

1. La sortie : il s'ag-it d'une de ces attaques que tentèrent à plusieurs reprises, en 1870-71, les Parisiens assiégés, pour repous- :ser les Allemands.

Page 1